Nos finissants du cégep et de l’université se placent mieux que jamais au Québec, grâce à une économie dynamique.

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

Nos finissants du cégep et de l’université se placent mieux que jamais au Québec, grâce à une économie dynamique.

Il reste toutefois des formations moins prisées sur le marché du travail. Et dans certains cas, la plus faible demande pour des formations ne date pas d’hier, mais de plus de 20 ans, et il est donc peu probable que cette tendance change du jour au lendemain.

Le ministre Simon Jolin-Barrette veut réduire les domaines d’études permettant aux étudiants étrangers de bénéficier de la voie rapide pour immigrer au Québec. S’il va de l’avant, après consultation du milieu, c’est le genre d’emplois moins demandés depuis longtemps qu’il devrait cibler. Selon moi, la liste devra être ajustée selon les aléas du marché du travail et être moins restrictive que celle qu’il a été forcé de mettre de côté récemment (seulement 152 métiers et professions sur 500).

Au Québec, sur les quelque 50 000 étudiants étrangers, 90 % fréquentent l’université et le reste, le cégep. Ce sont donc avant tout les étudiants universitaires qui devraient être visés, pas ceux des cégeps.

Les sciences pures et le droit

Quels sont ces secteurs moins prisés ? Pour le savoir, j’ai passé au crible les enquêtes Relance, que publie le ministère de l’Éducation depuis très longtemps.

Ces enquêtes dressent le portrait du début de carrière des étudiants. Par exemple, l’enquête de 2017 pour l’université — la plus récente disponible — dévoile une foule de renseignements sur les nouveaux diplômés de 2015, comme le taux de placement, le taux de chômage, l’emploi à temps plein, la proportion des emplois liés à la formation, le salaire moyen, etc.

Les résultats sont étonnants. D’abord, contrairement à la croyance répandue, les sciences pures et le droit font piètre figure, et depuis très longtemps.

En 2017, par exemple, les bacheliers en sciences pures avaient le plus haut taux de chômage (10 %) parmi les 10 grands secteurs de formation, suivi des bacheliers en droit (9,6 %). En comparaison, seulement 4,7 % des bacheliers de l’ensemble des secteurs étaient en chômage en 2017, 18 mois après avoir terminé leur formation.

Ces deux grands domaines, comme celui des arts, produisent davantage de chômeurs que les autres depuis plusieurs années, selon les enquêtes Relance.

En sciences pures, par exemple, le taux de chômage était de 10,6 % en 2005, deux fois plus que la moyenne.

Les sciences pures, précisons-le, sont distinctes des sciences appliquées (le génie) dans les enquêtes Relance. Et certains sous-domaines des sciences pures font nettement grimper le chômage. C’est le cas des sciences biologiques (15 % de chômage), de la microbiologie (12,1 %), de la chimie (13,3 %) et des sciences de la terre (15,4 %).

Autre surprise : le domaine des sciences humaines fait plutôt bien, en tout cas bien mieux que les sciences pures. En 2017, le taux de chômage des bacheliers de 2015 était de 5,3 %, soit presque la moitié de celui des sciences pures. Et ce taux a considérablement baissé depuis 2005, alors qu’il se situait à 8,2 %.

Encore une fois, certains sous-secteurs rehaussent la moyenne, notamment les études urbaines (16,7 % de chômage), les sciences religieuses (15,8 %), la philosophie (13 %), l’anthropologie (11,4 %) et la sociologie (9,6 %).

Notez que le salaire moyen est considérablement plus bas en sciences humaines (826 $ par semaine) ou en arts (721 $) qu’en sciences pures (950 $) ou en droit (1055 $).

Comme on pouvait s’y attendre, les diplômés des trois domaines de l’éducation, de la santé et de l’administration sont les plus recherchés, et la tendance est constante depuis de nombreuses années.

Les constats sont assez semblables pour les diplômés de maîtrise, si ce n’est que les titulaires d’une maîtrise en droit étaient très peu nombreux à chômer en 2017 (1,6 %).

Par le passé, je me suis opposé à la baisse du seuil d’immigration proposé par la CAQ. Je crois encore que le niveau d’immigration devrait rester stable, surtout en cette période de pénurie de main-d’œuvre. Rappelons que le taux d’emploi des immigrants de 15 ans et plus a rejoint celui des natifs, un revirement historique au Québec.

Il reste que le Québec, comme le Canada, est tout à fait en droit de choisir ses immigrants en fonction de divers critères, qu’il s’agisse de la langue, de la scolarité, mais aussi du domaine de formation, notamment. Après tout, on ne parle pas de réfugiés, qu’on accueille pour des raisons humanitaires, ce qui est justifié, mais d’immigrants économiques.

Le taux de chômage a reculé depuis trois ans, et il faudra voir à la prochaine enquête Relance si le portrait a changé pour les formations universitaires. Il appert toutefois que s’il faut restreindre des étudiants au Programme de l’expérience québécoise (PEQ), ce n’est pas dans les secteurs de la santé et de l’éducation, mais bien davantage en droit, en arts et dans certains sous-secteurs des sciences pures et des sciences humaines.

Ouvrir nos portes aux étudiants en biologie, en philosophie ou en anthropologie — même s’ils finissent par se placer — risque de nuire aux finissants actuels de ces domaines sans aider le Québec à combler ses besoins essentiels sur le marché du travail.