La nouvelle de la réouverture des magasins est arrivée comme une bouffée d’air frais pour la majorité des principaux intéressés. Mais elle suscite aussi son lot de questions, de défis et de sentiments d’injustice.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Stéphane Drouin, DG du Conseil québécois du commerce de détail

« On est très enthousiastes ! Nos membres nous ont dit qu’ils avaient besoin de cinq à sept jours pour rouvrir, alors le 4 mai, c’est très réaliste.

« Mais il y a deux défis pour les détaillants. S’assurer que les règles sanitaires soient respectées pour rassurer les employés et les clients. Et offrir une expérience de magasinage agréable. On croit que ça va passer par les employés, car le facteur humain va demeurer important. Il faut entrer en contact avec les clients, pour qu’ils se sentent accueillis, tout en demeurant à distance.

« Nous, on veut s’assurer que ça marche, sinon on va retourner en arrière. Alors il faut que les détaillants comprennent bien les règles. Ils peuvent d’ailleurs suivre une formation en ligne sur le site de Détail Québec à ce sujet.

« Les détaillants ont des questions. Comment fait-on pour faire essayer des vêtements ? Comment gère-t-on les retours ? C’est certain qu’il faudra établir des protocoles. S’adapter. »

François Roberge, propriétaire de La Vie en Rose et Bikini Village

« C’est un petit pas. Je vais pouvoir ouvrir 13 magasins sur 265 [au Canada]. Parce que la CMM [Communauté métropolitaine de Montréal], c’est grand ! Le 11 mai, on va facilement en avoir une vingtaine de plus qui vont ouvrir. C’est positif.

« La Saskatchewan nous a donné un mois de préavis pour ouvrir. Au Québec, on n’en parle pas et oups, on nous donne une semaine. Ça va être un défi de gérer tout ça, de préparer les magasins. Ça va être difficile aussi de faire revenir les employés à temps partiel qui ont l’aide financière du gouvernement.

« Est-ce que les clientes vont vouloir essayer les maillots ? Un moment donné, la psychose va finir. Mais en attendant, je m’en vais vers la saison des maillots. Et je vais faire quoi d’octobre à mai s’il n’y a plus de vacances, de croisières ? Je vais avoir zéro client chez Bikini Village ? C’est beaucoup de questions. »

Marc DeSerres, propriétaire des magasins de matériel créatif DeSerres

« Ma gang est tout excitée. Ça fait 10 jours qu’ils travaillent là-dessus, cherchent des produits sanitaires, installent des plexiglas. Je pense que la réouverture va être assez facile. Plus dans mon secteur que dans celui du vêtement.

« Peut-être qu’on devra faire des sentiers comme les pharmacies, et on va laisser les tables de démonstration fermées. Les supermarchés et les pharmacies nous ont donné des cours depuis le mois de mars ! Mais on ne va pas rouvrir tous les magasins en même temps. On veut apprendre. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Lili Fortin, présidente des boutiques de vêtements Tristan

Lili Fortin, présidente des boutiques de vêtements Tristan

« L’annonce limite beaucoup le nombre de magasins qui peuvent rouvrir. Nous, par exemple, on en a juste un [sur 37] qui le pourrait, le 4 mai, et c’est l’outlet, à Bromont. Je ne sais pas quoi dire… Presque tous nos magasins sont dans des centres commerciaux. On n’est jamais éligibles aux bonnes nouvelles [aide d’Ottawa pour les baux, etc.].

« On avait fait des projections financières pessimistes avec la date du 4 mai pour la réouverture. Ça repousse les choses, alors les conséquences sont encore plus dramatiques. On fait des scénarios. Mais est-ce que ça sert à quelque chose ?

« On a manqué le printemps au complet. Et le retour se fera graduellement. Les conséquences sont dramatiques. »

Marjolaine Thibault, propriétaire de la Maison du Pull, à Saint-Lambert

« Je suis tellement contente ! Ça fait deux jours que je travaille avec un étalagiste – en respectant bien sûr les deux mètres – pour refaire la boutique avec la collection estivale. Parce que lorsqu’on a fermé il y a sept semaines, c’était les vêtements de printemps… On a aussi acheté un plexiglas et des masques. J’avais un pressentiment qu’il fallait que je sois prête.

« Tous les vêtements qui seront essayés, on va les passer à la vapeur et attendre 24 heures avant de les remettre en avant du magasin. Et on va suivre toutes les directives du gouvernement. Ce ne sera pas la folie en partant. Tout le monde a peur. »