Que ce soit pour assurer le démarrage de nouvelles entreprises ou soutenir leur développement, le capital de risque est de plus en plus accessible au Québec. De nombreuses institutions en offrent et plusieurs fonds spécialisés s’y consacrent exclusivement. Signe des temps, de plus en plus d’investisseurs individuels fortunés décident eux aussi de s’impliquer activement dans le financement de jeunes start-up

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

On les appelle les anges investisseurs, ou les investisseurs providentiels, entre autres, et ils sont pour la plupart des entrepreneurs ou d’ex-entrepreneurs qui ont eu du succès et qui cherchent encore à assouvir leur perpétuelle soif d’entreprendre et de développer et qui – bien entendu – ont largement les moyens financiers de prendre des risques.

Le concept des anges investisseurs n’est pas nouveau. Il existe depuis des décennies partout en Amérique du Nord et en Europe où on recense plus de 1000 différents groupements d’anges investisseurs. Au Québec, le phénomène s’est organisé il y a seulement 10 ans sous l’égide de l’organisme Anges Québec.

« On a longtemps eu une culture de financement public au Québec, c’est le gouvernement via différentes institutions et différents programmes qui assurait le financement des jeunes entreprises, en assumant une large part du risque », souligne François Gilbert, PDG d’Anges Québec et fondateur du regroupement.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

François Gilbert, PDG d’Anges Québec

Lui-même entrepreneur, François Gilbert a travaillé pour l’entreprise familiale de commerce au détail à Chicoutimi, avant de fonder en 1986 une entreprise de transformation de l’aluminium pour devenir ensuite durant 10 ans responsable du portefeuille de placements de Gestion Charles Sirois.

Quand tu es entrepreneur, tu es malade parce que tu ne peux pas t’arrêter. Anges Québec, c’est une façon de guérir les entrepreneurs parce qu’ils sont impliqués dans les investissements qu’ils réalisent.

François Gilbert, PDG d’Anges Québec

Mis sur pied il y a 10 ans avec 25 investisseurs qu’il a recrutés dans son réseau d’entrepreneurs, Anges Québec a réalisé un seul investissement à sa première année d’existence. L’année suivante, le nouvel organisme a finalisé deux placements.

Dix ans plus tard, le regroupement compte 250 investisseurs qualifiés. L’an dernier, Anges Québec a complété 54 projets d’investissements et prévoit terminer l’année en cours avec 65 projets d’investissement qui auront été finalisés.

« On est partis avec 25 investisseurs et on est rendus à 250. En 10 ans, on a réalisé 265 transactions de financement qui ont totalisé 100 millions. On a maintenant 137 entreprises dans notre portefeuille.

« On investit dans tous les secteurs d’activités, mais dans des entreprises qui doivent être innovantes. C’est un critère d’investissement tout comme la qualité de l’entrepreneur et celle du marché qui est visé », résume François Gilbert.

Des anges, pas des requins

Chaque investisseur d’Anges Québec doit prévoir investir 50 000 $ par projet d’investissement et il doit s’attendre à participer à une douzaine de projets. La participation de chaque investisseur sera donc de 600 000 $ en moyenne.

Anges Québec reçoit entre 700 et 800 projets d’investissements par année. Directement ou par son site internet. Un comité de sélection fait un premier tri et choisit une cinquantaine de projets d’entreprises qui sont au stade de la pré-commercialisation ou de la commercialisation.

« On tient chaque mois des rencontres à Québec, Montréal et Sherbrooke, où une dizaine d’entrepreneurs présentent à nos investisseurs leur projet. La présentation dure huit minutes et elle est suivie d’une période de questions-réponses de huit minutes.

« Les entreprises qui sont retenues sont convoquées à une deuxième rencontre d’une heure et demie avec une vingtaine d’investisseurs intéressés qui poussent plus loin leurs investigations », explique François Gilbert.

Les entreprises retenues font ensuite l’objet d’une série de rencontres avec deux investisseurs qui sont désignés pour réaliser la vérification diligente, les enquêtes au plumitif, établir les termes du partenariat et du financement, les détails légaux…

Chaque dossier d’investissement sera finalisé au terme d’un processus qui aura nécessité 175 heures du temps des partenaires investisseurs.

« On investit en moyenne 500 000 $ par projet. Si les besoins de financement de l’entrepreneur sont plus grands, on a un partenaire institutionnel, le fonds Anges Québec Capital qui appartient à la Caisse de dépôt, à Investissement Québec et au Fonds de solidarité, qui peut doubler la mise », précise François Girard.

Même si Anges Québec investit dans des entreprises en démarrage qui n’affichent aucun historique de revenus, sa participation moyenne au capital de la start-up se situe en moyenne à 25 % et ne dépasse jamais 30 %.

On est des anges, pas des requins. On n’est pas des prédateurs. On est là pour soutenir le projet d’un entrepreneur et assurer le développement d’une bonne idée, d’un bon concept.

François Gilbert, PDG d’Anges Québec

L’engagement des anges investisseurs ne se limite pas à leur seul soutien financier. Ils assurent une présence permanente en mettant sur pied un conseil d’administration de cinq personnes : deux anges financiers, deux représentants de l’entreprise et un cinquième déterminé par les deux parties prenantes.

Les anges investisseurs sont tous conscients que sur la douzaine d’investissements qu’ils réaliseront, il y aura plusieurs échecs, des résultats décevants, des demi-succès et une ou deux possibilités de multiplier par 10 leur mise de départ.

« C’est du capital de risque, c’est de l’investissement à long terme. Tu peux retirer tes billes si de nouveaux investisseurs se présentent, si l’entreprise est vendue ou si ses fondateurs décident de te racheter. Mais les anges sont avant tout des investisseurs patients qui veulent voir de nouvelles entreprises émerger », résume François Gilbert.