Non seulement le Cirque du Soleil n’est pas en mesure de maintenir ses salariés à son emploi, mais des personnes travaillant à contrat pour le Cirque n’ont toujours pas été payées pour du travail effectué avant l’annonce des mises à pied massives le mois dernier.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Le Cirque a adopté une politique de suspension des paiements et obligations envers ses fournisseurs, notamment des consultants ou pigistes, qui ont des ententes avec le Cirque.

Certains d’entre eux ont confié à La Presse que le Cirque n’a pas payé les factures envoyées avant les mises à pied massives annoncées à la mi-mars.

Dans certains cas, il s’agit de factures pour les mois d’hiver. Dans d’autres cas, les factures datent des mois d’automne, ce qui leur cause un stress financier.

Un de ces fournisseurs, qui ne veut pas être identifié parce qu’il a peur des répercussions sur sa carrière, craint qu’une restructuration survienne « rapidement » et que les dettes envers « plusieurs centaines » de travailleurs soient « bloquées » ou renégociées au rabais.

« On parle ici d’artisans du cirque : metteurs en scène, éclairagistes, chorégraphes, coordonnateurs artistiques, entraîneurs, etc. », dit-il. Pour certaines de ces personnes, le Cirque est leur seul client.

Il faut savoir que le Cirque emploie beaucoup de ces artisans à plein temps, mais en embauche également beaucoup par contrat, selon ses besoins. En fonction des projets, des pigistes en marketing, en technologies, programmation et conception peuvent aussi obtenir des contrats.

Il n’a pas été possible d’obtenir des précisions sur le montant global des créances dues aux fournisseurs ni sur le nombre précis de travailleurs touchés. « Le Cirque est une entreprise privée », indique simplement la porte-parole Caroline Couillard.

Le Cirque explique que la crise de la COVID-19 a entraîné une paralysie « soudaine et totale » de ses activités. 

« Par conséquent, nous avons été contraints d’adopter des mesures drastiques pour préserver notre liquidité restante et assurer la pérennité du Groupe Cirque du Soleil », indique une note interne obtenue par La Presse.

« Nos liquidités sont soumises à d’énormes pressions en raison de cet évènement inattendu et sans précédent, et malheureusement, la durée de la pandémie et ses impacts sur l’avenir du Cirque demeurent inconnus pour le moment », peut-on lire.

« Nous n’avons malheureusement pas d’autre alternative que de suspendre temporairement le paiement de nos obligations à nos fournisseurs et partenaires pendant que nous nous affairons à traverser cette crise et à stabiliser la situation. Nous sommes conscients que cette action, qui s’avère nécessaire dans les circonstances, pourrait avoir des répercussions sur vos opérations, et soyez assurés que nous le regrettons très sincèrement », est-il précisé.

Le Cirque du Soleil a annoncé le 19 mars la mise à pied de 95 % de son effectif, soit 4679 employés.

Le Cirque n’a plus qu’une toute petite équipe encore en place et le salaire du PDG, Daniel Lamarre, vient d’être réduit de 50 %. 

« C’est lui qui en a fait la proposition au conseil d’administration », affirme Caroline Couillard. 

Pour l’instant, aucun autre employé ou dirigeant toujours en poste actuellement n’a subi de baisse salariale.

La semaine dernière, La Presse révélait que le Cirque est dans une position financière difficile, au point que l’organisation soutient ne même pas avoir les « moyens » de prendre l’aide du gouvernement fédéral pour réembaucher les travailleurs mis à pied en mars.

La direction explique la situation par le fait que le programme de subvention salariale d’urgence du Canada exige qu’une preuve de versement pour la portion de 75 % du salaire des employés soit donnée avant d’être admissible à recevoir des fonds du fédéral.

« Bien que nous aimerions beaucoup que tous nos employés bénéficient de ce programme, notre situation actuelle de liquidités nous place dans une position où nous n’avons pas la capacité d’effectuer de tels paiements à l’avance », indique un document obtenu par La Presse.

Le Cirque traîne une dette d’environ 1 milliard. Les principaux actionnaires du Cirque sont le fonds américain TPG, le groupe chinois Fosun et la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Compte tenu de la situation dans laquelle se trouve le Cirque, placer l’organisation à l’abri de ses créanciers est une des options envisagées par la direction, ont confirmé des sources à La Presse ce printemps.

Le Cirque du Soleil en six dates

• Avril 2015 : Un groupe dirigé par la firme TPG Capital, de San Francisco, conclut une entente pour acquérir le Cirque du Soleil pour environ 1,75 milliard US.

• Juin 2019 : La Presse révèle que le Groupe Cirque du Soleil envisage une inscription en Bourse.

• Novembre 2019 : Le PDG Daniel Lamarre confirme que le projet d’inscription en Bourse est sur la glace « pour le moment », arguant que le marché boursier n’est pas favorable.

• Février 2020 : La Caisse de dépôt et placement du Québec rachète la participation restante de 10 % de Guy Laliberté dans le Cirque.

• Mars 2020 : Le Cirque annonce la mise à pied de 95 % de ses 4679 employés.

• Avril 2020 : Des sources confirment à La Presse qu’une des trois options envisagées par le Cirque est de placer l’entreprise à l’abri de ses créanciers.