La COVID-19 a fait tomber la fièvre immobilière qui sévissait à Montréal depuis le début de l’année. Les mesures de distanciation sociale mises en place par nos gouvernements sont venues forcément diminuer les contacts entre acheteurs et vendeurs. La technologie aide toutefois à maintenir un semblant d’activité.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

« C’est sûr que l’on va connaître un certain ralentissement et on va en avoir la confirmation quand les statistiques de marché sortiront pour le mois de mars », reconnaît Hans Joseph Laurent, Courtier Vendirect actif à Laval et à Montréal, dans un entretien.

> Lisez un article sur le marché immobilier en février

Février avait été marqué par un volume record de transactions. Le prix des maisons dans l’île de Montréal avait grimpé de 24 %, par rapport au prix médian de février de l’an passé. Sur la Rive-Sud, la hausse avait été à peine moins forte, à 18 %.

Prévention oblige, M. Laurent recommande à ses clients acheteurs d’attendre avant de visiter des propriétés. « Je leur suggère de voir comment l’épidémie va évoluer avant de multiplier les visites. »

Pour ce qui est des vendeurs, par contre, on ne gagne rien à retarder la mise en marché de la propriété, croit-il. « Même en isolement, les acheteurs veulent profiter de taux d’intérêt avantageux. »

Les banques et Desjardins ont en effet abaissé leur taux préférentiel dans les derniers jours à la suite de la décision de la Banque du Canada de réduire son taux directeur.

« C’est le meilleur temps pour préparer sa maison à la vente, la désencombrer et la dépersonnaliser », renchérit Louise Rémillard, fondatrice de Profusion Immobilier, à la tête de 75 courtiers. Elle fait évidemment référence aux gens confinés à domicile et qui cherchent à meubler leurs temps libres.

Celle qui dirige le bureau de Westmount de Profusion ne cache pas que le téléphone sonne moins depuis quelques jours. « J’ai des courtiers qui étaient en vacances à l’étranger pendant la semaine de relâche et qui sont en quarantaine préventive depuis leur retour. »

Encore de l’activité

Le marché n’est pas mort pour autant, loin de là. « Il y a plus d’activités que je l’aurais imaginé. On voit encore des cas de surenchères, moins qu’en février, mais on en voit encore », dit Dominic St-Pierre, vice-président et directeur général de Royal LePage Québec.

« On a encore des vendeurs qui nous ont appelés hier pour sortir une évaluation, signale de son côté Richard Beaumier, responsable du bureau de Vaudreuil-Dorion de Profusion Immobilier. Des offres d’achat continuent de rentrer. Et celles qui avaient été acceptées avant la crise sont en train de se finaliser. »

M. Beaumier fait remarquer que les acheteurs potentiels, conscrits à la maison, ont tout le temps au monde de scruter la liste des propriétés à vendre.

La baisse des taux d’intérêt va venir aider les acheteurs à moyen terme.

Richard Beaumier

Les professionnels de l’immobilier s’ajustent comme ils le peuvent aux événements. Dans une vidéo mise en ligne le 15 mars, l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec suggère fortement le recours aux nombreux outils technologiques pour assurer la continuité des affaires. Avec FaceTime, on peut voir la propriété sans avoir à se déplacer.

Profusion Immobilier décourage, de son côté, toute visite libre. Les visites personnalisées sont encore autorisées, mais fortement encadrées.

Le camp des acheteurs et celui des vendeurs doivent signer une déclaration affirmant qu’ils ne sont pas en quarantaine. L’Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ) a préparé un formulaire à cet effet.

Les gants sont de rigueur lors d’une visite, dit-on chez Profusion Immobilier. On évite de toucher aux poignées de porte. Seulement deux personnes au maximum sont autorisées à la fois, et pas d’enfants.

Chez le notaire

Pour ce qui est de l’acte notarié, la signature chez le notaire est toujours de rigueur. Les juristes continuent de recevoir les parties, mais séparément, suivant la recommandation émise par la Chambre des notaires. Les courtiers immobiliers ne sont plus les bienvenus dans les études des notaires de façon à éviter qu’il y ait plusieurs personnes dans le même espace.

« Tout client de retour de l’extérieur du pays depuis moins de 14 jours ou qui a un des symptômes de la COVID-19 ne pourra avoir accès à nos bureaux », prévient MRoberto Aspri, président de l’Union des notaires du Québec, dans une directive publiée sur le site internet de l’Union.