Robert Bellisle est depuis trois ans le PDG de QSL, une entreprise du secteur maritime qui est devenue en 40 ans le plus important opérateur de terminaux portuaires et d’arrimage sur l’axe du fleuve Saint-Laurent et des Grands Lacs grâce à ses 35 terminaux portuaires et ses 1300 employés. Malgré la crise du coronavirus, l’entreprise de Québec a poursuivi ses activités sans relâche, mais son PDG anticipe un léger ralentissement dans les prochains mois.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Q. QSL réalise du transbordement et de l’arrimage de matières premières à partir de ses 35 terminaux portuaires, et vous êtes considéré comme un service essentiel. Est-ce que la crise du coronavirus vous a tout de même touché au cours des dernières semaines ?

R. On fait effectivement partie des services essentiels et on n’a jamais cessé d’opérer pour recevoir de la marchandise qui vient de l’étranger et livrer celle qui part du Québec et du Canada, via nos terminaux.

Il a fallu rapidement adapter nos pratiques aux consignes de distanciation sociale pour nos employés. Il n’était pas question de mettre personne à risque. Mais il fallait aussi composer avec les navires qui venaient de l’étranger. On les contactait 14 jours avant qu’ils n’arrivent au pays, puis 48 heures et 24 heures avant leur arrivée pour être certain qu’il n’y avait pas de cas de contamination à bord.

On s’est placé en mode de gestion de crise en augmentant considérablement nos réserves de désinfectant avec lequel on nettoie nos équipements avant et après les chargements.

Q. La crise ne vous a donc pas trop nui financièrement jusqu’à maintenant. Pensez-vous que la situation va rester stable au cours des prochains mois ?

R. On était prêt pour faire face à la crise et gérer les volumes qui étaient prévus. Mais beaucoup d’usines ou de mines qui ont dû cesser leurs activités vont se retrouver avec des surplus d’inventaire qu’elles vont vouloir absorber au cours des prochaines semaines de reprise de leurs activités.

Elles vont donc réduire leurs commandes et cela va entraîner une baisse de volume que l’on va ressentir en mai et en juin. Mais on va être en mesure de gérer cela sans trop affecter nos opérations.

Q. Parlez-nous de QSL. C’est une entreprise bien connue à Québec et bien visible avec vos installations sur les battures de Beauport, mais comment et dans quel contexte QSL a-t-elle vu le jour ?

R. C’est l’entrepreneur Denis Dupuis qui a décidé, il y a 40 ans, de se lancer en affaires en créant sa propre entreprise d’arrimage et d’entreposage à Québec. Il avait travaillé dans le domaine, mais il voulait offrir des solutions mieux adaptées à chacun des clients.

Il a entrepris les activités d’Arrimage Québec en 1978 dans une roulotte à l’Anse au Foulon (où se trouve le siège social de l’entreprise) grâce à un prêt de 10 000 $ de sa mère.

À l’époque, c’était essentiellement du lait et du bois qui transitaient au terminal de l’Anse aux Foulons, mais en 40 ans, Denis Dupuis a réussi à monter une opération diversifiée en créant un réseau de 35 terminaux répartis tout le long du Saint-Laurent, puis dans les Grands Lacs jusqu’à Chicago, et qui emploie au total 1300 personnes.

Q. Comment QSL a-t-elle financé l’expansion de ce réseau de 35 terminaux maritimes ?

R. Denis Dupuis a assuré seul la croissance du groupe jusqu’à ce qu’il s’associe avec la famille Chodos, de Montréal, également propriétaire de l’entreprise d’arrimage Empire, pour réaliser une première expansion en 1984 avec l’achat d’une dizaine de terminaux portuaires.

Les Chodos ont pris une participation minoritaire et sont toujours restés actionnaires de QSL. Depuis ce temps-là, l’expansion s’est faite de façon organique et par acquisitions, sans actionnaires de l’extérieur.

