Le nouveau programme de subventions salariales du gouvernement Trudeau pour les PME devrait être élargi aux grandes entreprises, estime Mirko Bibic, PDG de Bell, l’un des plus importants employeurs au pays.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

« J’appuie très fortement des programmes de soutien gouvernemental comme celui annoncé [vendredi] pour les PME, a dit Mirko Bibic en entrevue avec La Presse. C’est une bonne idée, un bon programme, ça devrait s’appliquer aussi à travers les grandes entreprises. Vaut mieux garder les emplois et subventionner les employeurs directement pour que les employeurs puissent continuer à payer les employés. C’est bien mieux que des licenciements. »

Ottawa a annoncé vendredi qu’il subventionnera 75 % des salaires des PME qui ont dû ralentir leurs activités en raison de la COVID-19. Les détails d’admissibilité de ce programme seront annoncés lundi. L’objectif est d’aider les entreprises à garder leurs employés malgré leurs difficultés financières. En cas de mises à pied, le fédéral doit payer environ 55 % du salaire en assurance-emploi.

Optimiste

La crise du coronavirus pourrait provoquer la pire récession au Canada depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais le président et chef de la direction de Bell reste optimiste sur l’état de l’économie canadienne à moyen et à long terme.

« Ensemble, on va faire en sorte que cette crise va passer et on va être plus forts à la fin de la crise, dit Mirko Bibic. On va relancer l’économie tous ensemble. Le monde entier va être touché, mais l’économie va avoir un gros rebond une fois que la crise va passer. »

Au contraire de plusieurs conglomérats de télécoms/médias, Bell indique ne pas avoir fait de mises à pied pour l’instant. La quasi-totalité de ses magasins ont été fermés, mais les employés touchés ont été réaffectés à d’autres tâches, notamment le service à la clientèle.

C’est ce qu’on essaie de faire pour le moment. On verra combien de temps, c’est très fluide et on s’ajuste tous les jours.

Mirko Bibic

« Nous avons deux grandes priorités : garder les Canadiens connectés [par les réseaux de télécoms] et informés [Bell possède des chaînes de télé, dont CTV News, et des stations de radio]. »

Réseaux très occupés

Désignés au Québec comme un service essentiel, les réseaux de télécoms au pays sont très sollicités depuis trois semaines. Par exemple, l’utilisation de l’internet à domicile en journée a augmenté de 60 % chez les clients de Bell en raison du télétravail. Résultat : les réseaux de télécoms sont parfois surchargés. Mais la congestion semble moins grande qu’en Europe, où les autorités ont demandé à Netflix de réduire la qualité de l’image pour désengorger les réseaux.

Selon Mirko Bibic, la situation actuelle montre la fiabilité des réseaux de télécoms canadiens. Un fait dont il faudra se souvenir selon lui quand, une fois la crise du coronavirus passée, on discutera à nouveau du prix des forfaits de téléphone portable.

Nous avons parmi les meilleurs réseaux au monde [au Canada]. Nous apprécions vraiment l’importance d’avoir des réseaux de premier plan. Dans une période de crise, on voit ce que ça donne.

Mirko Bibic

« On [Bell] investit 4 milliards par an dans nos réseaux. Il nous faut un cadre réglementaire et des politiques publiques qui encouragent les investissements. On devrait encourager ceux qui peuvent investir [dans les réseaux], comme dans d’autres secteurs économiques. Il va falloir relancer l’économie. »

La crise du coronavirus amène aussi son lot de nouvelles questions en télécoms. Par exemple, doit-on géolocaliser les Canadiens atteints du coronavirus au moyen de leur téléphone portable pour s’assurer qu’ils respectent les avis de santé publique ? Le maire de Toronto a évoqué l’idée, sans demander de l’appliquer. Le premier ministre du Canada Justin Trudeau n’a pas complètement écarté ce scénario. 

« Aucun gouvernement ne nous a demandé ce genre de soutien, dit Mirko Bibic. Si c’est pour combattre la COVID-19, je le considérerais tout en respectant les lois sur la vie privée. Mais il faudrait le demander, pour la COVID-19 et pas pour d’autres raisons, et aucun gouvernement ne l’a demandé. »