Le lock-out qui paralyse l’usine Paccar de Sainte-Thérèse est un épisode de plus de la longue histoire de relations difficiles entre l’entreprise américaine et ses travailleurs syndiqués.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

L’usine de Sainte-Thérèse est déjà restée fermée pendant quatre ans, entre 1996 et 2000, à la suite d’une grève de huit mois. « J’en parle dans mes cours », dit Jean-Claude Bernatchez, professeur à l’UQTR et spécialiste des relations industrielles.

Le lock-out en cours est le troisième décrété par Paccar en quatre renouvellements de contrats de travail depuis la réouverture de l’usine. L’entreprise a réagi dès la fin du contrat de travail, le 30 novembre à minuit.

C’est la façon de faire de Paccar, selon le professeur. « Elle applique la vieille tradition des relations de travail aux États-Unis, le “no contract no work”. Cette façon de faire est légale, mais pas souvent appliquée au Québec », ajoute-t-il.

Ce qu’il y a de particulier, cette fois, c’est que le bureau syndical des 1400 employés de l’usine avait recommandé à ses membres d’accepter la deuxième offre de l’entreprise. Ils l’ont rejetée à 80 %.

C’est une situation qu’on ne voit pas souvent.

Martin Lambert, représentant national d’Unifor, qui représente les travailleurs de Paccar

Selon lui, les travailleurs ont été choqués de constater que la deuxième offre n’abordait pas la question du régime de retraite à deux vitesses, qui est au cœur du conflit.

Tous les travailleurs de l’usine de Sainte-Thérèse ont un régime de retraite à prestations déterminées, mais ceux embauchés après la réouverture, en 2000, ont un taux de rente moins élevé. Ils sont maintenant majoritaires dans l’effectif total, soit 1000 sur 1400, précise le représentant syndical.

Un long conflit ?

Les deux parties sont en mesure de soutenir un long conflit, estime le professeur Bernatchez. « Paccar fait des profits de plus de 2 milliards et Unifor, qui a 300 000 membres, peut soutenir un lock-out de 1400 membres », explique-t-il.

En outre, les activités d’assemblage de l’usine de Sainte-Thérèse pourraient éventuellement être transférées dans d’autres installations de l’entreprise, note Jean-Claude Bernatchez.

Mais comme la question des salaires et les conditions de travail ne sont pas problématiques, l’enjeu du conflit, soit le régime de retraite, lui apparaît toutefois limité pour justifier un long conflit.

Du côté du syndicat, Martin Lambert reconnaît que le bureau syndical avait recommandé de voter pour la deuxième offre de Paccar « parce qu’on pensait que la position de l’employeur était relativement ferme sur la question du régime de retraite ».

Le syndicat travaille maintenant « à trouver une voie de passage » pour régler le conflit. Les négociations n’ont pas repris entre les parties depuis le vote de dimanche.

Paccar

Activités : construction et assemblage de camions

Marques : Kenworth, Peterbilt, Daf

Siège social : Bellevue, État de Washington

Nombre d’employés : 28 000

Revenus annuels (2018) : 23,5 milliards US

Profits annuels : 2,2 milliards US