Si CPA Canada avait voulu donner un exemple de mauvaise gestion à ses étudiants, il n’aurait pas pu imaginer un pire bordel que celui vécu lors de l’examen final commun (EFC) des quelque 9000 aspirants comptables.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Cet examen crucial qui s’étendait sur trois jours la semaine dernière débouche sur le titre convoité de comptable professionnel agréé (CPA). « C’est l’examen de notre vie. Pour la plupart des gens, c’est le moment “make or break” de la carrière », m’a raconté un étudiant montréalais qui s’est préparé durant des mois à l’épreuve.

Mais le jour J, les problèmes informatiques ont fait grimper son stress au plafond. Comme CPA Canada le recommandait, le jeune homme s’est présenté à 7 h 30, même si l’examen débutait à 9 h. Sauf que l’examen a débuté deux heures en retard, si bien que cet étudiant a terminé à 16 h, l’estomac complètement dans les talons.

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Pour passer l’examen, les étudiants doivent télécharger le logiciel Surpass (SecureClient), qui permet de verser automatiquement leurs réponses dans le système tout en verrouillant leur ordinateur afin qu’il soit impossible d’accéder à d’autres programmes ou fichiers.

Comme si ce n’était pas assez, son ordinateur a gelé une vingtaine de minutes durant l’épreuve, relate celui qui refuse d’être nommé par crainte que CPA Canada l’accuse d’atteinte à la réputation.

« Mais je ne me considère pas si malchanceux, dit-il. La personne à côté de moi a eu un bogue pendant une heure et demie. Elle a écrit son examen sur papier. Les gens des TI étaient presque embarqués sur son ordinateur pour l’aider. »

Pour passer l’examen, les étudiants doivent télécharger le logiciel Surpass (SecureClient), qui permet de verser automatiquement leurs réponses dans le système tout en verrouillant leur ordinateur afin qu’il soit impossible d’accéder à d’autres programmes ou fichiers.

Mais le logiciel a foiré. Et CPA Canada a été pris au dépourvu. 

Plutôt ironique pour les comptables en herbe qui ont appris sur les bancs d’école à toujours prévoir un plan de relève. Avec l’informatique, on ne sait jamais…

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D’autres étudiants ont eu des problèmes encore plus graves. Sur le forum de discussion Reddit, ils sont plus de 500 à se plaindre, aux quatre coins du Canada.

L’examen a débuté avec trois heures de retard à Vancouver et avec cinq heures de retard à Edmonton, après plusieurs faux départs. Les étudiants sont restés plus de 10 heures sur les lieux, en n’ayant presque rien à se mettre sous la dent. Pas fameux pour la concentration.

D’autres ont été forcés de faire leur examen à partir de Word et Excel, plutôt qu’avec Surpass. Ils ont remis leur copie sur une clé USB. Et le soir même, on leur demandait de transférer une copie de sauvegarde par courriel… avant de détruire leur propre copie. Pas trop rassurant.

De nombreux étudiants n’ont pas eu accès aux normes comptables pour leur permettre de répondre aux questions les plus importantes de l’examen.

Mais le pire, c’est que certains candidats de l’ouest du pays ont eu l’occasion de tricher, puisqu’ils ont commencé leur examen après que les étudiants de l’est furent sortis. Vers midi et demi, à Edmonton, des étudiants ont averti le surveillant qu’il était possible d’avoir accès aux questions en allant sur le web ou en écrivant à des amis. Par la suite, ils ont eu la consigne de ranger leur cellulaire et de rester assis en silence.

« Mais les gens ont commencé à se lever, à aller à la toilette, à prendre un café, etc. Le surveillant faisait de son mieux, en essayant littéralement de rattraper les gens et en leur criant de revenir, alors que les étudiants se fichaient de lui », raconte un candidat sur Reddit.

Wow, j’imagine la scène !

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Si toutes ces histoires sont vraies, la crédibilité de l’évaluation a réellement été compromise. Et on ne sait toujours pas comment l’ordre des comptables réagira.

« CPA Canada a retenu les services d’un expert indépendant pour analyser la situation sous tous ses angles, y compris pour évaluer la validité et la fiabilité du processus d’examen », m’a répondu Lyne Lortie, vice-présidente aux affaires publiques de l’Ordre des CPA du Québec.

Mais les étudiants restent dans les limbes en attendant le résultat, qui ne tombera qu’à la fin de novembre. Leur carrière est en jeu. Les dernières années, près du quart des candidats ont coulé l’examen. Qu’en sera-t-il cette fois avec les pépins subis par les uns et les occasions de tricher dont ont profité les autres ?

« Nous mettons tout en œuvre pour que la lumière soit faite sur cette situation dans les meilleurs délais tout en s’assurant que les conclusions qui seront tirées soient justes, exactes et équitables », a ajouté Mme Lortie.

Mais déjà, certains étudiants réclament une reprise gratuite de l’examen, qui coûte presque 2000 $.

Sauf que la prochaine séance n’aura lieu qu’en mai prochain. Comme la mémoire est une faculté qui oublie, les étudiants devront recommencer leur préparation… en pleine saison des impôts. Les grands cabinets n’auront certainement pas envie de les libérer à nouveau pour quelques mois. Cela fait en sorte qu’ils devront se préparer le soir et la fin de semaine.

À moins que CPA trouve le moyen d’organiser une reprise dès le mois d’octobre, tandis que les étudiants ont encore toute la matière bien fraîche dans leur esprit. Aux grands maux, les grands moyens.