Q. Vous exploitez des sites d’entreposage et vous faites de l’arrimage dans plus de 35 terminaux au Québec, dans les provinces maritimes, en Ontario, en Illinois et même à Houston, au Texas. Quel est votre principal terminal et quels sont les produits que vous manipulez le plus ?

R. Le terminal de Beauport est le plus important du réseau, on y manipule plus de 10 millions de tonnes de marchandises par année. Il est suivi par notre terminal intermodal de Chicago.

À Beauport, c’est le minerai de fer que l’on transborde le plus. Celui qui vient des Grands Lacs en provenance de la US Steel ou de Cliff et celui qui vient du Brésil pour fournir le marché intérieur. Mais de façon générale, on fait aussi beaucoup de chargement et d’entreposage de sel et de sucre, deux matières premières très importantes pour le Québec et le Canada.

Q. Est-ce que vous réalisez aussi des mandats exclusifs pour certains clients ?

R. Oui, on a des ententes de partenariat avec plusieurs acteurs majeurs, notamment dans le secteur des alumineries. On fait tout le transbordement d’aluminium pour l’usine Alouette à Sept-Îles. Même chose avec Alcoa à Baie-Comeau.

On est aussi partenaire à long terme pour l’usine de ciment McInnis. C’est nous qui remplissons les bateaux de poudre de ciment et c’est nous qui déchargeons la matière première au port de Belledune, au Nouveau-Brunswick.

On transborde les fertilisants de La Coop fédérée qui partent du Québec pour se rendre à Oshawa ou à Hamilton et on transborde les grains qui font le parcours inverse.

On offre à nos clients différents points de chargement ou de stockage sur le Saint-Laurent, ce qui leur donne plus de flexibilité.

Q. Pourquoi Denis Dupuis est-il allé vous chercher ?

R. M. Dupuis souhaitait préparer la relève tout en s’assurant que l’entreprise poursuive son développement à partir de son siège social de Québec. Il m’a bien précisé que je devais bâtir une équipe qui allait amener QSL plus loin, rendre ce fleuron québécois encore plus professionnel.

J’étais PDG d’ArcelorMittal pour l’Amérique centrale et les Caraïbes, établi à Trinité-et-Tobago. Le défi que m’a proposé M. Dupuis était emballant, j’ai donc accepté. Je suis arrivé en 2016 et j’ai passé un an avec Denis pour apprendre tous les rouages de l’entreprise avant de devenir PDG en 2017.

Q. Quels ont été les dossiers prioritaires auxquels vous avez décidé de vous attaquer depuis 2017 ?

R. On a procédé à la refonte entière du système informatique afin de rendre le système opérationnel conforme à nos besoins spécifiques. On a développé la télémétrie qui sert à mieux suivre nos équipements ou l’intelligence d’affaires qui nous permet de mieux utiliser nos données, mieux gérer les flux des cotations, la gestion des inventaires en vue de la prochaine saison…

On a professionnalisé nos manières de faire tout en gardant bien intact notre ADN qui est notre capacité à nous adapter aux besoins de chacun de nos clients.

Et le fait d’avoir été désigné le mois dernier parmi les sociétés les mieux gérées au Canada dans le dernier palmarès de la firme Deloitte vient nous confirmer qu’on est sur la bonne voie.

Q. Quelle sera maintenant la prochaine étape qui marquera le développement de QSL ?

R. On veut vraiment développer l’axe des États-Unis. Améliorer notre empreinte américaine en offrant plus de services à nos clients dans nos activités classiques d’arrimage.

On veut aussi continuer de développer nos partenariats avec nos grands clients comme Alcoa, Alouette ou Resolu et poursuivre le développement de nos services connexes que l’on a récemment mis sur pied.

On a lancé plusieurs initiatives comme la création d’une coentreprise avec le Groupe Robert de transport par camion surdimensionné. Cela vient compléter notre offre. On peut par exemple charger des navires de pales d’éoliennes en Gaspésie et les décharger sur nos camions pour les livrer à destination.

QSL réalise des revenus annuels de 300 millions auxquels il faut ajouter 100 millions que génèrent nos activités de services connexes dont on est partenaire.