L’épicier Mayrand était sur le point de faire des petits. Sa deuxième succursale devait ouvrir à Brossard, en avril. Sa troisième, à Laval, en mai. Sa quatrième, à Saint-Jérôme, en août. Mais la pandémie a mis l’expansion sur la glace, au moment même où les restaurateurs, qui comptent pour 40 % de la clientèle, ont fermé leurs portes. Un cauchemar ? Pas vraiment.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Il ne restait que deux semaines de travaux pour que l’ancien Sears du Mail Champlain soit transformé en supermarché Mayrand quand Québec a décrété la fermeture des chantiers. Le remplissage des tablettes allait bon train et les invitations VIP pour l’inauguration étaient sur le point d’être envoyées.

« On était tellement sur le bord… », résume le président Mario Bélanger, au bout du fil.

Mais pas le choix. L’expansion à Brossard, planifiée de longue date, allait être reportée à une date indéterminée. Idem pour les deux autres futures succursales qui attendront vraisemblablement plusieurs mois.

Le scénario est loin d’être idéal, car « de beaux grands locaux vides attendent [et] ça repousse des entrées d’argent ». Mais le patron raconte avoir « très bien réagi », car « il faut se protéger ». Il a décidé de « focaliser sur celui qui est ouvert ».

Dans un sens, ç’a aurait pu être pire.

« Si on avait ouvert au début mars, je ne suis pas sûr que ça aurait bien été. Ça aurait été le chaos, avec de nouveaux systèmes, de nouveaux employés. Ça n’aurait pas été wow », devine Mario Bélanger, un gestionnaire d’expérience qui a notamment œuvré chez Costco.

PHOTO FOURNIE PAR COMINAR

Mario Bélanger, président de Mayrand

Comme on le sait, la fermeture des restaurants et des hôtels fait en sorte qu’un volume additionnel extraordinaire de nourriture est vendu au détail, dans les supermarchés. C’est ce qui explique l’importante adaptation de toute la chaîne d’approvisionnement et certaines pénuries.

Moins de restaurants, plus de ventes

Mayrand, qui fournit de nombreux restaurateurs avec ses gros formats, savait bien au début de mars qu’il perdrait cette clientèle du jour au lendemain. Pourtant « ma business a carrément explosé », relate le grand patron. Monsieur et Madame Tout-le-Monde ont pris d’assaut les allées avec l’objectif de faire des réserves.

Les poches de farine, les sacs de semoule, les 10 litres d’huile et le bouillon de poulet, « toutes les bases pour faire des recettes » habituellement achetées par des chefs étaient soudainement prisées des consommateurs.

La taille des produits que je vends m’a avantagé, car les consommateurs ont fait des réserves.

Mario Bélanger

Certaines semaines, les ventes ont doublé « même si une vingtaine d’heures d’opération ont été retranchées ».

Et en ligne, la hausse frôle les 200 %. « J’ai plus de 25 employés juste là-dessus. Avant, j’en avais deux. Ça ne fournit pas. Et d’après moi, c’est là pour rester. Je ne vois pas d’accalmie. »

Des commandes en ligne de 15 000 $

Il fallait forcément plus d’employés pour gérer cette nouvelle réalité et le respect des règles sanitaires. Où les trouver en claquant des doigts ? Encore une fois, le hasard a bien fait les choses. Une trentaine de personnes venaient d’être formées pour travailler… dans la future succursale de Brossard.

« Je ne voulais pas les laisser aller sans aucune raison. Je les ai amenés à Anjou. Ils étaient contents parce que sinon, ils n’avaient plus de job ! », raconte Mario Bélanger. Il a quand même dû embaucher une quinzaine d’autres personnes et il en cherche encore. Mayrand compte près de 200 employés actuellement.

Sur une note plus légère, l’entreprise observe des comportements inédits. Notamment des commandes de 10 000 et même 15 000 $. Mario Bélanger soupçonne que des personnes vivant dans le même édifice, par exemple, aient pu se regrouper pour acheter.

L’épicier constate aussi que la journée de la semaine la plus achalandée est désormais le lundi. Tandis que le samedi a perdu de sa popularité.

Prochain défi : faire sa place dans un nouveau marché, la Rive-Sud, avec un magasin qui « sécurisera la clientèle dès sa première expérience ».

Fusion de Mayrand et d’AlimPlus

Vendredi, soit après l’entrevue réalisée avec Mario Bélanger pour cet article, la fusion de Mayrand et d’Alimplus Distribution Alimentaire a été annoncée. Les deux entreprises sont contrôlées par Daniel Le Rossignol. « Nous allons pouvoir proposer à tous nos clients une offre produits élargie, qui couvre à la fois les articles de service alimentaire et les produits de détail, sur toutes les catégories. Cette offre combinée de commerce et distribution alimentaire est unique au Québec », a-t-il commenté. La nouvelle entité a été baptisée Mayrand Plus et sa gestion a été confiée à M. Bélanger.