Dans un mini-budget aux allures de temps de guerre, Ottawa a sorti l’artillerie lourde pour combattre le coronavirus. Message à retenir : le gouvernement fera tout ce qu’il faut pour aider les ménages à payer leurs comptes et éviter que l’économie sombre dans une dépression comme dans les années 30.

STÉPHANIE GRAMMOND STÉPHANIE GRAMMOND
La Presse

Et le déficit ? On verra après…

Au lieu de distribuer de l’argent à l’ensemble des citoyens, y compris ceux qui ne subissent en ce moment aucune perte, le ministre des Finances, Bill Morneau, a dévoilé des mesures ciblées pour les particuliers dont les revenus sont en baisse et pour les retraités touchés par le plongeon boursier.

Et au lieu de multiplier les nouveaux programmes, il a eu la sagesse d’utiliser des canaux qui existent déjà pour transférer de l’argent aux familles.

D’abord, il injecte 2 milliards pour rehausser le versement du mois de mai de l’Allocation canadienne pour enfants (ACE) que touchent quelque 3,5 millions de familles.

Et ensuite, il débloque plus de 5,5 milliards de dollars pour bonifier le crédit de TPS afin d’aider 12 millions de familles à revenu modeste qui peuvent être particulièrement coincées.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Le gouvernement fera tout ce qu’il faut pour aider les ménages à payer leurs comptes et éviter que l’économie sombre dans une dépression comme dans les années 30.

Fort bien. Mais on pourrait aller encore plus loin, estime Clément Gignac, économiste en chef chez iA Groupe financier. Quand viendra le temps de stimuler l’économie, « je recommande l’abolition totale de la TPS pour une période déterminée, afin que les gens devancent leurs achats », dit-il. Une telle offensive coûterait 4 milliards par mois au trésor public.

Pour l’instant, les deux mesures combinées apporteront 1500 $ à un couple avec deux enfants qui gagne 50 000 $. Le gain sera de 1050 $ pour un parent qui élève son enfant seul, selon les calculs de Luc Godbout, titulaire de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke.

Il est dommage que les familles qui ont des problèmes financiers criants doivent attendre jusqu’au mois de mai. Mais au moins, personne n’aura à faire de démarches. Et on est certain que tout le monde recevra l’argent, alors qu’en lançant de nouvelles mesures, de nombreuses familles seraient passées dans le beurre.

Et il faut souligner que les travailleurs dont les revenus ont fondu comme de la neige au printemps auront droit à la nouvelle Allocation de soins d’urgence, qui prévoit jusqu’à 900 $ toutes les deux semaines, pour une période maximale de 15 semaines. Les travailleurs touchés pourront faire leur demande à partir d’avril. En espérant que le traitement ne soit pas trop long…

C’est sans compter que les banques vont aussi accorder un répit allant jusqu’à six mois pour les gens qui n’arrivent plus à payer leur hypothèque ou d’autres types de prêts. 

Bref, tout est mis en place pour que personne ne perde sa maison à cause du coronavirus.

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Comme il l’avait fait lors de la crise du crédit, en 2008, le gouvernement canadien va aussi donner un peu de souplesse aux retraités dont le portefeuille de placement vient de subir une raclée, en réduisant de 25 % les retraits minimums du FERR.

« Malheureusement, c’est très peu. Je comprends que beaucoup de retraités vont devoir faire des retraits de toute façon. Mais les autres auraient énormément gagné à attendre », dit Alexandre Laurin, directeur de la recherche de l’Institut C.D. Howe. À son avis, il aurait été préférable de suspendre entièrement les retraits minimums.

Il faut savoir que les travailleurs qui ont accumulé des épargnes dans un régime enregistré d’épargne retraite (REER) au cours de leur vie active doivent le convertir en fonds enregistré de revenus de retraite (FERR) au plus tard le 31 décembre de l’année où ils atteignent 71 ans.

Dès l’année suivante, ils doivent procéder à un retrait minimal qui est calculé en pourcentage du montant contenu dans le FERR au début de l’année. Or, ces ponctions seront particulièrement douloureuses cette année, car les retraités ont été écorchés par la dégringolade de la Bourse canadienne qui a perdu 31 % depuis le début de 2020.

Alors, malgré la réduction de 25 %, ils risquent d’avoir à vendre à perte des placements qui pourraient rebondir par la suite.

Un jour ou l’autre, il faudra bien revoir les règles du FERR pour mieux refléter l’augmentation de l’espérance de vie et la baisse des taux d’intérêt qui mine les revenus.

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Mais revenons aux mesures dévoilées mercredi…

Pour permettre aux contribuables de respirer, Ottawa a aussi reporté au 31 août le paiement des impôts, date à laquelle Québec s’est harmonisé. Cela va libérer 55 milliards de liquidités qui pourront circuler dans l’économie.

Les contribuables auront jusqu’au 1er juin pour produire leur déclaration de revenus, alors que la date limite est normalement le 30 avril. Toutefois, le fisc encourage les particuliers qui s’attendent à toucher des versements du crédit pour la TPS ou de l’ACE à ne pas retarder la production de leur déclaration de revenus afin de s’assurer que leurs droits aux prestations pour l’année de prestation 2020-2021 seront bien calculés.

Et bien sûr, tous ceux qui s’attendent à un remboursement devraient expédier leur déclaration le plus vite possible au fisc… dans la mesure où leur comptable n’est pas en quarantaine.

Rectificatif

Une version précédente de ce texte mentionnait un crédit de TPS de 5,5 millions au lieu de 5,5 milliards. Nos excuses.