Le but de l’exercice était de rassurer tout autant que d’expliquer et c’est pourquoi, durant plus d’une heure et demie, le ministre du Développement économique et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a répondu jeudi soir aux nombreuses questions d’entrepreneurs inquiets de la situation actuelle comme de l’avenir. Le message a été clair : la sortie de crise passera par l’innovation et l’achat local, et il faut s’y préparer.

Jean-Philippe Décarie
Jean-Philippe Décarie La Presse

C’est à l’invitation du regroupement Alias entrepreneur·e – qui s’était associé à une quinzaine d’autres organismes, dont Anges Québec, Femmessor, l’École d’entrepreneurship de Beauce – que le ministre Pierre Fitzgibbon a répondu jeudi soir aux nombreuses questions de chefs d’entreprise lors d’une téléconférence qui a été visionnée en direct par plus de 2700 personnes.

D’entrée de jeu, Pierre Fitzgibbon a fait la recension du chapelet de mesures qui ont été mises en place pour colmater les brèches ouvertes par la crise du coronavirus : la Prestation canadienne d’urgence, la subvention salariale, les 12,5 milliards de financement garanti par EDC et la BDC, le plan d’urgence de 4 milliards de la Caisse de dépôt et les 2,5 milliards d’Investissement Québec.

Ces initiatives d’urgence vont générer les liquidités nécessaires pour que les entrepreneurs puissent poursuivre leurs activités, a estimé le ministre tout en convenant que d’autres mesures allaient devoir être mises de l’avant pour permettre la sortie de la crise.

Une crise qui a fait comprendre à tout le monde l’importance de développer une économie locale forte et innovante.

« La crise nous a fait prendre conscience qu’on s’en allait vers un capitalisme plus coopératif et elle a mis en évidence l’importance de l’économie locale », a souligné Pierre Fitzgibbon tout en rappelant que le gouvernement souhaitait depuis toujours réduire le déficit commercial québécois, qui s’élève à 20 milliards.

« Plutôt que d’importer des tomates du Mexique l’hiver, il va falloir augmenter la production en serre chez nous », a illustré le ministre.

À la question d’un entrepreneur qui s’interrogeait sur le traitement des entreprises québécoises qui soumissionnent à des appels d’offres du gouvernement, le ministre a répondu qu’il fallait revoir la notion de plus bas soumissionnaire et ne pas hésiter à favoriser nos entreprises quand c’est possible.

« On a des ententes commerciales avec le reste de l’Amérique du Nord, avec l’Europe et l’Asie, mais il y a moyen d’augmenter le contenu québécois », a dit M. Fitzgibbon.

Crise et après-crise

Tous les entrepreneurs qui ont participé à la téléconférence de jeudi soir ont accueilli avec soulagement les nombreuses mesures annoncées pour sauvegarder les emplois sacrifiés par les mesures de confinement et l’effondrement de plusieurs secteurs d’activités, mais beaucoup s’inquiètent des autres problèmes de liquidités qui les guettent.

Guillaume Lemoine, PDG de Strøm spa nordique, a déploré que toute l’aide directe autre que celle prévue pour soutenir les salaires et les emplois passe irrémédiablement par l’endettement.

« On a voulu aller au plus pressant, a répondu le ministre, on a concentré nos efforts sur les liquidités immédiates, sans égard aux secteurs d’activités. Mais c’est sûr que pour les industries du tourisme et de la culture, il va y avoir d’autres problématiques. »

« On peut penser à moduler le remboursement des prêts avec le retour à la rentabilité et l’échelonner sur plusieurs années ou transformer des prêts en participation dans l’entreprise, ce qui réduirait la charge financière », a-t-il proposé.

Dans sa réponse à un autre entrepreneur qui s’interrogeait sur les critères qui vont servir de guide aux responsables d’Investissement Québec, le ministre a été clair.

« On veut favoriser les investissements innovants qui vont permettre aux entreprises d’être plus performantes, notamment l’élargissement du commerce électronique à tous les secteurs d’activité confondus pour qu’on devienne plus autosuffisant. À la limite, on peut financer nous-mêmes les coûts additionnels de telles transformations », a insisté le ministre.

Pierre Fitzgibbon a accueilli favorablement la suggestion de Pierre Mercier, PDG de Walk-In Boutique, de créer des cellules de crise pour chaque secteur d’activité industrielle. « On va tous se retrouver avec des ballons financiers après la crise, ça serait bien que chaque industrie se regroupe », a proposé l’entrepreneur.

Cela dit, M. Fitzgibbon a tenu à souligner la belle solidarité que manifestent les entreprises québécoises, solidarité qui témoigne de cette émergence d’un néocapitalisme coopératif.

« Jusqu’à maintenant, on a plus de 80 entreprises qui se sont inscrites au ministère de l’Économie pour produire le matériel médical d’urgence dont on a besoin.

« On va annoncer dans les prochains jours la création d’un OBNL qui va se consacrer à l’achat local et où on va centraliser toutes les demandes des entreprises qui veulent développer leur plateforme de commerce électronique », a promis Pierre Fitzgibbon.

Le but de la présence du ministre à ce forum d’entrepreneurs était de rassurer et d’expliquer, et tous ceux qui y ont participé ont surtout apprécié la disponibilité de Pierre Fitzgibbon. En temps de crise, être au front, ça compte et ça n’a pas de prix.