« Laissez tomber l’épicerie en 2020 ». Ce message véhiculé par une publicité de Marché Goodfood résume parfaitement l’objectif que s’est fixé l’une des plus importantes entreprises de prêt-à-cuisiner au pays : prendre la place des supermarchés en offrant prochainement en ligne des centaines de nouveaux produits de base comme des œufs, du lait et du pain.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

« On a réalisé que nos clients qui étaient abonnés au service de repas prêts à cuisiner se retrouvaient quand même à aller au supermarché une ou deux fois par semaine », a expliqué Jonathan Ferrari, président du conseil d’administration et chef de la direction de Marché Goodfood, au cours d’une entrevue à l’issue de l’assemblée générale annuelle de l’entreprise tenue mercredi à Montréal.

« Nos clients recherchaient la possibilité de pouvoir aller sur notre site web, de commander les solutions repas et le reste de leur panier d’épicerie, pour tout régler en même temps. Et c’est ce qu’on est en train de faire. »

L’entreprise québécoise, fondée en 2014, compte maintenant 230 000 abonnés partout au pays. La plupart d’entre eux font appel au service de Goodfood pour ses boîtes de repas prêts à cuisiner. Les aliments sont livrés frais. Il ne reste qu’à suivre la recette. « Environ 90 % de nos ventes sont dans le prêt-à-cuisiner », confirme M. Ferrari. L’entreprise vend également des repas déjà préparés ainsi que des produits pour le déjeuner.

Pour l’année à venir, Goodfood veut aller plus loin en devenant « le chef de file canadien de la livraison d’épicerie en ligne ». Pour le moment, toutefois, ce marché « est petit au Canada », admet le grand patron de l’entreprise. En effet, selon une étude publiée en juillet par le Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations (CEFRIO), un organisme de recherche, seulement 3 % des Québécois auraient fait des commandes d’épicerie en ligne entre décembre 2018 et février 2019. La plupart des grandes enseignes comme IGA, Metro et Loblaw permettent à leurs clients de faire des emplettes virtuelles.

Chez Goodfood, on estime néanmoins qu’il s’agit d’un marché en croissance. « L’industrie de l’épicerie au Canada est évaluée à quelque 124 milliards de dollars, et nous avons l’intention de prendre une part importante du segment en ligne, que les analystes sectoriels estiment qu’il passera de moins de 2 milliards de dollars actuellement à plus de 13 milliards de dollars à court terme », peut-on lire dans le rapport annuel 2019.

« Si on regarde un supermarché traditionnel, il y a à peu près 20 000 produits différents, souligne M. Ferrari. Environ 80 % des ventes proviennent de 20 % des produits. Notre objectif chez Goodfood, c’est de cibler ces 20 % de produits, entre 2000 et 4000 articles. »

L’entreprise a donc l’intention d’offrir sur son site les produits qui se retrouvent le plus souvent dans le panier des consommateurs qui vont au supermarché : des pâtes au beurre d’arachides en passant par les craquelins et le fromage. Le tout sera vendu en un seul format sous la marque Goodfood. Des légumes frais seront également offerts.

Expansion

Par ailleurs, l’entreprise poursuit son expansion. Alors qu’elle compte actuellement deux installations à Montréal (1700 employés) et une à Calgary (400 employés), un nouveau centre de distribution ouvrira à Vancouver d’ici au printemps, ce qui nécessitera l’embauche de plus de 200 personnes.

Autre nouveauté, pour répondre à la demande de plats déjà préparés, l’entreprise exploitera sa propre cuisine. L’espace de 10 000 pieds carrés, situé au siège social de l’entreprise à Saint-Laurent, sera fonctionnel l’été prochain.

L’entreprise, souvent montrée du doigt en raison des déchets qu’elle génère, a aussi l’intention de réduire de 50 % la proportion de sacs en plastique que l’on retrouve dans ses boîtes.

Goodfood en chiffres

– Pour le premier trimestre, qui se terminait le 30 novembre, l’entreprise a presque doublé ses revenus — par rapport à l’exercice précédent — avec 56,3 millions.
– Goodfood compte maintenant 230 000 abonnés, un sommet.
– Les abonnés dépensent en moyenne 65 $ par semaine, ce qui équivaut à six repas.