(Montréal) La propagation du nouveau coronavirus provoque d’importantes turbulences dans l’industrie aérienne à l’échelle mondiale et les secousses risquent d’être ressenties par plusieurs compagnies du secteur aéronautique au Canada.

Christopher Reynolds La Presse canadienne

« Le COVID-19 a déjà eu d’importantes répercussions négatives sur la demande pour les voyages […] et constitue clairement une menace pour la durabilité du cycle aérospatial actuel », a souligné l’analyste Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale, dans un rapport.

D’après l’Association internationale du transport aérien (IATA), le déclin des revenus générés par le transport de passagers pourrait être de l’ordre de 113 milliards, ou 13,5 % cette année en raison de l’éclosion de COVID-19. Un tel déclin serait supérieur à celui de 6,7 % constaté à la suite des attentats terroristes du 11 septembre et se rapprocherait de la baisse de 16,5 % des recettes survenues après la crise financière de 2008.

« L’impact sur la rentabilité des compagnies aériennes semble s’aggraver de jour en jour », a souligné l’analyste Ken Herbert, de Canaccord Genuity, dans une note.

L’épidémie a également fait plonger le titre d’Air Canada à la Bourse de Toronto, qui a perdu 27 % de sa valeur depuis le 18 février.

Le transporteur aérien prévoyait alors une « légère augmentation » de ses bénéfices ajustés pour 2020 en anticipant une reprise complète de ses liaisons à destination de la Chine continentale et Hong Kong d’ici le troisième trimestre. L’entreprise tablait également sur un retour en service progressif de ses 36 Boeing 737 Max cloués au sol à la fin de ce trimestre.

Depuis, le virus s’est toutefois rapidement propagé avec des cas enregistrés sur tous les continents sauf l’Antarctique, faisant chuter les marchés.

M. Doerksen a écrit dans son rapport qu’un ralentissement économique global « risquerait probablement de nuire à la demande » de nouveaux jets d’affaires, la principale source de revenus pour Bombardier une fois que l’entreprise aura cédé sa division ferroviaire au géant français Alstom.

L’analyste a estimé que le service de vols régionaux assuré par Chorus Aviation pour Air Canada demeurera à l’abri des turbulences, mais que ses autres activités sont plus à risques. .

« L’impact du COVID-19 est ressenti dans le monde entier, a déclaré la porte-parole de Chorus, Manon Stuart. Nous suivons attentivement la situation, mais nous ne spéculerons pas sur des résultats hypothétiques. »

Le spécialiste québécois de la formation et des simulateurs de vol CAE pourrait également être touché si des transporteurs aériens gèlent l’embauche des pilotes, clouent des avions au sol et repoussent des livraisons.

Cela pourrait provoquer un recul au chapitre de la production de nouveaux appareils, selon M. Doerksen.

« La plupart des compagnies aériennes ont déjà réduit leur capacité à court terme et nous constatons une diminution de la capacité à moyen terme […] provoquant une diminution des commandes », souligne le rapport de l’analyste.

Si Boeing décide d’abaisser la cadence de production de son avion de ligne 777X, cela pourrait avoir des répercussions chez Héroux-Devtek, qui fabrique le train d’atterrissage de cet appareil, a estimé M. Doerksen.

« Nous avons des accords à long terme avec nos clients et nous ne prévoyons aucun impact sur nos revenus liés au COVID-19 », a répondu Héroux-Devtek, dans un courriel.