En pleine guerre commerciale sino-américaine, comment le gouvernement Legault se prépare-t-il à une éventuelle récession ? La Presse en a discuté avec le ministre de l’Économie du Québec, Pierre Fitzgibbon.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Comme une maison barricadée avant l’ouragan, le Québec est prêt à faire face à un ralentissement économique. C’est le message rassurant qu’envoie le ministre de l’Économie, tandis que certains pays commencent à flirter avec la récession, notamment en Europe.

« Je pense qu’on est capables, avec nos coussins, de tempérer un ralentissement. On a des finances publiques saines. Les investisseurs sont à l’aise avec nos politiques », soutient Pierre Fitzgibbon.

La plus longue période de croissance aux États-Unis est menacée par la guerre commerciale contre la Chine lancée par Donald Trump. Les marchés sont nerveux. Ici, les économistes au sein de l’appareil d’État restent confiants.

« Quand il y a une récession, il y a toujours des signes avant-coureurs. Il n’y a pas de signes présents qui nous font peur », explique M. Fitzgibbon.

L’Institut de la statistique du Québec a révélé, à la fin du mois d’août, que l’économie québécoise avait crû deux fois plus vite que la moyenne canadienne au cours des cinq premiers mois de l’année.

Malgré cela, Québec se dit « préoccupé » par les tensions géopolitiques entre les États-Unis et la Chine.

Si la Chine tousse, on va avoir la grippe. Et c’est la même chose pour les États-Unis. Les États-Unis représentent 70 % de nos exportations de biens et 60 % de nos services.

Pierre Fitzgibbon

« Mais rien n’est alarmant pour l’instant. Il y a une rationnelle derrière les agissements de M. Trump, croit-il. Ce n’est pas un imbécile. Il voit le côté américain. »

Deux milliards pour les entreprises

Selon Mé Fitzgibbon, c’est un ralentissement de la croissance qui guette le Québec, plutôt qu’une réelle récession définie par deux trimestres de décroissance du PIB.

Cette analyse rejoint celle faite en juin dernier par l’Institut du Québec, qui notait que les récessions semblaient moins prononcées qu’avant.

« La dernière décroissance notable du PIB réel a été observée au début des années 90. On remarque également que les récessions étaient beaucoup plus courantes avant les années 90 », a noté l’Institut.

M. Fitzgibbon se demande si « nous sommes dans une nouvelle époque ».

Est-ce que le concept de récession va disparaître ? Les entreprises aujourd’hui sont plus aptes à passer à travers des périodes plus difficiles. Les niveaux d’endettement des entreprises sont relativement bas.

Pierre Fitzgibbon

En cas de ralentissement, Québec dispose de plusieurs outils. Le Programme québécois des infrastructures (PQI) prévoit des investissements de 10 milliards sur 10 ans.

Le ministre de l’Économie du Québec parle aussi d’une somme de 2 milliards pour stimuler la croissance des entreprises en cas de ralentissement.

« Un milliard a été alloué dans les fonds propres d’Investissement Québec et un autre milliard pour le Ministère pour aider les entreprises québécoises à croître plus rapidement, ou sauver des sièges sociaux, s’il y avait des enjeux majeurs, explique M. Fitzgibbon. Ces capitaux restent disponibles, on les a très peu utilisés pour l’instant. »

Les baisses d’impôt attendront

Le ministre note aussi que la dette du Québec par rapport à son PIB baisse d’année en année. « Niveau endettement de l’État, on est pratiquement la meilleure province. On va peut-être battre l’Ontario un jour sur la base de dette par PIB », dit-il.

L’État engrange aussi des surplus, estimés à 4,4 milliards l’année dernière. Mais dans le contexte économique actuel, le gouvernement Legault ne veut pas baisser l’impôt à tout prix.

Pierre Fitzgibbon salue cette approche et qualifie son collègue des Finances, Eric Girard, de « réaliste ».

« Les réductions d’impôt vont seulement venir quand on va constater que l’économie va générer assez de revenus pour payer pour nos promesses électorales en santé et en éducation », précise-t-il.

« Mais réduire les impôts aujourd’hui pour couper en santé, ce n’est pas conséquent avec notre politique gouvernementale. Avant de les baisser, il faut régler nos enjeux systémiques. »