(New York) Les salariés des plateformes américaines de distribution Amazon et Instacart ont observé un arrêt de travail lundi, en plein confinement à New York et San Francisco, accusant leurs employeurs de ne pas suffisamment les protéger face au nouveau coronavirus.

Agence France-Presse

Plusieurs dizaines de salariés de l’entrepôt new-yorkais d’Amazon à Staten Island, au sud de Manhattan, ont cessé le travail lundi midi.

Ils se sont réunis devant l’entrepôt Amazon, masque ou foulard devant la bouche pour certains, éparpillés sur le parking, éloignés les uns des autres, distanciation sociale oblige.

Sous un ciel gris, ils ont brandi leurs pancartes : « Notre santé est juste essentielle », « Traitez vos employés comme vos clients ». Ou encore : « C’est difficile de fermer une entreprise pour 3/4 semaines. Mais c’est encore plus difficile de fermer pour toujours le cercueil de quelqu’un qu’on aime ! ! ! RESTEZ CHEZ VOUS ».

Alors que la région, devenue l’épicentre de l’épidémie aux États-Unis, est appelée au confinement, ces travailleurs reprochent au géant américain de ne pas prendre les mesures nécessaires pour les prémunir.

« Des personnes testées positives travaillent dans ce bâtiment et transmettent (le virus) à des centaines d’autres », accuse un compte Twitter, baptisé @Shut_downAmazon, et tout juste créé.

« Ces accusations sont tout simplement infondées », a réagi Amazon dans un communiqué transmis à l’AFP.

« Nous avons pris des mesures extrêmes pour assurer la sécurité des personnes, en faisant un nettoyage en profondeur trois fois plus souvent que d’habitude, en achetant les équipements de sécurité disponibles et en modifiant les procédures afin de garantir les distances de sécurité », assure le groupe.

Après la manifestation, le salarié à l’origine du rassemblement, Christian Smalls, a été officiellement licencié par Amazon.

Sollicité par l’AFP, Amazon a confirmé cette décision, consécutive, selon elle, au non-respect par le salarié du confinement auquel l’entreprise lui avait demandé de s’astreindre, car il avait été en contact avec un collègue testé positif.

En participant au rassemblement de lundi, il a « mis l’équipe en danger », une attitude jugée « inacceptable » par Amazon. Le groupe a souligné que 15 personnes seulement sur les plus de 5000 employées sur le site avaient pris part à la manifestation.

La procureure de l’État de New York, Letitia James, a réagi, qualifiant la décision de « honteuse » et rappelant que la loi protégeait le droit d’expression collective des salariés. « Dans une période où tant de New-Yorkais connaissent des difficultés et s’inquiètent de leur protection, cette mesure était aussi immorale et inhumaine », a ajouté la procureure, citée dans un communiqué.

Elle a indiqué étudier les voies de recours possible en justice et demandé au Conseil national du droit du travail (NLRB) d’enquêter sur les conditions de ce licenciement.

Les salariés de la chaîne de magasins haut de gamme Whole Foods, qui appartient à Amazon, appellent à une grève mardi, demandant eux aussi des mesures de sécurité renforcées, ainsi qu’une rémunération plus élevée.

Lundi toujours, des acheteurs-livreurs de la plateforme Instacart, qui permet de commander ses courses en ligne, ont également cessé le travail lundi. Ils demandent plus de sécurité et de meilleures conditions financières.

Ils cesseront ainsi le travail jusqu’à ce que « toutes (leurs) demandes (soient) satisfaites », a indiqué à l’AFP une porte-parole du groupe « Gig Workers Collective ».

« Il ne s’agit pas seulement de nous, nous voulons également protéger nos clients. Les travailleurs sont furieux qu’Instacart ne fasse même pas le strict minimum pendant cette pandémie mortelle », a-t-elle ajouté.

La COVID-19 a touché aux États-Unis plus de 164 000 personnes et fait plus de 3000 morts, selon l’université Johns Hopkins, dont le comptage fait référence.