(QUÉBEC) Pour le moment, aucun cas de peste porcine africaine, cette maladie qui fait frémir les éleveurs de partout sur la planète, n’a été signalé au pays. Il se pourrait toutefois que le virus soit déjà sur le territoire nord-américain, notamment en raison de la nourriture qui entre illégalement dans les valises des voyageurs.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

C’est du moins ce qu’ont évoqué des gens de l’industrie au cours d’une conférence tenue à Québec la semaine dernière portant sur les impacts et les enjeux de la peste porcine. Celle-ci avait lieu dans le cadre du Porc Show, un évènement annuel qui rassemble toute la filière porcine du pays.

« Ne soyez pas surpris si on vous dit que le virus est déjà en Amérique du Nord », a lancé sans détour Sylvain Fournaise, vice-président sécurité alimentaire et services techniques chez Olymel.

Selon M. Fournaise, les produits importés illégalement, comme les saucissons, par exemple, pourraient être un élément déclencheur.

Également présent lors de la conférence et questionné à nouveau à ce sujet jeudi, en entretien téléphonique, le coordonnateur de l’Équipe québécoise de santé porcine, Martin Pelletier, admet lui aussi qu’il serait possible que le virus ait déjà traversé nos frontières. « On ne peut pas le savoir, mais c’est une probabilité, bien qu’il y ait des mesures extrêmement serrées, précise-t-il. C’est bien possible qu’il y ait des produits qui ont été introduits et consommés, mais qui ne se sont pas retrouvés chez des porcs. Ça pourrait être comme ça pendant cinq ans, pendant dix ans. On ne le sait pas. »

« Les experts s’entendent pour dire que c’est le risque principal d’introduction de cette maladie-là dans d’autres pays, ajoute-t-il. Imaginez des voyageurs qui cachent de ces aliments-là dans leur valise. [Ils] viennent visiter des amis, de la famille au pays qui pourraient garder quelques porcs dans une basse-cour qui seraient nourris de restes de table même si cette pratique-là est illégale. » C’est de cette façon que le cheptel canadien pourrait être contaminé.

À la fin novembre, un reportage publié dans La Presse a d’ailleurs rapporté que l’Agence des services frontaliers du Canada faisait appel aux services de chiens renifleurs chargés de repérer les protéines de produits animaux et végétaux dans les valises. Histoire de sensibiliser les voyageurs, l’Agence a également installé dans les zones des arrivées et des départs des aéroports des affiches leur rappelant qu’il était interdit de rapporter de la viande de porc au Canada, sans quoi ils peuvent être passibles d’une amende de 1300 $.

Disparition de plusieurs producteurs

Par ailleurs, si la peste porcine africaine, qui fait des ravages en Asie, contaminait des animaux au pays, elle pourrait faire disparaître la moitié des producteurs de porcs. Il faudrait également réduire la production d’au moins 40 %, estime Sylvain Fournaise.

« Les Canadiens ne mangeront pas plus de viande de porc, a-t-il affirmé. Le message, c’est d’ajuster la production porcine canadienne à la consommation canadienne pour la période de la crise, tant et aussi longtemps que les marchés ne reprennent pas. »

Bien que la peste porcine ne représente aucun danger pour la santé humaine, les consommateurs d’ici pourraient-ils bouder la viande de porc s’il y avait contamination ? « La communication va être extrêmement importante, souligne M. Fournaise. Il faut que les gens comprennent qu’il n’y a aucune incidence sur l’humain. Il va falloir bien communiquer pour s’assurer que le consommateur ne réagit pas. »