De gros employeurs jonglent avec l’idée d’ouvrir des bureaux satellites à Laval ou ailleurs dans la couronne nord pour éviter à leurs employés de perdre leur temps dans la circulation avec la fermeture annoncée du tunnel sous le mont Royal, en janvier prochain.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

« Nous sommes à consulter nos employés, dit Chantal Corbeil, porte-parole du Mouvement Desjardins. On est en train de préparer quelque chose. Nous allons annoncer nos décisions début novembre. »

Desjardins envisage l’ouverture de bureaux satellites, la généralisation du télétravail et l’encouragement au covoiturage. L’institution financière évalue même la possibilité d’offrir un service d’autobus nolisé vers le centre-ville. Ce ne serait pas une première pour le groupe financier puisqu’il offre un départ d’autobus par jour pour ses employés entre ses bureaux de Lévis et de Montréal.

« Des options de location ont été prises sur certains bureaux », dit Mme Corbeil, sans rien vouloir préciser avant que les décisions ne deviennent officielles.

Radio-Canada a rapporté hier que le gouvernement du Québec recherche des locaux pour accommoder ses fonctionnaires habitant la couronne nord. La ministre déléguée aux Transports, Chantal Rouleau, en a fait l’annonce hier matin devant 200 représentants d’entreprises réunis par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

À la Banque Nationale (BN), on a pris les devants. « Dès la fin mars, on a ouvert des bureaux à Laval, au coin des boulevards des Laurentides et Saint-Martin Ouest, et dans l’arrondissement de Saint-Laurent, à l’intersection de l’A13 et de l’A40. La capacité des deux sites est de 165 places au total. Au moment où l’on se parle, des employés y travaillent déjà, mais on s’attend à ce que leur popularité grimpe en flèche en janvier », dit Marie-Pierre Jodoin, directrice principale aux affaires publiques. Des canaux de communication interne ont été ouverts pour répondre aux nombreuses questions des employés touchés par la fermeture du tunnel.

Desjardins, Québec et la BN sont loin d’être les seuls employeurs à la recherche de solutions, si on se fie aux propos de Jeremy Kenemy, vice-président du courtier CBRE, tenus lors d’un récent petit-déjeuner conférence sur les perspectives immobilières à Laval. 

Avec la fermeture de la ligne Deux-Montagnes, les entreprises cherchent à ouvrir des bureaux satellites, ce qui fait augmenter la demande de bureaux à Laval.

Jeremy Kenemy, de CBRE

« Des deals sont présentement en négociation », dit-il en s’excusant de ne pas pouvoir fournir plus d’information avant leur conclusion.

Cette demande ponctuelle tombe à point nommé pour les propriétaires, car le taux d’inoccupation des bureaux lavallois reste élevé, selon CBRE : 11 % dans le cas des meilleurs bureaux et 22 % pour des bureaux de deuxième catégorie, plus anciens. Un taux d’inoccupation supérieure à 10 % reflète des conditions de marché à l’avantage des locataires.

18 000 usagers concernés

La fermeture en janvier prochain du tunnel sous le mont Royal touche directement 18 000 usagers des trains de banlieue de Deux-Montagnes et de Mascouche qui ne pourront plus se rendre au centre-ville.

Une des mesures de mitigation proposées consiste à faire descendre les usagers du train de Deux-Montagnes, environ 1000 personnes, à la gare Bois-Franc pour les faire entrer dans des autobus qui se dirigeront ensuite à la station de métro Côte-Vertu.

La Société de transport de Montréal (STM) doit recevoir 25 nouveaux autobus hybrides sur les 300 qu’elle a commandés d’ici la fin de l’année, de préciser Amélie Régis, porte-parole de la société de transport. Ce sera suffisant pour assurer le service de navette entre Bois-Franc et Côte-Vertu.

Quand aux utilisateurs du train de Mascouche, Mobilité Montréal les invite à prendre l’autobus qui les mènera au métro Radisson.

Que ce soit pour Deux-Montagnes ou pour Mascouche, le temps de parcours est allongé de 20 à 60 minutes, selon Mobilité Montréal.

« La solution doit passer par les entreprises », croit Florence Junca-Adenot, spécialiste des transports et professeure à l’UQAM. Récemment, Mme Junca-Adenot a présidé un groupe chargé de faire des recommandations pour désengorger le secteur Namur-De la Savane. « Il faut travailler sur la destination, permettre aux travailleurs de ne pas avoir à se rendre au centre-ville par des bureaux satellites, par le télétravail », dit-elle dans un entretien.

Chez Hydro-Québec, le comité intersyndical sensibilise l’employeur depuis juin à cet enjeu.

Outre les mesures habituelles de télétravail et d’horaires flexibles déjà en place, Hydro est à recenser ses locaux excédentaires dans la couronne nord qui pourraient accueillir ses quelque 200 employés du secteur Deux-Montagnes touchés par la fermeture du tunnel. Des décisions seront prises d’ici la fin de novembre, indique Louis-Olivier Batty, porte-parole d’Hydro-Québec, joint en fin de journée.