Les petits actionnaires de Nemaska Lithium qui ont perdu leur mise dans la restructuration de l’entreprise refusent de baisser les bras. Ils veulent que leur investissement soit pris en compte, si l’entreprise est relancée.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

On s’est regroupés pour éviter de connaître le même sort que les petits actionnaires de Stornoway, explique Alain Clavet, président du Regroupement des actionnaires de Nemaska Lithium. « C’est tout simplement injuste », dit-il.

La mine de diamants Stornoway poursuit ses activités après avoir été privatisée par ses principaux actionnaires et délestée de ses dettes. Les petits actionnaires ont tout perdu dans l’opération.

C’est un scénario qui risque de se reproduire chez Nemaska Lithium. Les actions de l’entreprise, dont la valeur était tombée à zéro, ont été radiées de la Bourse de Toronto. Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, qui participe au projet de relance de Nemaska, a soutenu publiquement qu’il serait préférable que l’entreprise ne soit plus présente en Bourse.

Nemaska Lithium veut produire dans son usine de Shawinigan du lithium pour les batteries de véhicules électriques à partir de spodumène extrait d’une mine située à la Baie-James. Le projet, estimé à 1 milliard de dollars, a été mis en veilleuse à la suite d’un dépassement de coûts de 350 millions. L’entreprise est maintenant à la recherche d’un acheteur ou de capitaux supplémentaires pour pouvoir redémarrer.

Le Regroupement des actionnaires de Nemaska estime que ceux qui ont investi dès le départ dans l’entreprise ne méritent pas d’être laissés pour compte.

On est environ 25 000 petits actionnaires, majoritairement du Québec, qui ont voulu contribuer au développement économique du Québec.

Alain Clavet

Ensemble, les petits actionnaires ont investi 40 millions dans Nemaska Lithium, dont l’action a été radiée le 6 février. Ils ont cru au projet, encouragés par l’enthousiasme de la direction et du gouvernement du Québec, qui a lui-même investi 130 millions dans l’entreprise.

« Avant l’annonce du dépassement de coûts, il aurait dû y avoir des signaux d’alarme, mais aucune lumière rouge n’a été allumée », déplore le porte-parole du regroupement. Le 23 décembre dernier, tout le monde a été pris de court par surprise par la décision de l’entreprise de se placer sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies.

L’investissement en actions n’est jamais garanti et comporte toujours des risques, admet Alain Clavet. Mais qui investira encore dans les projets miniers au Québec, si les petits actionnaires continuent d’être traités comme ceux de Stornoway et de Nemaska Lithium ? demande-t-il.

Une valeur à récupérer

Le principal argument du regroupement est que Nemaska Lithium n’est pas en faillite. L’entreprise reste propriétaire d’un actif de qualité, soit sa mine de spodumène et sa technologie brevetée de production de lithium. « Ce n’est pas vrai que nos actions ne valent rien », estime Alain Clavet.

Il devrait y avoir une place pour les petits actionnaires dans la suite des choses, plaident ceux-ci. Ils veulent que les actions de Nemaska reviennent à la Bourse et qu’une partie du financement nécessaire vienne d’une nouvelle émission d’actions.

Si ce n’est pas possible, les petits actionnaires devraient recevoir une compensation, estiment-ils.

Le Regroupement des actionnaires de Nemaska Lithium veut une rencontre avec la direction de l’entreprise et le ministre Fitzgibbon. Le regroupement compte actuellement 500 membres, et leur nombre augmente chaque jour. À court terme, l’objectif est de collecter des fonds pour s’offrir les services d’un avocat spécialisé pour faire avancer la cause.

Sur la page Facebook du groupe, certains intervenants restent sceptiques sur la possibilité pour les investisseurs de récupérer une partie de leur mise. « Le risque de dépassement de coûts était bien connu, dit François-Xavier Lord, un actionnaire qui affirme avoir perdu 13 000 $. Ne mise pas ce que tu n’es pas prêt à perdre », écrit-il.