Le fabricant de mobilier Meubles South Shore de Sainte-Croix de Lotbinière a pris le virage de la distribution en ligne il y a déjà 15 ans et livre aujourd’hui entre 5000 et 10 000 meubles directement aux consommateurs tous les jours partout en Amérique du Nord. L’entreprise, dans les affaires depuis 80 ans, veut maintenant partager son expertise avec les autres fabricants du Québec pour que le plus grand nombre possible de manufacturiers québécois profite du potentiel énorme du commerce en ligne.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Pour le seul mois d’avril, alors que tout le secteur du commerce au détail était paralysé par la fermeture forcée de ses lieux de vente, Meubles South Shore a vu son chiffre d’affaires bondir de 90 % par rapport au mois d’avril de l’an dernier.

L’entreprise vend 95 % de ses produits directement aux consommateurs via les sites de référencement des grands acteurs américains Amazon, Walmart.com, Wayfair, Costco… et son propre site transactionnel a profité de la fermeture généralisée des commerces pour hausser de façon considérable son achalandage.

« Il y a eu la fermeture des magasins d’ameublement et le facteur psychologique de la période de confinement qui a poussé les gens à vouloir subitement changer leur intérieur. La généralisation du télétravail a aussi profité à nos ventes de meubles de bureau, qui ont bondi de 200 % », observe Jean Laflamme, le PDG et représentant de la troisième génération de l’entreprise familiale.

PHOTO FOURNIE PAR MEUBLES SOUTH SHORE

Jean Laflamme, président et chef de la direction de Meubles South Shore

Même si l’entreprise a été elle aussi forcée de fermer ses usines durant quelques semaines, Meubles South Shore a pu profiter de ses stocks importants accumulés en vue de la période achalandée des déménagements du début de l’été pour répondre à la demande. Mais c’est son modèle en ligne qui a littéralement fait la différence.

On a commencé à vendre en ligne et à faire la livraison à domicile en 2005 pendant que les producteurs chinois inondaient le marché nord-américain. Ça s’est accéléré en 2008-2009 avec la fermeture de Sears. Il faut dire qu’on avait une tradition parce qu’on vendait beaucoup à l’époque par catalogue, que ce soit Sears ou Distribution aux consommateurs.

Jean Laflamme, actuel PDG et représentant de la troisième génération de l’entreprise familiale

Meubles South Shore fabrique du mobilier de chambres à coucher, de bureau, de salon dans ses trois usines de Sainte-Croix de Lotbinière, Coaticook et Juárez, au Mexique, en plus d’exploiter trois centres de distribution aux États-Unis, à Nashville, Salt Lake City et El Paso.

Un panier bleu bonifié

La prochaine ambition du PDG de Meubles South Shore est de faire profiter les fabricants québécois de produits pour la maison ou le bureau de la plateforme de commerce en ligne de son entreprise pour qu’ils puissent accéder à de nouveaux marchés.

PHOTO FOURNIE PAR MEUBLES SOUTH SHORE

Pour le seul mois d’avril, alors que tout le secteur du commerce au détail était paralysé par la fermeture forcée de leurs places d’affaires, Meubles South Shore a vu son chiffre d’affaires bondir de 90 % par rapport au mois d’avril de l’an dernier.

« On fabrique quelque 1200 produits différents et on peut ajouter à notre catalogue des produits fabriqués par d’autres entreprises. On le fait déjà pour une société brésilienne. On a tout en place, on connaît le marché, on peut les aider. Il suffit juste que les entreprises qui veulent embarquer soient bien équipées sur le plan logistique et informatique », souligne l’entrepreneur.

À cet égard, le PDG ajoute que son initiative vise à générer de l’argent frais pour les entreprises en leur donnant accès aux ressources dont Meubles South Shore dispose, notamment ses capacités d’entreposage aux États-Unis, son référencement aux grands groupes américains Walmart et Amazon.

Ce qu’il vise, en fait, c’est de créer un Panier Bleu, une boutique en ligne pour les manufacturiers avec des résultats à la clé.

Préoccupation que je partage à tout point de vue. Dès son lancement, je n’ai pas été un chaud partisan de l’initiative du Panier Bleu, bien que je sois un pratiquant convaincu de l’achat local.

Alors que le magasinage en ligne a fait exploser les vitrines des commerces pour permettre aux consommateurs d’avoir un accès direct aux étalages de produits et de régler en un clic leurs achats, Le Panier Bleu ne reste qu’une vitrine très éloignée d’une éventuelle transaction. Plusieurs l’ont dit, c’est une version bleue des Pages jaunes.

La crise du coronavirus nous a enseigné qu’il restait beaucoup à faire pour implanter une culture de l’achat chez nous au Québec, notamment en identifiant mieux la provenance des produits et services que l’on invente, que l’on fabrique et que l’on commercialise et en le faisant savoir au plus grand nombre.

Mais l’étape ultime est aussi de rendre nos produits et services disponibles au plus grand nombre et de favoriser ainsi notre enrichissement collectif. Un Panier Bleu en mode transactionnel est en voie d’élaboration et c’est une bonne chose, mais pour assurer le rayonnement de nos entreprises, il faut aussi qu’elles utilisent de façon optimale tous les leviers qui sont à leur disposition, comme l’initiative du PDG de Meubles South Shore nous le propose.