Ces arcs-en-ciel qui apparaissent un peu partout au Québec mettent du baume au cœur en cette période de pandémie, mais cachent une réalité bien moins reluisante : la chute brutale des façons de faire et des modèles d’affaires jusqu’ici bien établis. Tout, ou presque, est à réinventer, à réapprendre, à développer dans nos entreprises. Et non, rien ne sera plus jamais comme avant.

Arnaud Granata
Président, groupe Infopresse

Les discours parfois jovialistes de certains contrastent très certainement avec la dure réalité de bien des entreprises en ce moment : comment survivre ? Comment gérer les liquidités dans une perspective où la sortie de crise peut prendre des mois, et parfois, selon plusieurs récents rapports, la distanciation physique va devenir notre nouvelle réalité ? Préparons-nous efficacement. Repensons nos stratégies.

En quelques jours, tout a changé. À ceux qui semblaient maîtriser leur travail sur le bout des doigts, le contexte de la COVID-19 a dit : « recommencez, réinventez ». Pour changer nos façons de faire, il va falloir que nos entreprises aident leurs employés et gestionnaires à développer de nouvelles compétences, tant humaines que techniques. La transversalité des équipes, soit leur capacité à mettre de côté la structure hiérarchique pour trouver des solutions communes, doit devenir la norme. À l’éducation scolaire s’ajoute désormais l’apprentissage des nouvelles réalités professionnelles : il faudra apprendre plus vite, dans un monde où tout peut changer rapidement.

« Tout le monde ne va pas se relever, il y a des entreprises et des marques qui vont mourir au combat, et les affaires ne reviendront plus comme elles étaient », m’a confié récemment Cristiane Bourbonnais, présidente de Cohésion Stratégie et formatrice chez Infopresse.

Le télétravail est devenu notre nouvelle réalité, là où encore beaucoup d’entreprises (comme la nôtre, je dois l’avouer) considéraient cela comme un avantage que l’on donne pour donner satisfaction à nos équipes. Tout le monde ou presque a dû apprendre à la vitesse grand V, s’adapter, mais, surtout, se rendre compte que la gestion à distance n’a rien de comparable avec celle au bureau. Il y a bien sûr ceux qui naviguent bien dans cette nouvelle réalité, et d’autres, et c’est tout à fait compréhensible, pour qui le travail sans relâche de la maison peut devenir une source d’angoisse et d’isolement social, là où, pour beaucoup, le bureau était un endroit de vie et de rencontres. Les entreprises devront changer leurs façons de gérer, même après le retour à la « normale », car les risques de reconfinement ou d’autres évènements indépendants de notre volonté risquent d’être nombreux. Il faudra donc apprendre à gérer dans la modernité, en étant flexible, en remettant sans cesse en question le statu quo managérial que l’on a pu apprendre sur les bancs de nos écoles de gestion.

Je nous souhaite à tous de ne pas nous cacher dans le déni du jovialisme, de la baguette magique qui fait que tout ira bien.

On peut reprocher au marché économique du Québec sa petitesse, en comparaison des grandes métropoles du monde. Aujourd’hui, dans un contexte de réinvention rapide, cette petitesse est aussi notre force. Un sentiment général d’entraide, parfois au-delà de la concurrence, se tisse dans le marché. J’ai entendu beaucoup de professionnels témoigner aussi d’un sentiment d’entraide général au sein de leurs équipes. Les rôles se sont décloisonnés, les mains tendues sont nombreuses, et c’est réjouissant. Ne perdons pas cette spontanéité et cette entraide dans un retour à un marché économique où la concurrence et la règle du profit restent une norme. Nombreux, au sein des organisations, ont aussi remis en question le cœur de leur mission : à quoi sert mon entreprise dans la société ? Quel est son rôle ? Et je ne parle pas juste de maquillage d’entreprise, de marketing social. Mais de raison d’être. Cette même raison d’être qui risque de faire émerger demain les entreprises qui se remettent le plus en question aujourd’hui.

Bien sûr, on parle aussi du numérique : les entreprises qui n’avaient pas encore pris le virage ont dû prendre une courbe accélérée en quelques jours. Créer une boutique en ligne, bâtir un plan numérique, définir une stratégie de contenu. Mais c’est plus largement l’ensemble des façons de faire en communication et marketing qui sont remises en question : on ne peut plus dire ni promouvoir ce que l’on faisait avant la crise. Certains se sont essayés à l’opportunisme alors que d’autres ont opté pour des gestes généreux, rassembleurs, centrés sur le cœur de leur mission. C’est ce que nous avons essayé de faire chez Infopresse : mettre au cœur de notre offre l’éducation, le partage des connaissances, en proposant chaque semaine des discussions gratuites entre des experts et la communauté et en élargissant une offre de formation pour faciliter la transformation des entreprises. C’est notre façon de créer des liens, de permettre d’apprendre les uns des autres. Il est très dur de trouver le bon ton, entre empathie, courage et réalité d’affaires.

Je nous souhaite à tous de ne pas nous cacher dans le déni du jovialisme, de la baguette magique qui fait que tout ira bien. Pour que tout aille bien, il va d’abord falloir apprendre à donner aux employés, gestionnaires et dirigeants du Québec les moyens de leurs ambitions : l’accès à de nouvelles formes de connaissances, les outils pour leur donner le courage de prendre les décisions qui feront du Québec un terreau de créativité et de nouvelles compétences. Je souligne l’excellente idée du gouvernement du Québec pour la création du programme de subvention PACME qui va complètement en ce sens. Profitons-en pour nous outiller pour rebondir. Maintenant.