Seulement 27 % des Québécois occupant un emploi reçoivent en ces temps de crise des ressources supplémentaires en matière de santé mentale de la part de leur employeur. C’est le plus faible pourcentage au pays, selon une étude d’ADP Canada réalisée avec Angus Reid, qui sera publiée lundi.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

En Alberta, 57 % des répondants ont déclaré que leur organisation avait déployé des ressources supplémentaires en santé mentale, contre 53 % en l’Ontario, 49 % dans les provinces atlantiques et 47 % en Colombie-Britannique. ADP Canada, firme spécialisée dans les ressources humaines, a sondé des gestionnaires et des employés dans tous les types d’industries*.

« Ça ne me surprend pas que les entreprises n’offrent pas de services », affirme sans détour Martin Enault, président de l’organisme Revivre, qui donne du soutien en santé mentale. 

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Martin Enault, président de l’organisme Revivre

Le milieu des affaires a encore un immense tabou et un retard sur l’ouverture en santé mentale.

Martin Enault, président de Revivre

Une autre explication aux piètres résultats du Québec tiendrait au fait que le reste du Canada a accès à des outils déjà existants en anglais mais non offerts en français, selon Martin Enault.

Demandes d’aide en forte hausse

Depuis le début de la crise, Martin Enault entend les appels à l’aide chez Revivre. L’organisme enregistre une hausse de 300 % du nombre de demandes. Il y a des employés et des chômeurs, mais aussi des dirigeants d’entreprises. Plus de 250 lui ont écrit, dont de grands acteurs québécois. La Chambre de commerce du Montréal métropolitain s’est d’ailleurs tournée vers l’organisme pour fournir de l’aide à ses membres durant la crise de la COVID-19.

« Au départ, les gens étaient en mode réactif : “Je vais trouver mon papier de toilette et ça va bien aller”, illustre-t-il. Dans la dernière semaine, on va vraiment vu une transformation. C’est comme si tout le monde avait atteint un pic du découragement. »

Bien que le Conseil du patronat du Québec (CPQ) ait recommandé d’élargir l’offre de services psychosociaux avec l’aide d’entreprises privées, dans sa feuille de route publiée le 20 avril, son président Yves-Thomas Dorval est tout de même surpris des résultats du sondage.

« C’est peut-être que nos PME au Québec sont plus concentrées dans des secteurs comme le commerce au détail, les restaurants, le tourisme que dans d’autres provinces comparables, explique-t-il en entretien téléphonique. Il est possible que dans ces secteurs-là, il y ait moins de grandes entreprises. Souvent, les programmes d’aide aux employés se retrouvent dans les avantages sociaux de grands employeurs. »

Bien présent, mais toujours tabou

L’École d’entrepreneurship de Beauce a aussi observé une hausse de la demande d’aide et a ajusté ses outils pour épauler les entrepreneurs, que ce soit des Facebook en direct, des séances de coaching, des appels téléphoniques ou l’organisation de discussions entre entrepreneurs qui vivent la même situation.

« Les entrepreneurs ne sont pas les premières personnes qui vont dire : “J’ai besoin d’aide” au point de vue de la santé mentale », explique Lysanne Raymond, leader intelligence entrepreneuriale à l’École d’entrepreneurship de Beauce.

Les intervenants doivent donc bien décoder les messages d’aide et rester aux aguets.

« Ceux qui vont moins bien ne viennent pas nécessairement dans les séances d’entraide, rappelle sa collègue Valérie Lesage, chef du centre de l’intelligence entrepreneuriale. Il y a des histoires de faillite à travers ça. » 

Quand les gens sont dans le plus creux, le réflexe sera de s’isoler. On essaie d’être plus attentifs à ça.

Valérie Lesage, de l’École d’entrepreneurship de Beauce

De son côté, Revivre a décidé de donner une version virtuelle de ses ateliers en autogestion, parce que les gestionnaires, qui vivent eux-mêmes des situations difficiles à la maison ou au travail, ne se sentent pas outillés pour intervenir en santé mentale et répondre à toutes les questions de leurs employés.

« Ce n’est pas en lisant deux ou trois trucs sur LinkedIn que tu vas réussir à aider tes employés qui se sentent anxieux et déprimés », soutient Martin Enault.

Mieux vaut prévenir

Si plusieurs organisations se sont tournées vers l’organisme Revivre pour trouver des ressources, BMO a développé les siennes. En plus d’offrir aux employés des conférences téléphoniques avec des spécialistes de la santé suivies d’une période de questions, qui attirent d’ailleurs de 800 à 1000 employés chaque fois, la banque a voulu aller encore plus loin.

Des sondages réguliers sont faits auprès des employés pour connaître leur état en lien avec la pandémie. À la lumière des résultats, l’équipe des ressources humaines a décidé d’ajouter des conférences téléphoniques avec un psychologue. La première aura lieu ce vendredi.

« Quand on dit que notre raison d’être, c’est d’avoir le cran de faire une différence dans la vie comme en affaires, il faut être capable d’en faire une dans la vie chez nos employés », affirme lors d’une entrevue téléphonique Claude Gagnon, président de BMO Groupe financier Québec.

*L’Étude sur les habitudes de travail en temps de COVID-19 d’ADP Canada, volet 2 a été effectuée en ligne auprès de 787 travailleurs canadiens du 3 au 5 avril 2020, au moyen de la plateforme en ligne d’Angus Reid. La marge d’erreur pour cette étude était de +/- 3,49 %.

Trois ressources offertes

Danielehenkel.tv

À partir de ce jeudi à 9 h et pour les trois jeudis suivants, la femme d’affaires Danièle Henkel discutera avec le psychologue Nicolas Chevrier et l’entrepreneur et président du conseil d’administration de l’organisme Revivre, Martin Enault. Il sera question de santé mentale au travail et de normalisation des émotions. La série va progresser selon les situations qui surviendront dans les trois prochaines semaines. danielehenkel.tv est un média de solution qui offre du soutien en direct aux entrepreneurs.

École d’entrepreneurship de Beauce 

Ce jeudi à 16 h sur Facebook, l’École d’entrepreneurship de Beauce propose un webinaire sur la santé mentale des entrepreneurs. Le thème : Aplatir le pic du stress et de l’anxiété pour soi et son équipe. Le but du webinaire est de tisser un filet de sécurité plus solide autour des entrepreneurs avec l’aide de leurs proches et de leurs employés. Les employés et les proches sont les bienvenus.

Québec Innove

Le vendredi 24 avril à 12 h, Québec Innove offre une conférence sur la santé mentale des entrepreneurs et des dirigeants intitulée Innover et gérer ses équipes en temps de crise sans oublier le facteur humain. Cette conférence web permettra aux patrons de développer des outils d’autogestion de santé mentale pour aider leurs équipes et eux-mêmes !

D’autres ressources au téléphone et en ligne

Revivre : 1 866 REVIVRE (738-4873)

Groupement des chefs d’entreprise : 1 819 477-7535

Ordre des psychologues du Québec : 1 800 561-1223

Centre en Soi de Montréal : 514 609-5380

Suicide Action : 1 866 277-3553

Bien Canadiens : ressources de bien-être pendant la pandémie

Groupe Facebook Entrepreneurs et santé mentale