De plus en plus de gens renoncent à prendre l’avion pour des raisons environnementales et ce mouvement d’opposition est un sujet supplémentaire de préoccupation pour l’industrie, qui s’ajoute au ralentissement de l’économie mondiale et à l’épidémie de coronavirus.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

« L’aircraft bashing » a déjà un impact perceptible pour les courtes distances, reconnaît Éric Trappier, président-directeur général de Dassault Aviation, qui parle d’un phénomène nouveau pour l’industrie. « On n’était pas habitués à être pris pour cible et on prend le sujet au sérieux », a-t-il dit lors d’une rencontre de presse lundi à Montréal.

Les compagnies aériennes ont déjà pris des engagements pour réduire de moitié leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, a rappelé le patron de Dassault, qui est aussi président du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS).

« La solution passe par les [biocarburants] et les carburants synthétiques, qui doivent être disponibles partout », a-t-il précisé. Il faut un effort concerté des transporteurs et des sociétés pétrolières. « Il y a de gros investissements à faire et pour avoir un retour suffisant sur l’investissement il faut des quantités suffisantes. » Éric Trappier croit qu’il est possible de progresser rapidement avec le carburant renouvelable. En attendant, selon lui, l’impact du mouvement de « honte à voler » peut être atténué par Corsia, le système de réduction et de compensation des émissions que les compagnies aériennes se sont engagées à mettre sur pied en 2021.

Corsia est l’acronyme de Carbon Offsetting and Reduction Scheme for International Aviation.

Avions d’affaires et coronavirus

Les répercussions de l’épidémie de COVID-19 sur le secteur aéronautique sont encore impossibles à prévoir, estime Éric Trappier. « Oui, ça risque d’avoir un impact sur la croissance mondiale en 2020, a-t-il dit. Ce sont les compagnies aériennes qui vont en souffrir le plus. Mais je reste optimiste parce que les jeunes veulent voyager et les gens d’affaires veulent voyager. »

PHOTO CHARLES PLATIAU, ARCHIVES REUTERS

Éric Trappier, président-directeur général de Dassault Aviation

Le coronavirus pourrait même avoir un effet positif sur le secteur des avions d’affaires, selon lui, parce que les entreprises vont peut-être trouver plus sécuritaire de faire voyager leurs employés dans de petits avions plutôt que dans de gros appareils.

Chez Dassault, les objectifs de livraison de 13 Rafale et de 40 Falcon en 2020 ne seront pas révisés à la baisse à cause du coronavirus. « Mais il ne faut pas que ça dure six mois », a tempéré son président.

Bombardier sur une seule jambe

Dassault Aviation construit des avions militaires et des jets d’affaires, et son patron estime que ces deux activités sont complémentaires parce que leurs cycles sont différents.

On marche bien sur nos deux jambes, et on est plus résistant aux fluctuations du marché.

Éric Trappier

Bombardier, qui a l’intention de conserver uniquement son activité d’avions d’affaires, pourra-t-il tirer son épingle du jeu ou deviendra-t-il une proie pour ses concurrents comme Dassault ? Éric Trappier reconnaît qu’il y a « peut-être » trop d’acteurs sur le marché des avions d’affaires, mais il ne s’avance pas trop. « Le gage de l’autonomie, c’est de continuer à faire de l’argent, avance-t-il. Il y a toujours des gagnants et des perdants dans une fusion. »

Peu d’espoir pour des contrats canadiens

Le président-directeur général de Dassault pilote une mission commerciale pour renforcer les liens entre les entreprises françaises et canadiennes. La nouvelle vie de la C Series, développée par Bombardier au sein de la grande famille d’Airbus, va profiter aux entreprises des deux côtés de l’Atlantique, assure Éric Trappier.

Par contre, son entreprise ne se fait pas d’illusions sur ses chances d’obtenir des contrats militaires du gouvernement canadien, qui doit remplacer ses chasseurs CF-18. « On n’a pas développé beaucoup d’efforts parce qu’on ne pense pas avoir une seule chance de remporter cet appel d’offres », a-t-il dit.

GIFAS réunit 400 entreprises, dont les plus grands noms du secteur, comme Airbus Dassault Aviation, Safran et Thales.