Partout sur la planète, la demande pour le lithium explose. Assise sur les plus grosses réserves de ce métal aux vertus écologiques, qui entre notamment dans la composition des téléphones intelligents et des voitures électriques, la Bolivie tente de s’imposer, comme le rapportait hier La Presse. Au Québec, les entreprises peinent à tirer leur épingle du jeu. La province est-elle en train de manquer le bateau ?

HÉLÈNE BARIL HÉLÈNE BARIL
La Presse

Un peu comme un mirage qui s’éloigne à mesure qu’on s’en rapproche, le marché prometteur du lithium échappe encore aux entreprises québécoises.

Le projet le plus avancé, celui de Nemaska Lithium, piétine dans l’attente d’un refinancement qui tarde à se concrétiser. D’autres projets à différents stades de développement sont toujours actifs, mais la mine est encore loin et l’usine de transformation en matériau de batterie aussi.

La ruée vers le lithium est pourtant commencée depuis longtemps, un peu partout dans le monde. Au Québec, l’année 2013 devait être l’an 1 du lithium.

« Le Québec aura sa première mine de lithium et une première usine de carbonate de lithium dès 2013 », prévoyait en 2011 le ministère des Ressources naturelles.

Huit ans plus tard, la production mondiale de lithium a augmenté, et la demande des fabricants de batteries a explosé. Le Québec est-il en train de manquer le bateau ?

Un processus chaotique

Partout dans le monde, des projets de production de lithium sont en développement, explique James Anson, spécialiste des procédés métallurgiques et associé chez Hatch. Le géant de l’ingénierie aura bientôt 200 spécialistes actifs dans la filière lithium à travers le monde.

Il y a du lithium partout dans le monde, souligne-t-il dans un entretien avec La Presse.

200 000 tonnes : Production mondiale de lithium par année

Au Québec, Nemaska Lithium pense pouvoir produire annuellement 35 000 tonnes de lithium. Les autres projets au Québec sont moins avancés, et de taille plus modeste.

« La réussite de ces projets dépend de deux choses : la qualité du gisement et l’efficacité des procédés », expose M. Anson.

Les nouveaux venus sur le marché doivent d’abord réussir à se financer. Ça s’avère plus ardu que prévu, comme le démontrent les difficultés de Nemaska Lithium.

Ces difficultés sont normales, selon Michel Jebrak, géologue et professeur émérite à l’Université du Québec à Montréal. Une chaîne d’approvisionnement est en train de se créer entre producteurs de lithium, fabricants de cathodes et manufacturiers de véhicules électriques.

« On est dans l’établissement d’un marché. C’est un processus chaotique, et actuellement, tout le monde se demande où sera le bénéfice. »

PHOTO TIRÉE DE WIKIPÉDIA

Un échantillon de spodumène

Ceux qui produisent du lithium à partir de spodumène, comme Nemaska Lithium, ont des coûts de production plus élevés que ceux qui tirent le lithium des saumures, comme au Chili et en Bolivie. Ils doivent miser sur la valeur ajoutée.

Pour les projets miniers québécois, la réussite dépend davantage de l’établissement d’une nouvelle filière qui réunira les producteurs de lithium, les fabricants de batteries et les manufacturiers de véhicules électriques, estime le professeur.

Le Québec a des atouts, selon lui. « Un Québec inc. qui fonctionne, des corridors sidérurgiques qui peuvent être réactivés, notamment vers Detroit, et un produit plutôt propre par rapport à la concurrence », énumère-t-il.

Des investisseurs frileux

L’avenir des producteurs de lithium, partout sur la planète, dépend aussi de la géopolitique. « Si le marché se développe dans un contexte ouvert, le lithium deviendra une commodité et son prix pourrait baisser, estime Michel Jebrak. Si, au contraire, on reste dans un environnement de guerre commerciale, des filières fermées vont se développer du producteur à l’utilisateur, et le prix va se maintenir. »

S’il y a une chose dont personne ne doute chez ceux qui s’intéressent au lithium, c’est que la demande sera en forte augmentation pendant plusieurs années encore.

Jean-Sébastien Lavallée, chef de la direction de Critical Elements, qui veut exploiter un gisement de spodumène sur le territoire de la Baie-James pour en extraire du lithium, est convaincu du potentiel à long terme du marché du lithium.

La demande est là et elle sera là pour longtemps, et la production de lithium de qualité batterie n’augmente pas vraiment.

Jean-Sébastien Lavallée, de Critical Elements

La preuve, selon lui, c’est que malgré tout ce qu’on entend, le prix du lithium de qualité batterie ne baisse pas. Il se maintient entre 12 500 $US et 14 500 $US la tonne, selon les chiffres que publient les gros producteurs comme SQM et Albermarle.

C’est vrai parce que les producteurs ont des contrats à long terme, précise Michel Jebrak.

En réalité, le prix du lithium a baissé, ce qui a refroidi beaucoup d’investisseurs.

Après avoir atteint un sommet à 25 800 $US la tonne en 2017, le prix du lithium utilisé pour la fabrication de batteries tourne actuellement autour de 11 000 $US la tonne.

Critical Elements pensait commencer la construction de la mine en 2018 et arriver sur le marché en 2020. Mais l’entreprise n’a pas encore réuni le financement nécessaire de 340 millions. La construction est maintenant prévue pour le printemps 2020.

Trouver du financement n’est pas facile, reconnaît Jean-Sébastien Lavallée.

Un autre projet de lithium, celui de North American Lithium en Abitibi, est paralysé parce que l’entreprise s’est placée sous la protection de la loi plus tôt cette année pour éviter la faillite.

Les projets de lithium au Québec

North American Lithium (Abitibi)
Sayona Québec (Sayona Mining Ltd.) (Abitibi)
Galaxy Resources (Lithium One) (Baie James)
Nemaska Lithium (Baie James)
Critical Elements (Baie James)
Lithium Guo AO (Perylia Canada) (Chibougamau)