(Québec) Hydro-Québec vient d’obtenir le feu vert de Québec pour entamer la construction de ses premières véritables centrales solaires, qui occuperont dès 2020 l’équivalent de 38 terrains de football sur la Rive-Sud de Montréal.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

La société d’État va aussi annoncer mercredi que 4000 des 30 600 panneaux solaires qui seront déployés seront fabriqués au Québec dans l’usine STACE de Trois-Rivières.

« C’est excitant, parce qu’Hydro-Québec va construire ses premières centrales solaires, lance en entrevue le président d’Hydro-Québec Production, David Murray. Là, c’est plus vrai que vrai. On prévoit les terminer en 2020. Donc, d’ici un an, nos deux parcs solaires vont être complétés. »

Avec une capacité de production sous les 10 MW, cette incursion dans le photovoltaïque reste modeste. Les autres provinces ont déjà investi cette filière : le Canada a une capacité de 3040 MW. Mais la décision est symbolique dans une province largement dominée par l’hydroélectricité.

La plus importante des deux centrales photovoltaïques sera déployée à La Prairie, sur l’emplacement de l’ancienne centrale thermique de La Citière. Ses 26 000 panneaux auront une puissance installée de 8 MW.

La deuxième centrale sera à Varennes, comptera 4600 panneaux et aura une puissance installée de 1,5 MW. Les deux installations doivent coûter 40 millions.

L’aménagement des parcs a été confié à Borea Construction, une filiale de Pomerleau. Les travaux vont commencer au printemps prochain. Les centrales, dont le coût est estimé à 40 millions, seront en service à l’automne 2020. Elles pourront alimenter l’équivalent de 920 clients résidentiels.

Hydro-Québec explique se lancer dans cette expérience pour notamment tester plusieurs technologies. La société d’État veut, par exemple, mieux comprendre l’efficacité du solaire en climat nordique.

Il y a une croissance assez gigantesque du solaire à travers le monde. Ce sont de nouvelles sources de plus en plus présentes avec la transition énergétique.

David Murray, président d’Hydro-Québec Production

« Ce projet va nous permettre de comprendre plusieurs choses, dont le coût de production du kilowattheure », explique David Murray.

Les batteries développées par la société d’État seront aussi mises à l’épreuve. Ce sont des batteries d’Hydro-Québec qui seront utilisées pour le stockage de l’électricité, nécessaire en vertu du caractère intermittent de l’énergie solaire.

Plus de soleil qu’en Allemagne

La filière solaire vit ses balbutiements au Québec. L’entreprise Saint-Augustin Canada Electric (STACE) a inauguré en 2018 sa première usine de panneaux, à Trois-Rivières.

« On exporte en France, aux États-Unis, un peu partout dans le monde. Qu’Hydro-Québec reconnaisse notre expertise là-dedans, c’est important », explique Normand Lord, président et chef de la direction de STACE.

La société d’État va acheter à l’entreprise québécoise 4000 des 30 600 panneaux. « On aurait aimé avoir le projet au complet, on ne se le cachera pas, dit M. Lord. Côté volume, on ne peut pas dire qu’il fera une grosse différence dans les niveaux d’emplois. »

STACE doit tout de même une fière chandelle à Hydro-Québec : c’est grâce à l’hydroélectricité que sa production de panneaux solaires est l’une des plus vertes au monde, un argument de vente important. C’est l’un des avantages qui vont permettre à la filière de se développer au Québec, selon M. Lord.

Nous allons nous démarquer grâce à Hydro-Québec à cause de l’empreinte carbone de notre production. On va être les chefs de file au monde dans cet aspect. Le plus proche de nous sera la Norvège.

Normand Lord, président et chef de la direction de STACE

Si la société d’État n’a pas acheté des panneaux uniquement au Québec, c’est notamment pour tester différentes technologies, explique David Murray. « Il y a très peu de fournisseurs dans le monde. On veut tester différents types de technologie. Il va y avoir des panneaux monofaces et des panneaux bifaces, par exemple. »

Hydro-Québec a par ailleurs une entente de partage de données avec l’Université de Sherbrooke, où une importante recherche sur le solaire a lieu depuis le printemps dernier.

« Les gens pensent que le Québec n’est pas propice au solaire, mais c’est faux. Le Québec est mieux exposé que plusieurs pays du nord de l’Europe comme l’Allemagne », note Vincent Aimez, vice-recteur à la valorisation et aux partenariats de l’Université de Sherbrooke.

Il pense que le Québec ne développera pas nécessairement un parc éolien important à cause du coût compétitif de l’hydroélectricité. Mais la province pourrait néanmoins se doter d’une expertise dans le solaire et d’une filière industrielle reconnues un peu partout dans le monde.

« La lutte contre les changements climatiques, elle ne se fait pas seulement à un kilomètre de chez soi, elle peut aussi se faire à l’autre bout du monde, dit M. Aimez. Si on développe une expertise dans la filière solaire au Québec, on peut l’exporter partout et avoir un impact sur les émissions de gaz à effet de serre. »

Un premier pas sous le soleil

9,5 MW

Capacité des deux centrales solaires qui seront construites par Hydro-Québec.

100 MW

Capacité des plus importantes centrales au Canada. Les deux sont situées en Ontario.

3040 MW

Capacité installée des centrales solaires au Canada.

3882 MW

Capacité de la filière éolienne au Québec, qui représente 30 % de la capacité totale au pays.

Source : Ressources naturelles Canada