Bien que le Canada ait signé une première victoire dans le conflit du bois d’œuvre qui l’oppose aux États-Unis, les tarifs de 20,23 % continuent de s’appliquer sur les exportations québécoises.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Le groupe spécial constitué en vertu du chapitre 19 de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) a conclu que la Commission du commerce international des États-Unis avait eu tort de conclure que les exportations canadiennes avaient causé un préjudice à l’industrie américaine du bois d’œuvre.

La commission américaine dispose de 90 jours pour présenter de nouveaux arguments.

« Demain matin, rien ne change pour nos scieries. Le tarif de 20,23 % continue de s’appliquer », a expliqué Michel Vincent, économiste du Conseil de l’industrie forestière du Québec.

Si le tarif est modifié à l’avenir, ce sera l’an prochain dans le cadre de la révision administrative entreprise par les Américains.

Michel Vincent

Le tarif de 20,23 % est estimé. Les Américains fixeront un tarif préliminaire au printemps.

Ces tarifs font d’autant plus mal qu’aux prix actuels, les scieries peinent à faire leurs frais, comme l’a expliqué La Presse dans un article publié lundi dernier.

Néanmoins, la victoire d’hier a son importance. Si le panel devait encore conclure à l’absence de préjudice à la fin du processus qui pourrait s’étirer sur deux ou trois ans, les Américains se trouveraient alors dans l’impossibilité d’imposer des droits compensateurs et des droits antidumping. Ils seraient forcés en outre de rembourser aux scieries les droits perçus depuis la fin de 2017.

C’est ce qui s’était passé lors du dernier conflit canado-américain sur le bois d’œuvre (2001-2006), souligne M. Vincent, conflit qui s’était finalement réglé avec la signature du deuxième accord sur le bois d’œuvre résineux.

Québec interpelle Washington

Dans un communiqué, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a souligné la victoire canadienne. « Nous appelons […] les États-Unis à profiter de cette décision afin de mettre un terme à ce litige et d’enlever les droits compensateurs et antidumping qui nuisent à nos relations commerciales depuis 2017. »

L’Union des municipalités du Québec (UMQ) qualifie cette décision d’« importante victoire » et demande à Washington d’agir prestement. « Le département du Commerce américain doit maintenant abolir sans plus attendre les droits compensateurs et antidumping imposés injustement depuis deux ans sur le bois d’œuvre québécois et canadien exporté au sud de la frontière », a déclaré, dans un communiqué, le président du Comité sur la forêt de l’UMQ et maire de Val-d’Or, Pierre Corbeil.

L’UMQ entend d’ailleurs talonner les partis politiques fédéraux sur cet enjeu, à quelques semaines du déclenchement de la campagne électorale fédérale.

Près de 60 000 emplois sont touchés par ce conflit, selon Québec.