Des promoteurs adaptent leurs futurs logements à la nouvelle réalité dictée par la crise sanitaire.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Pour le promoteur Prével, actif dans les quartiers centraux, la solution passe par l’aménagement d’espaces communs qui permettent de respecter les règles de distanciation. Quant à Devimco, ses nouvelles constructions de tours de logements en banlieue incorporeront les services usuels d’une tour de bureaux, ce qui facilitera le télétravail.

La crise ne dure que depuis 75 jours, mais déjà les promoteurs sont retournés à la table à dessin. « Évidemment, cette crise inédite nous a obligés à nous pencher sur nos produits », dit, dans un entretien, Laurence Vincent, coprésidente de Prével.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Laurence Vincent, coprésidente de Prével

Sa société commercialise actuellement le projet Esplanade Cartier au pied du pont Jacques-Cartier, dans le quartier Centre-Sud, au sud-est du centre-ville.

Dans les dernières années, ce promoteur, qui se spécialise dans les ensembles destinés aux accédants à la propriété, a surmonté le défi de l’abordabilité en construisant des logements plus petits. En échange, les acheteurs profitent d’espaces communs plus généreux.

Toutes choses étant égales par ailleurs, un logement d’une chambre coûte moins cher qu’un quatre et demie.

Des balcons plus vastes

Ce compromis sur la taille du logement est toutefois lourd de conséquences en période de confinement. Y aura-t-il encore une demande pour des logements de moins de 500 pieds carrés ? Mme Vincent n’en doute absolument pas, mais l’accès à l’extérieur gagne en importance. « À l’Esplanade Cartier, nos plans prévoyaient déjà des coursives plus grandes et plus larges que le traditionnel balcon. Cela permet un accès privé à l’extérieur intéressant. »

Quant aux espaces communs intérieurs et extérieurs, ils doivent être repensés pour qu’ils puissent encore favoriser les rapports entre les gens tout en respectant la règle des deux mètres.

« Les espaces verts deviennent précieux pour permettre aux résidants de profiter de l’extérieur en sécurité, dit Mme Vincent. C’est le cas dans nos projets Quartier Général, dans la Petite-Bourgogne, et Esplanade Cartier. En plus, on y intègre l’agriculture urbaine, [ce qui procure] un sentiment de sécurité alimentaire quand la ville au complet doit se confiner. »

Dans le même ordre d’idées, les complexes signés Prével incorporent des locaux commerciaux au rez-de-chaussée occupés par des commerces de proximité et des artisans locaux. Les copropriétaires ont pratiquement tout sur place pour combler leurs besoins courants. Laurence Vincent se réjouit d’ailleurs de l’engouement à l’égard de l’achat local. Un mouvement susceptible, selon elle, de dynamiser les noyaux de quartiers, les rues marchandes, l’ADN des quartiers montréalais.

Autre phénomène découlant de la pandémie, la popularité du télétravail a attiré l’attention de Mme Vincent. D’après elle, la tendance va rester et de façon plus prononcée qu’avant la crise. « Nous sommes déjà à l’œuvre pour que nos produits puissent répondre à ce besoin », fait-elle savoir.

Parlant de produits, Prével est en période de vente pour l’Esplanade Cartier et le Quartier Général. Au Quartier Général, il reste quelques logements à vendre dans la phase un. À l’Esplanade Cartier, la première phase s’est rapidement écoulée avant la pandémie. Depuis, les logements de la deuxième phase sont disponibles. Le rythme d’écoulement, exceptionnel avant la COVID-19, est revenu à la normale.

« Avant la crise, la demande excédait l’offre, souligne Mme Vincent. Le marché va se stabiliser, sans doute. Je demeure optimiste pour l’avenir. L’habitation reste un besoin fondamental. »

Des locaux de cotravail dans les tours d’habitation

Le télétravail a inspiré Devimco. La semaine dernière, Devimco soulignait la signature d’une entente avec la Ville de Longueuil concernant la construction de quatre tours d’habitation « qualité condo » d’un total de 1200 logements autour de l’édicule actuel du métro.

« Nos tours d’habitation seront des projets hybrides », a expliqué Serge Goulet, président de Devimco, lors d’une visioconférence tenue la semaine dernière. Il prévoit en effet d’équiper ses tours résidentielles des services que l’on trouve dans une tour de bureaux, dont des locaux de cotravail [coworking].

Le bureau à domicile est en effet devenu un incontournable. À l’Agence Six, qui se spécialise dans la vente de condos neufs, les plans des logements ont été ajustés en conséquence. Ce fut le cas notamment au Sir John du Groupe Bertone, coin Langelier et Sherbrooke. « Le simple fait d’ajouter un espace bureau dans les plans de nos logements, même ceux d’une seule chambre, a suscité une belle réception de la part de la clientèle », confie Elian Sanchez, président et associé.