Maintenant que son divorce avec l’Europe est consommé, le Royaume-Uni a besoin plus que jamais de nouveaux amis. Son premier ministre Boris Johnson compte beaucoup sur une nouvelle entente commerciale avec les États-Unis pour compenser l’impact de la perte de ses anciens partenaires commerciaux.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Le président des États-Unis semble tout disposé à un rapprochement entre les deux pays. Du moins pour le moment. Donald Trump répète qu’une entente commerciale « massive », un tremendous new deal, sera conclue entre les États-Unis et le Royaume-Uni. De quoi rendre l’Europe jalouse.

Ce sera intéressant de voir ces deux politiciens qui prônent le repli sur soi, l’un avec le Brexit, l’autre avec son mantra America First, discuter de libéralisation des échanges.

Pour le moment, ça commence plutôt mal.

Le Royaume-Uni a l’intention d’aller de l’avant avec sa taxe sur les services numériques qui toucherait les géants américains Google, Apple et les autres. Il veut aussi s’entendre avec Huawei pour l’implantation du 5G, ce qui va à l’encontre de la volonté américaine de boycotter le géant chinois pour des raisons de sécurité.

Le président Trump menace déjà d’imposer des tarifs sur les voitures anglaises, le principal produit d’exportation du pays de Boris Johnson aux États-Unis. Ça promet pour la suite.

Le Royaume-Uni n’est pas en position de force pour négocier avec les États-Unis. Son économie, l’une des plus solides des pays industrialisés avant le référendum sur le Brexit, croît moins vite que le reste de la zone euro et que les États-Unis depuis 2016.

La Banque d’Angleterre vient de réduire sa prévision de croissance pour 2020 à un modeste 0,8 %.

Le pays n’a pas négocié de traité de libre-échange depuis plus 40 ans, ont souligné plusieurs observateurs récemment, alors que les Américains ont des négociateurs commerciaux aguerris qui travaillent à temps complet à protéger les intérêts du pays. Les négociateurs canadiens et mexicains qui ont participé au renouvellement de l’Accord de libre-échange nord-américain peuvent en témoigner.

Avantage aux Américains

Mais surtout, les Américains ont le dessus actuellement dans leurs échanges commerciaux avec les Britanniques. Selon le département du Commerce, les États-Unis ont exporté pour 64 milliards de dollars US en 2019 (près de 85 milliards de dollars canadiens), et ont importé pour 57 milliards de produits du Royaume-Uni, soit une différence de 7 milliards de dollars US à l’avantage des Américains.

Le président américain, qui fait une obsession du déficit commercial des États-Unis, ne ressent probablement pas d’urgence à négocier un accord de libre-échange avec le Royaume-Uni. À moins d’avoir l’intention d’augmenter encore son surplus commercial au détriment de son partenaire.

Donald Trump a annoncé ses couleurs. Il veut notamment une ouverture pour les produits agricoles américains et une plus grande place pour les médicaments fabriqués aux États-Unis sur le marché britannique.

Pour les Américains, l’enjeu est moins important. L’ancienne Grande-Bretagne, l’empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais, n’a plus la même importance qu’avant. L’économie du Royaume-Uni est l’équivalent de celle de la Californie. Ce n’est pas la Chine.

Il ne faut pas sous-estimer non plus l’importance de la géographie. Il est toujours plus simple de faire du commerce avec les pays voisins. Diversifier ses marchés n’est pas facile, comme on le sait très bien au Canada.

Une éventuelle entente commerciale entre les États-Unis et le Royaume-Uni ne changera pas la géographie. L’Europe est et restera probablement le principal partenaire économique du Royaume-Uni. La moitié des exportations britanniques vont vers les pays de l’Union européenne. Vers les États-Unis, c’est 10 % (surtout des voitures, Land Rover, Mini).

Les Britanniques ont plus intérêt à s’entendre avec le reste de l’Europe sur un traité de libre-échange solide plutôt que de conclure un accord avec leurs nouveaux amis, qui risque d’être de façade.

« Ce n’est qu’un au revoir, mes frères, ont chanté les députés européens lors du départ de leurs collègues britanniques. Oui, nous nous reverrons, mes frères, ce n’est qu’un au revoir. »

L’avenir leur donnera sans doute raison.