La frontière américaine a beau leur être restée ouverte, les conditions de travail des camionneurs se détériorent en raison du grand nombre de portes qui leur sont dorénavant closes, les empêchant de manger et de s’occuper de leur hygiène.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Québec et l’Association du camionnage du Québec (ACQ) se sont entendus plus tôt cette semaine pour procéder à une ouverture hâtive de cinq haltes routières saisonnières le long des routes québécoises, afin de pallier une partie du problème.

« De plus, le Ministère travaille également à déployer des blocs sanitaires équipés pour la désinfection sur 6 sites situés le long des grands axes routiers, dont les autoroutes 10, 20, 40 et 55 ainsi que la route 138 », a écrit le ministère des Transports du Québec (MTQ) dans un communiqué diffusé vendredi.

Davantage d’accent devrait aussi être mis sur l’entretien des haltes permanentes. Les postes de pesée équipés de toilettes donneront aussi accès à celles-ci.

C’est qu’il est devenu de plus en plus difficile pour les camionneurs, dont certains sont très sollicités afin de maintenir les chaînes d’approvisionnement, de trouver un endroit où s’arrêter pour aller aux toilettes, manger ou se laver.

« Le ministère des Transports nous a aussi dit qu’il passerait le message à ses sous-traitants qui s’occupent des haltes permanentes de redoubler d’ardeur pour l’entretien », indique Marc Cadieux, président-directeur général de l’ACQ.

Des pressions ont également été effectuées auprès d’opérateurs privés, notamment des pétrolières, pour qu’ils maintiennent l’accès des camionneurs à leurs installations sanitaires.

La situation s’est d’autant plus compliquée pour les camionneurs qu’ils sont maintenant souvent considérés comme des parias dans les installations des expéditeurs.

On constate, à grand regret, que beaucoup d’expéditeurs ne donnent plus accès aux installations sanitaires de leurs entrepôts. On voit ça comme un manque de respect pour le métier.

Marc Cadieux, président-directeur général de l’Association du camionnage du Québec

Le premier ministre François Legault a salué le travail des camionneurs dans son point de presse quotidien, vendredi.

« Vous travaillez dans des conditions qui sont difficiles, vous êtes nos héros au quotidien. »

Demande de prime

Le président de la section locale 106 des Teamsters, qui regroupe beaucoup de camionneurs, a par ailleurs envoyé jeudi aux employeurs de ses membres une lettre dans laquelle il leur demande de leur verser une « prime de reconnaissance » d’un montant non spécifié.

« Considérant que plusieurs organisations ont déjà accordé des primes à leurs employés et que ces informations ne tardent pas à se propager, vous comprendrez que les vôtres ont déjà probablement des attentes quant à une telle prime. Par conséquent […], nous vous demandons donc d’accorder à vos employés cette prime de reconnaissance qui, à notre avis, est une façon de remercier et d’encourager ces hommes et ces femmes qui portent actuellement toute la communauté à bout de bras. »

Selon nos informations, la demande a été accueillie par une volée de bois vert.

« Pas pendant la tempête, pas quand on est en mode de survie et que nous ne savons même pas si nous aurons du travail la semaine prochaine, a répondu un entrepreneur dans une missive enflammée qui a circulé au sein de l’industrie. Vous savez, comme entreprise, on continue à desservir nos clients, mais nous ne savons même pas quand nous serons payés. »