L’entrée en vigueur prochaine du programme fédéral d’aide financière aux premiers acheteurs et la baisse des taux d’intérêt hypothécaires feraient encore grimper la température du marché résidentiel québécois, en particulier celui de la revente, estime le Mouvement Desjardins, dans une étude économique.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

« Au Québec, les ventes demeurent fortes et la hausse annuelle des prix continue d’avoisiner 5 % », rappelle d’abord l’équipe d’économistes de Desjardins dans un bilan du marché résidentiel publié hier.

« Le nombre de ventes de propriétés augmentera d’environ 5 % cette année, fracassant un nouveau sommet », poursuit-on.

« Le nombre de transactions franchira le cap des 90 000 reventes. Le prix moyen dépassera la barre de 320 000 $ dans la province, une hausse de plus de 4 % pour la troisième année consécutive. »

Taux hypothécaires fixes à la baisse

Le principal carburant qui devrait permettre de maintenir ou d’augmenter la vitesse de croisière d’ici la fin de l’année est la pression à la baisse sur les taux d’intérêt.

Conflits commerciaux, risque de Brexit « dur », baisse des taux d’intérêt directeurs américains et autres incertitudes économiques ont fait chuter les taux obligataires « et, par ricochet, les taux hypothécaires nord-américains », explique-t-on.

Les taux d’intérêt des obligations de 10 ans ont poursuivi leur descente au mois d’août, et d’autres baisses des taux hypothécaires ne peuvent être exclues prochainement.

Extrait d’un bilan du marché résidentiel publié hier par Desjardins

Ces baisses ne devraient toutefois s’appliquer qu’aux prêts à taux fixe. Ceux à taux variable, dont la progression est directement liée au taux directeur de la Banque du Canada plutôt qu’aux obligations, ne seront probablement pas appelés à baisser à court terme, en raison de la vigueur de l’économie canadienne. En revanche, ils ne devraient pas augmenter non plus, comme on le croyait encore récemment.

Quant au nouveau programme fédéral destiné aux premiers acheteurs, il aura davantage d’impact en Ontario (excluant la région de Toronto) et au Québec que dans les deux marchés les plus effervescents du pays, Vancouver et Toronto, où les prix moyens dépassent le plafond fixé par le gouvernement fédéral, soit un prêt hypothécaire maximal de 480 000 $. Les premières transactions admissibles auraient lieu en novembre.

La meilleure année depuis 2010

L’étude de Desjardins revoit aussi à la hausse sa prévision pour le nombre de mises en chantier au Québec en 2019. La dernière édition de la même étude, parue en mai, en prédisait 45 500. Ce nombre passe maintenant à 48 500, ce qui ferait de 2019 la meilleure année à ce chapitre depuis 2010.

Cette vigueur est entièrement due au secteur plus précis du locatif.

« Tous les autres types de construction sont à la baisse : les maisons individuelles, jumelées, en rangée ainsi que les copropriétés ont toutes diminué d’au moins 5 % au premier semestre », constate-t-on ainsi.

Le secteur locatif devant normalement retrouver un équilibre l’an prochain, il est à prévoir que le nombre total de mises en chantier reculera légèrement. Ce recul pourrait être encore plus prononcé en 2021, quand de nouvelles règles entreront en vigueur à Montréal pour forcer les projets de plus de 50 logements à intégrer jusqu’à 60 % d’appartements destinés à des clientèles particulières, juge Desjardins.