Pour assurer la sécurité alimentaire des Québécois durant la pandémie de la COVID-19, Québec solidaire estime que le gouvernement devrait subventionner une portion du salaire des employés des entreprises agricoles. Cette bonification devrait s’élever à 4 $ de l’heure, à l’instar de la prime salariale récemment accordée à certains travailleurs essentiels de la santé.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

La formation politique rendra public ce lundi matin un plan qui compte neuf propositions pour accroître la souveraineté alimentaire du Québec à court terme.

« L’idée, c’est de donner aux producteurs agricoles tous les moyens nécessaires pour maximiser leurs productions et nous rendre le plus autonome possible au niveau de notre alimentation. Parce qu’on est quand même dépendants de beaucoup d’importations du marché américain et là, on voit comment ça peut devenir tendu dans un contexte de pénurie », a expliqué, en entrevue, la députée Émilise Lessard-Therrien, porte-parole en matière d’agriculture.

Les agriculteurs québécois, particulièrement les producteurs maraîchers, comptent sur des milliers de travailleurs saisonniers du Mexique ou du Guatemala. Or, les restrictions internationales sur les voyages et la nécessité d’assumer les frais de leurs 14 jours de quarantaine, ainsi que leurs salaires durant cette période risquent de faire fondre leurs rangs.

Le premier ministre François Legault s’est dit ouvert, plus tôt cette semaine, à offrir des bonis pour les personnes qui vont travailler dans les champs. Il a aussi répété à maintes reprises lors de son point de presse quotidien qu’il souhaitait voir s’accroître l’autonomie alimentaire du Québec.

En ces temps incertains, Québec solidaire propose de stimuler le recrutement de la main-d’œuvre locale en permettant aux retraités ou aux personnes qui n’ont plus d’emploi d’être formés pour travailler dans les champs cet été sans subir de pénalités dans les prestations qu’ils reçoivent.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Émilise Lessard-Therrien, porte-parole de Québec solidaire en matière d’agriculture

« Nous avons beaucoup d’agriculteurs qui nous disent qu’ils connaissent beaucoup de retraités qui seraient prêts à venir opérer la machinerie dans leurs champs, mais qu’ils ne peuvent pas parce qu’ils vont être coupés dans leurs prestations ou leurs rentes. Ça, c’est une mesure qui ne coûterait absolument rien à l’État », affirme Émilise Lessard-Therrien.

Québec solidaire estime par ailleurs que les agriculteurs devraient eux aussi avoir accès aux services de garde pour les travailleurs essentiels. La liste des services essentiels devrait aussi s’allonger pour y inclure les marchés publics et les kiosques à la ferme.

Encourager les potagers

Québec solidaire demande aussi au gouvernement de favoriser des changements réglementaires pour permettre aux citoyens de cultiver des potagers. Au Québec, plusieurs municipalités interdisent la culture potagère dans les terrains à l’avant des maisons.

Émilise Lessard-Therrien aimerait voir pousser à travers le Québec des potagers à l’image des Jardins de la victoire, érigés durant la Seconde Guerre mondiale. « En 1943, près de 60 % de la population des États-Unis avait un potager. Cette année-là, 42 % des légumes provenaient des potagers familiaux », affirme Québec solidaire.

Les serres ornementales publiques et privées pourraient aussi se tourner vers la production maraîchère, propose Mme Lessard-Therrien. « Au lieu de mettre des fleurs dans nos platebandes, on pourrait planter des légumes », dit-elle.