(Québec) La plus vieille épicerie en Amérique du Nord vient de changer de mains et la nouvelle propriétaire entend réduire sa superficie pour assurer sa survie.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

L’enseigne J.A. Moisan à Québec est en activité depuis 1871. L’épicerie fine est une véritable institution dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, où sa belle devanture attire le regard tant des habitants du coin que des touristes.

Mais voilà que ceux qui avaient relancé le commerce en 1999 viennent de le vendre. Rendus à l’âge de la retraite et étouffés par un impôt foncier de plus en plus salé, les trois propriétaires ont décidé de se départir de l’épicerie.

« Il y a un épuisement, une fatigue. Les taxes augmentent, augmentent, augmentent. Ça vient gruger nos profits et on manquait de liquidités pour maintenir une main-d’œuvre de qualité », a expliqué Clément St-Laurent, l’un des trois vendeurs, avec son frère François et sa conjointe Nathalie Deraspe.

« On est rendus à 50 000 $ de taxes, déplore l’épicier. Il y a eu à Québec de très gros investissements dans les 10 dernières années, le Centre Vidéotron, le Grand Marché… Qui paye ? Les contribuables, dont les commerçants. »

Nouvelle propriétaire

L’immeuble patrimonial qui abrite l’épicerie a été vendu le 29 novembre pour 1,4 million, selon l’acte de vente. La nouvelle propriétaire, Donna Willett, a ajouté 90 000 $ pour acheter l’entreprise qui exploite l’auberge au-dessus de l’épicerie. Les négociations pour la vente de l’épicerie devraient se régler incessamment.

La nouvelle propriétaire est une Gaspésienne qui se dit amoureuse de Québec et qui rêvait d’y déménager. Propriétaire de deux franchises Tim Hortons en Gaspésie, elle les a vendues l’été dernier pour refaire sa vie dans la capitale.

« On veut garder l’épicerie J.A. Moisan, c’est un lieu historique. On ne laissera pas ça tomber », assure-t-elle.

La dame veut toutefois réduire sa taille. L’épicerie occupe à l’heure actuelle 5000 pieds carrés. Mme Willett est en pourparlers avec une entreprise pour réserver une partie de cet espace à une boutique. Maintenir l’épicerie dans sa taille actuelle n’est pas viable, selon elle.

« On voudrait ouvrir un deuxième commerce dans le local pour être capable de bien rentabiliser ça et s’assurer que J.A. Moisan existe encore dans les prochains 100 ans », dit-elle.

Fermeture temporaire à venir

Plusieurs des vieilles épiceries de Québec ont fermé leurs portes au fil des ans. En 1999, J.A. Moisan était elle-même au bord du gouffre quand un trio de repreneurs a surgi. Ils ont atteint la rentabilité en trois ans, raconte Clément St-Laurent. Mais la pénurie de main-d’œuvre et la hausse des taxes ont grugé leurs profits.

La vénérable épicerie est logée dans deux maisons de style londonien, construites après l’incendie de 1845 qui avait ravagé le quartier. Sur la vieille porte de l’épicerie, mardi, une petite enseigne affichait que l’inventaire était à 20 % de rabais.

La nouvelle propriétaire entend fermer le commerce le temps de rénover le local. Tous les employés ont été rencontrés par la nouvelle propriétaire. « J’espère pouvoir garder le plus d’employés possible », dit-elle.

À son apogée, J.A. Moisan employait 34 personnes. Elle en compte actuellement 17.