Les commerçants étaient fébriles. Les employés portaient une visière ou un masque. Les réserves de désinfectant avaient été faites. Et pourtant, lundi matin, au moment de l’ouverture des magasins à Montréal, les employés de la construction qui s’affairaient aux travaux de réfection de la Plaza Saint-Hubert étaient plus nombreux que les clients, a constaté La Presse.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

Même scénario plus au nord sur la Promenade Fleury, où les propriétaires des boutiques interrogés ont admis qu’ils s’attendaient à un plus grand achalandage. Du côté de l’avenue du Mont-Royal, les clients ont été un peu plus nombreux, selon Manon Gauthier, vice-présidente de Tony Pappas, un magasin de chaussures. À l’ouverture de la boutique, l’attente était d’environ 45 minutes. « Il y a ensuite eu un relâchement à l’heure du dîner », raconte-t-elle toutefois.

Dans le quartier Rosemont, la Plaza Saint-Hubert entre dans sa deuxième année de travaux. Sur les trottoirs, la circulation piétonnière n’est pas chose facile et garder une distance de deux mètres avec les autres passants relève de la fiction. En début de journée, la seule file qui s’était formée se trouvait devant la Société québécoise du cannabis (SQDC). Sur le trottoir, Mike Parente, directeur général de la Société de développement commercial (SDC) de la Plaza Saint-Hubert, se promenait pour faire le tour des commerces et observait l’évolution des travaux.

Malgré tout, les passants qui se sont aventurés – certains masqués et d’autres non – sur l’artère commerciale se disaient heureux de voir les magasins ouvrir. « Je suis contente. Je suis venue pour revivre le quartier », a indiqué Florine Marcombe, qui tenait sa petite Rosalie dans ses bras, au moment où elle entrait à la librairie Raffin pour acheter un livre à son bébé.

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Florine Marcombe

À l’intérieur du commerce – où on laissait entrer six clients à la fois –, la propriétaire Chantal Michel admettait que ce n’était pas encore la cohue. « Mais je m’attends quand même à une grosse semaine, soutient-elle. On a eu des gens qui appelaient constamment pour savoir quand est-ce qu’on allait rouvrir. »

Bien que la librairie ait connu une explosion de ses ventes en ligne, la propriétaire avait hâte d’ouvrir à nouveau sa porte aux amateurs de livres. « C’est bien le fun le web, mais ce n’est pas comme voir des gens », a-t-elle ajouté pendant que les clients qui bouquinaient se déplaçaient un peu maladroitement pour tenter de garder leurs distances.

Chez 1re Avenue, l’une des nombreuses boutiques de robes de mariée et de bal qui font la renommée de la Plaza, les clientes se faisaient toujours attendre. Les propriétaires, qui possèdent deux magasins, ont décidé d’en ouvrir un seul pour le moment. Comme la plupart des bals de finissants ont été annulés, s’attend-on à plusieurs retours de marchandises ? « Non. Celles qui avaient réservé viennent quand même chercher leurs robes, affirme Linda Akkoyan, gérante de la boutique qui compte près de 7000 robes. Elles veulent prendre des photos pour avoir des souvenirs. »

Pour les semaines à venir, Mme Akkoyan permettra aux clientes qui ne se sentent pas à l’aise de magasiner en présence d’autres gens de prendre rendez-vous pour avoir un service personnalisé et éviter les foules. D’autres boutiques de la Plaza fonctionnent aussi sur rendez-vous.

La Promenade Fleury

Plus tard, à l’heure du dîner, la Promenade Fleury, dans Ahuntsic, dégageait la même tranquillité. Encore ici, tous les passants ne portaient pas le masque. « [Normalement], il y a toujours du monde chez nous, a déclaré d’emblée Susie Huneault, propriétaire de Casa Luca, une boutique qui vend notamment de la vaisselle et des articles de décoration. Je m’attendais à plus de monde, ajoute celle qui disait se sentir excitée, lundi, comme si elle avait un premier rendez-vous amoureux. J’espère qu’il y aura plus de passants en fin de semaine. »

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Susie Huneault

Malgré tout, Mme Huneault – qui a ouvert sa boutique il y a 25 ans – a tout de même réussi à faire des affaires pendant cette « pause » de deux mois. « On a eu beaucoup de livraisons dans le quartier, raconte-t-elle, en ajoutant avoir reçu 200 commandes. Ça m’a permis de garder le contact. »

Bien qu’elle puisse à nouveau ouvrir son commerce, elle se désole toutefois de l’annulation des braderies qui devaient avoir lieu en juin et à l’automne.

De son côté, Fannie Beaupré-Préfontaine, résidante du quartier, ne dissimulait pas sa joie devant ce début de retour à la normale dans une rue commerciale qu’elle prend plaisir à fréquenter. Peu surprise de voir un si faible achalandage, elle estime qu’il faut « casser la glace » et sortir. « Mon amie et moi avions hâte que les magasins ouvrent, dit-elle avec un large sourire. On se rend contre que le shopping, c’est comme une tradition. »