La Caisse de dépôt et placement du Québec s’oppose aux politiques de rémunération des dirigeants chez Bombardier.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Le plus gros investisseur institutionnel du Québec entend notamment voter contre la rémunération accordée à l’ex-PDG Alain Bellemare à l’occasion de l’assemblée annuelle des actionnaires de l’entreprise montréalaise prévue jeudi.

L’indemnité de départ de l’ancien chef de la direction, Alain Bellemare, -bonifiée notamment par l’octroi d’une rémunération incitative spéciale-est largement au-delà de ce qui était prévu dans son contrat au moment de son embauche à la suite de l’amendement fait en février dernier, indique la Caisse dans sa procuration.

« Il en va de même pour la bonification de la rémunération incitative et des indemnités de départ de certains autres hauts dirigeants qui sont également accessibles en cas de démission. Ces éléments de rémunération sont jugés excessifs », ajoute la Caisse.

Remercié en mars, Alain Bellemare a reçu une indemnité de départ de près de 7 millions US. La Presse rapportait le mois dernier que ce montant correspond au salaire de base et incitatifs à court terme qui lui auraient été versés dans le meilleur des cas pendant les deux années suivantes.

Il a aussi le droit de toucher une somme additionnelle d’environ 3,5 millions US en lien avec la vente de la division Transport à Alstom.

« Il est important de rappeler le contexte », souligne la porte-parole de Bombardier, Jessica McDonald.

« Cette transaction de 8,2 milliards US avec Alstom est stratégique pour l’avenir de Bombardier, destinée à compléter sa transformation et à répondre à son lourd problème de dette », dit-elle.

« La responsabilité du conseil est de s’assurer que la transaction soit conclue avec succès et ainsi de créer de la valeur pour tous nos actionnaires, dont la Caisse qui en sera l’un des premiers bénéficiaires. L’une des principales conditions de réussite est de prendre les mesures nécessaires pour retenir le personnel clé en cette période d’incertitude. »

Jessica McDonald précise que le conseil d’administration prend ses décisions en fonction du marché et d’un groupe de sociétés comparables, ainsi que d’une connaissance approfondie des pratiques de l’industrie dans des cas de transactions similaires.

Elle fait aussi valoir que le conseil est assisté dans son travail par des conseillers juridiques externes et des consultants en rémunération dont la réputation est reconnue.

« Bien que nous respections l’opinion émise par certains investisseurs institutionnels, je rappelle qu’elle n’est pas unanime (par exemple, ISS soutient la politique de rémunération) et que nos actionnaires ont soutenu de manière générale la pratique de rémunération de Bombardier, en moyenne à 97 % au cours des 3 dernières années. »

La Caisse de dépôt prévoit par aussi s’abstenir de voter en faveur de l’élection de trois administrateurs de Bombardier : Vikram Pandit, Douglas Oberhelman, et August Henningsen. Ces trois candidats sont membres du comité des ressources humaines et de la rémunération qui a consenti une rémunération dont certaines composantes sont jugées « excessives » par la Caisse.

La Caisse de dépôt et placement du Québec est le deuxième plus important actionnaire institutionnel de Bombardier avec une participation de 2 %. La Caisse détient 47,6 millions d’actions de catégorie B de Bombardier.

Appelée à commenter sa position sur Bombardier à la veille de l’assemblée des actionnaires, la direction de la Caisse n’a pas souhaité la préciser davantage. 

De son côté, l'agence indépendante de conseil de vote Glass Lewis recommande aux actionnaires de voter contre la rémunération accordée aux patrons de Bombardier.