Le groupe Mach ambitionne d’aménager une « plaza animée été comme hiver » qui offrira un « niveau de confort » accru aux piétons ainsi qu’une soixantaine de commerces sur le site de Radio-Canada. Composé de six zones, le quartier ne sera « pas un centre commercial avec des tours au-dessus », jure-t-on.

Marie-Eve Fournier
Marie-Eve Fournier La Presse

On a très peu entendu parler jusqu’ici de l’offre commerciale imaginée par le groupe Mach qui transformera complètement le site de la SRC pour en faire le Quartier des lumières. Pourtant, elle occupera une place centrale dans ce projet multi-usage de 1 milliard de dollars. Sa mission : créer une « expérience ».

Les rez-de-chaussée des 12 édifices qui seront construits dans les prochaines années autour de la tour emblématique du diffuseur public seront tous occupés par des détaillants, des restaurants et des services (clinique médicale, banque, nettoyeur à sec, soins esthétiques).

De plus, les consommateurs pourront faire leurs emplettes dans six grandes surfaces situées au sous-sol, mais accessibles à partir d’entrées aménagées à la surface qui pourraient être qualifiées de grandes vitrines. Les documents de promotion utilisés par Mach évoquent la possibilité que la première phase comprenne une épicerie, une quincaillerie, un détaillant d’articles de sport et une pharmacie.

Ce type d’aménagement est à peu près inexistant au Canada, fait valoir la directrice de la conception et du développement du projet, Marie-Geneviève B-Pelland. La diplômée en architecture et en économie a accepté de rencontrer La Presse pour faire part des détails du projet et des plus récentes esquisses.

PHOTO FOURNIE PAR MARIE-GENEVIÈVE B-PELLAND

Marie-Geneviève B-Pelland, directrice responsable de la conception et du développement du Quartier des lumières pour le groupe Mach

Les grandes surfaces répondent à un besoin, mais ce n’est pas ce qu’il y a de plus attrayant visuellement.

Marie-Geneviève B-Pelland

Le constat est exactement le même en ce qui concerne les espaces de stationnement. Pour cette raison, ils seront tous cachés sous la terre. En tout, 2000 cases seront aménagées sur deux niveaux. Les commerces seront directement accessibles à partir de ce vaste lieu souterrain, comme c’est le cas dans le Square du DIX30, par exemple.

Peu de vent, beaucoup de soleil

Mach prévoit en outre aménager autour de la tour de Radio-Canada une « plaza » qui sera animée toute l’année. L’été, un marché fermier pourrait s’y installer le jour, tandis que des spectacles y seraient présentés en soirée. L’hiver, ce pourrait être « un marché de Noël comme on en voit en Europe et une patinoire », donne en exemple Marie-Geneviève B-Pelland.

« On s’est assurés d’accroître le niveau de confort des gens, ajoute-t-elle. Ce ne sera pas la Floride en janvier quand il fait - 40, mais ce sera agréable d’y rester. » Les vents seront minimisés, on veut aussi offrir un maximum d’ensoleillement et proposer un environnement esthétique.

ILLUSTRATION FOURNIE PAR MACH

Mach prévoit aménager, autour de la tour de Radio-Canada, une « plaza » qui sera animée toute l’année, même l’hiver.

Aussi, Mach a-t-il imaginé six zones ayant chacune sa vocation. Les services de santé et de bien-être, par exemple, seront regroupés dans les tours donnant sur le boulevard René-Lévesque, « qui n’est pas une artère commerciale ». En bordure de l’avenue Viger, qui procure beaucoup de visibilité, on privilégiera plutôt des détaillants aux « noms puissants ».

Au centre, dans la plaza, on retrouvera des restaurants avec terrasses et des boutiques uniques en leur genre.

La rue De La Gauchetière, qui sera prolongée pour traverser le site, ne sera pas exclusivement réservée aux piétons. Par contre, « on fera tout pour que l’automobiliste ne se sente pas le bienvenu, assure Marie-Geneviève B-Pelland. On veut qu’il ait un doute et se demande “est-ce que je peux y aller ?”. On veut réduire la circulation automobile au minimum. »

Rappelons que trois stations de métro se trouvent à proximité.

