Peter Brereton et son frère Dave, deux programmeurs informatiques, ont fondé la firme Tecsys à Montréal en 1984. La boîte, qui, au départ, installait des logiciels, a commencé à en développer. Après être devenue une société publique en pleine euphorie techno, elle a failli disparaître dans l’effondrement de la bulle internet pour finalement se relever et devenir leader des solutions des chaînes d’approvisionnement aux États-Unis.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Vous êtes une entreprise montréalaise qui est pourtant peu connue au Québec. Expliquez-nous votre parcours et comment vous êtes arrivés à vous imposer dans les solutions de distribution et de logistique.

On a lancé Tecsys chez mon frère en 1984. On implantait des logiciels de gestion pour toutes sortes d’entreprises, puis on a commencé à en développer et on est devenus spécialistes dans les solutions pour la gestion des fournisseurs de grands détaillants comme Walmart ou Sears. Ces fournisseurs devaient s’organiser. À partir du milieu des années 90, on a concentré nos efforts sur le marché américain, où il y avait nettement plus d’action. On est devenus une société publique en 1998, en pleine bulle techno. On a émis des actions à 7 $. L’année suivante, elles sont tombées à 2 $ et en 2000, elles ont atteint 51 $. Après le krach des titres technologiques, notre titre ne valait plus que 62 cents, en 2002.

Est-ce que la survie de l’entreprise a été mise en péril à l’époque ?

Ç’a été des années très difficiles. Parce que la bulle n’avait pas touché que la valeur de notre action. Nos revenus, qui avaient atteint 36 millions en 2000, sont tombés à 15 millions en 2002. C’est là qu’on a entrepris de développer de nouveaux marchés. On a concentré nos efforts dans la distribution générale mais complexe pour aider les entreprises qui avaient besoin de mieux organiser leur chaîne d’approvisionnement et dans la gestion des réseaux hospitaliers. On s’est mis à vendre nos logiciels aux hôpitaux américains. Ils étaient très en retard. Ils n’avaient pas de systèmes de chaîne d’approvisionnement. Tout était fait manuellement. Les infirmières perdaient 25 % de leur temps à chercher des équipements. On leur a permis de beaucoup mieux s’organiser en gérant leur chaîne d’approvisionnement.

Le secteur de la santé est important pour vous. Est-ce que vous avez réussi à vendre de vos systèmes aux différents réseaux publics canadiens ?

Pas vraiment. On a certaines de nos solutions de gestion dans le CHUM, mais le système public canadien est plus difficile à percer, le climat est plus politique. Il faut attendre les décisions du Ministère. Aux États-Unis, où tout est géré de façon privée, on est présents dans 45 réseaux hospitaliers. Par exemple, le réseau Trinity Health regroupe à lui seul 92 hôpitaux qui utilisent nos systèmes de gestion. On a développé des systèmes de chaîne d’approvisionnement pour les salles d’opération, les salles d’urgences, les postes du personnel infirmier.

Les États-Unis sont votre principal marché. Ils représentent quel pourcentage de vos revenus annuels de 100 millions ?

Les États-Unis génèrent environ 65 % de nos revenus annuels, alors que le Canada compte pour près de 20 % de nos ventes et le reste du monde, 15 %. On vient toutefois de réaliser cette année une acquisition à Copenhague, au Danemark, qui nous permettra d’avoir une présence directe en Europe. Il s’agit d’une firme de logistique de tierce partie qui est responsable notamment de certaines activités du groupe IKEA.

Vous avez aussi réalisé une acquisition à Toronto. Dans quel secteur exactement ?

On a acquis la société Order Dynamics, qui est spécialisée dans la logistique directe avec les consommateurs. C’est le secteur de l’avenir. Les détaillants veulent maintenant avoir accès à la porte du consommateur, et on va le leur donner.

Est-ce que vous réalisez des opérations de logistique en impartition pour vos clients ou êtes-vous seulement un fournisseur de logiciels ?

On est un fournisseur de solutions de chaînes d’approvisionnement, mais on ne fait aucune impartition. Depuis un an, avec l’avènement de l’infonuagique, on ne vend plus de logiciels à nos nouveaux clients mais on leur offre des accès à nos solutions via le cloud. On a pris quatre ans à préparer cette migration. Toute notre base technologique est maintenant sur l’infonuagique.

Outre votre base de clientèle importante dans le secteur des soins de santé, comptez-vous de gros clients industriels aux États-Unis et au Canada ?

On a une base de plus de 1500 clients et 80 % de nos revenus proviennent de nos 300 plus gros clients. Aux États-Unis, on assure toute la logistique du groupe Canon ou de l’ensemble des détaillants Caterpillar. On est responsables de toute la distribution pharmaceutique mondiale du groupe UPS. Au Canada, on a des clients industriels comme le groupe AJ Walter, on est responsables de chaînes d’approvisionnement de plusieurs sociétés des alcools de provinces canadiennes et de BC Cannabis.

Avez-vous des projets d’innovation en développement avec Scale AI, la supergrappe des chaînes d’approvisionnent intelligentes ?

On a plusieurs discussions avec Scale AI, mais on n’a aucun projet qui peut être cofinancé par les fonds du gouvernement fédéral parce que les projets doivent impliquer des chaînes d’approvisionnement au Canada. Scale AI participe aussi à des initiatives qui impliquent des entreprises qui comptent moins de 500 employés. On est justement rendus à 500 employés chez Tecsys. Mais on a quand même des discussions avec eux sur les meilleures façons d’optimiser les entrepôts et les chaînes d’approvisionnement au Canada.

L’essentiel du développement de vos solutions est réalisé à Montréal. Combien de personnes y travaillent exactement ?

On est plus de 300 employés à Montréal, et 90 % de notre développement est fait ici. Avec nos projets en cours, on va devoir embaucher 160 personnes additionnelles au cours de la prochaine année. On est vraiment en période de forte croissance et on a besoin de nouvelles ressources pour pouvoir répondre à la demande.