Voilà 10 semaines que nous sommes entrés dans un monde inconnu, celui qui émerge des effets d’une pandémie qui vient bouleverser les fondements de notre économie de marché. Nos références du passé ne tiennent plus. Nous naviguons à vue.

Gilber Paquette
Directeur général de l’Association des professionnels de congrès du Québec (APCQ)

Nous assistons avec consternation aux millions d’emplois perdus au Québec et au Canada, à la multiplication de drames humains. Le choc est collectif. Nous avons dû l’apprivoiser une journée à la fois, par l’ampleur de la démesure. Je me souviens de mon père, entrepreneur, qui m’avait parlé de la dure récession de 1982 et de ses effets néfastes sur les décennies de travail qu’il a dû consacrer à construire son entreprise. La « pire récession » depuis la Grande Dépression, selon ses dires. Mais force est d’admettre que la crise actuelle relègue la récession de 1982 à la rubrique des faits divers. Ou presque ! Notre château de cartes s’est effondré en quelques jours.

Nous avons beaucoup entendu parler, et avec raison, de ces personnes qui ont perdu leur emploi à cause des effets souvent dévastateurs de la « pause » économique. Mais au cœur de cette pandémie demeurent au combat les nombreux dirigeants de petites entreprises qui ne peuvent faire autrement que de compenser l’absence non souhaitée de leurs employés et collègues. La base de la pyramide s’est rétrécie. Ils doivent agir en contrepoids pour éviter qu’elle ne s’écroule. Leur quotidien se définit désormais par une charge de travail nettement accrue, par la nécessité de concevoir un plan de relance qui tient compte de la nouvelle réalité sanitaire. Ils veillent à la dure gestion des liquidités, à assembler des dossiers fastidieux pour obtenir du financement. Ils gèrent le moral des troupes encore en poste. Ils travaillent sept jours sur sept. Ils siègent à une énième conférence virtuelle. Ils répondent aux besoins, aux questions du milieu. Ils veulent rassurer leur entourage. Même dans le doute…

Ils accomplissent l’impossible. Mais ils y arrivent.

Prenons une courte minute pour rendre hommage aux dirigeants d’entreprises qui certainement, comme moi, travaillent des heures de fou depuis plus de deux mois. Nous concentrons nos énergies à assurer la pérennité de nos organisations. Nous veillons à protéger l’équilibre fragile qui définit notre environnement actuel. Nous travaillons à préserver les acquis. Et aussi à nous réinventer malgré les tourments. Nous cherchons des solutions à des problèmes dont la réponse n’apparaît pas dans les livres. Car nous les écrivons à cet instant.

Nous, dirigeants, portons la dure responsabilité de conduire le bateau vers la rive en cette période de tempête avec des matelots en moins. Vous n’êtes pas seuls. Nous ne sommes pas seuls. Je ne vous dirai pas que « ça va bien aller ». Oh ! combien cette expression me fait tiquer ! Je préfère vous dire de continuer à suivre votre instinct. Il est notre meilleur guide dans le noir.

La lumière fera place à la pénombre. Soyons persévérants.