ILLUSTRATION FOURNIE PAR MACH

Mach a imaginé six zones ayant chacune leur vocation. Les services de santé et de bien-être, par exemple, seront regroupés dans les tours donnant sur le boulevard René-Lévesque

Une quinzaine de détaillants pressentis

Jusqu’ici, près d’une quinzaine de détaillants ont été rencontrés et « il y a beaucoup d’intérêt ». L’équipe de Mach n’attend pas les offres de façon passive, explique Marie-Geneviève B-Pelland. Elle part plutôt à la recherche du bon détaillant pour chaque local afin de « créer des synergies, des interactions », une méthode semblable à celle utilisée lors du casting pour un film.

Et malgré les difficultés actuelles dans la vente au détail, même les grandes surfaces sont attirées par le projet, souligne la directrice de la conception. Car elles apprécient d’avoir enfin la possibilité de s’installer au centre-ville de Montréal. Le vaste stationnement est l’autre argument de taille.

« Pour que l’offre commerciale soit bien accueillie, on s’assure de ne pas entrer en compétition avec les commerçants du secteur, avec la rue Sainte-Catherine, ajoute-t-elle. On veut être complémentaires à ce qui est existant. »

Répartition de l’espace commercial

Grandes surfaces : 62 %
Restaurants : 16 %
Détaillants de proximité : 11 %
Services : 11 %

10 000 personnes en tout temps

Ceux qui accepteront de signer un bail bénéficieront en tout temps d’une clientèle potentielle de 10 000 personnes, évalue Mach. Le jour, il s’agira des travailleurs ; le soir, des résidants.

« On essaie de créer l’esprit d’une rue principale, d’un quartier, d’un village », insiste Marie-Geneviève B-Pelland.

Le promoteur immobilier pense pouvoir réduire les fuites commerciales. Bon nombre de résidants du coin doivent actuellement se résoudre à traverser le pont pour faire des achats sur la Rive-Sud ou simplement sortir du centre-ville, a conclu une étude réalisée par Altus. Ainsi, plus de la moitié des achats (53 %) sont faits à l’extérieur du quartier.

Cette « étude d’impact » datée d’avril 2019 évaluait par ailleurs à 682 millions les ventes potentielles en 2021 dans la zone autour de Radio-Canada (délimitée par les rues Sanguinet, Saint-Joseph et Viau, et par le fleuve Saint-Laurent, au sud).

Mach précise que le zonage actuel lui permet de réaliser l’entièreté de son projet qui inclut trois tours de bureaux, quatre tours de logements sociaux et cinq d’appartements en location.

« L’antithèse de Griffintown »

La date du début de la construction ne dépend plus que du déménagement des employés de Radio-Canada dans leurs nouveaux locaux construits par Broccolini dans l’ancien stationnement du côté est de la tour. Dans l’autre stationnement, du côté ouest, Devimco (Quartier DIX30) construira 2000 condos. Les travaux du projet baptisé Auguste & Louis commenceront cette année.

La revitalisation du secteur prévoit aussi la construction d’une école et d’un parc. En juin 2019, le vice-président, immobilier, du Groupe Mach, Christopher Sweetnam-Holmes, a affirmé au journal Les Affaires que le Quartier des lumières sera « l’antithèse » de Griffintown, un quartier souvent considéré comme l’exemple parfait de ce qu’il ne faut pas faire en urbanisme.

Notons que le Quartier des lumières a obtenu la certification Fitwel Community trois étoiles, une première pour un projet au Canada. Cela signifie qu’il met tout en œuvre pour accroître l’activité physique de la population, favoriser l’équité sociale, susciter un sentiment de bien-être et faciliter l’accès aux aliments sains, notamment.

Le Quartier des Lumières en chiffres

1 milliard : Coût du projet
4,45 millions de pieds carrés : superficie totale du projet
400 000 pi2 d’espace commercial
4000 appartements (dont 400 abordables et 600 logements sociaux)
2000 espaces de stationnement
60 espaces commerciaux
6 grandes surfaces
1 école
0 espace de stationnement en surface