Avant même d’ouvrir leurs portes et leurs serres à leurs premiers clients, les centres de jardinage bourdonnaient déjà d’activité. Si ceux-ci ont eu à peine 48 heures pour se préparer après l’annonce du premier ministre François Legault leur donnant le feu vert pour reprendre les activités mercredi, les commerces n’avaient toujours pas reçu de directives claires de la part de la Santé publique concernant les mesures à mettre en place pour éviter les risques de propagation de la COVID-19.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

« On attend toujours les fiches pour adapter nos commerces », souligne le président de Québec Vert, Christian Brunet, qui représente 7000 entreprises horticoles.

« On voulait que nos établissements soient conformes », poursuit M. Brunet, qui qualifie la situation de plutôt curieuse.

Sur le site de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), des directives ont été émises pour les secteurs de la construction, des mines ainsi que pour les garages. Mais rien pour les centres de jardinage. L’INSPQ n’a pas rappelé La Presse.

En attendant de recevoir des règles adaptées à leur secteur, plusieurs centres de jardinage et pépinières se sont donc inspirés de celles mises en place dans les supermarchés : contrôle à la porte, autocollants au sol pour respecter les règles de distanciation sociale, particulièrement à la caisse, installation de plexiglas, désinfectant pour les employés et les clients…

En plus de revoir la manière de procéder de leurs magasins, depuis deux jours, les commerçants doivent répondre aux appels des clients impatients de se rendre sur place, rappeler des employés et faire des commandes auprès de leurs fournisseurs.

Ouverture retardée

En raison de ce court laps de temps pour tout mettre en place, certains commerces ont décidé d’attendre à la semaine prochaine avant de recommencer à vendre arbres, plantes et semis.

« C’est la plus belle nouvelle [qu’on a eue] depuis un mois », s’est exclamé Pierre Jasmin, copropriétaire de la Pépinière Jasmin à Montréal, lorsque La Presse l’a contacté mardi. Il admet toutefois que la nouvelle « est arrivée un peu plus rapidement » que ce à quoi il s’attendait. « Ça vient avec de lourdes responsabilités », soutient-il.

M. Jasmin attendra donc à lundi prochain avant d’ouvrir ses portes aux clients. 

On n’est pas prêts. Il nous manque du personnel et on veut que le magasin soit sécuritaire.

Pierre Jasmin, copropriétaire de la Pépinière Jasmin

Certains de ses employés ne sont pas à l’aise avec l’idée de retourner travailler, admet-il. Normalement, environ 80 personnes s’affairent dans cette pépinière d’une superficie de 5000 pieds carrés. La semaine prochaine, Pierre Jasmin devra se contenter de diriger une équipe formée de 40 personnes. Pour y arriver, le magasin fonctionnera selon un horaire réduit.

Se disant « réconforté » par la reprise des activités dans l’industrie horticole, Frédéric Ouellet, copropriétaire de la Pépinière Soleil à Saint-Jean-Baptiste, en Montérégie, a lui aussi été pris de court par cette nouvelle. Avec sa conjointe, il s’occupe d’une production d’arbres et d’arbustes qu’il vend ensuite aux centres de jardinage. Depuis que le premier ministre a fait son annonce, son téléphone ne cesse de sonner. Et il manque de bras pour préparer les commandes. « Je n’ai plus de personnel pour travailler dans les champs », dit-il. 

Depuis quelques semaines, des paysagistes, qui n’avaient plus de travail, étaient venus lui prêter main-forte. Mais comme les activités reprennent, ils retourneront eux aussi vaquer à leurs occupations professionnelles. « À court terme, j’aurais besoin de six personnes », précise M. Ouellet. Et les travailleurs saisonniers qui doivent venir l’aider n’arrivent que jeudi. Ils devront ensuite être placés en quarantaine. En attendant, Frédéric Ouellet devra faire appel à des agences pour recruter de la main-d’œuvre.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Sophie Chabot et Frédéric Ouellet, copropriétaires de la Pépinière Soleil, à Saint-Jean-Baptiste.

Le bon moment

À Québec, au Centre de jardin de l’Aéroport, Sonia Martins, adjointe administrative dans l’entreprise familiale de son père, se disait « vraiment, vraiment très contente » que les affaires reprennent. « Ça tombe parfaitement bien. » Elle ajoute que les gens commenceront bientôt à vouloir faire du jardinage et embellir leurs plates-bandes. « Notre argent, on le fait jusqu’au 24 juin », a-t-elle tenu à souligner.