Pourquoi a-t-on une Société des alcools ? Pourquoi a-t-on un monopole étatique de la vente d’alcool ? Les cyniques diront que c’est pour que l’État puisse faire de l’argent facilement.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Les moins cyniques diront que c’est parce que l’État peut, en plus, avoir un rôle à jouer dans ce secteur ultra-lucratif.

Un rôle de contrôle, de surveillance. C’est pour surveiller la fraude, l’excès, les dérapages, jouer un rôle de « tempérance » que son ancêtre, la Commission des liqueurs, a été créée en 1921.

Mais je ne suis pas contre l’idée d’un monopole qui continue de jouer un rôle en 2019, un rôle de levier social. Je ne déteste pas l’idée d’une vaste entreprise collective, qui emploie du monde dans de bonnes conditions, engrange des profits destinés à tous et lutte contre le développement commercial tout croche en s’implantant intelligemment dans des quartiers. Le monopole d’État n’est pas, en soi, une idée communiste à mettre à la poubelle.

Tant que cette entreprise continue de jouer son rôle social, public. Et de le jouer avec les valeurs actuelles. Il y en a plusieurs. Mais parlons ici d’une mission qui devrait être cruciale : la lutte contre la pollution et la protection de l’environnement.

Donc, quand la SAQ agit comme une entreprise privée qui ne doit de comptes à personne dans ce secteur, je dis : « Mais pourquoi donc alors a-t-on un monopole ? Pourquoi ? »

Et c’est ce qui se passe actuellement dans le dossier de la consigne des bouteilles de vin.

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En commission parlementaire, il y a une dizaine de jours, la société d’État a dit pas mal pour la première fois qu’elle était enfin prête à considérer l’idée d’une consigne pour les bouteilles de vin.

Bravo.

La consigne, rappelons-le, est le système le plus efficace pour assurer la récupération du verre.

Que la SAQ ait pris tant de temps à se décider est inexcusable, mais bon, mieux vaut tard que jamais, et passons à autre chose.

Sauf que maintenant le monopole se dit opposé à l’idée que la récupération des bouteilles se fasse dans son réseau ! Les boutiques de la SAQ ne veulent pas reprendre leurs bouteilles vides. Les épiciers et dépanneurs le font depuis toujours avec la bière, mais elles, elles ne veulent pas ça.

Euh… N’êtes-vous pas une société d’État ? Une entreprise qui profite d’un monopole parce que les élus vous l’ont accordé et qui doit rendre des comptes à la société ?

Au lieu de rouspéter contre les bouteilles vides qui prennent trop de place, ne serait-ce pas la moindre des choses de commencer à agir activement, efficacement, avec diligence et leadership pour tenter de régler le problème de la récupération, de la réutilisation, du recyclage du verre au Québec ? Problème gravissime, soit dit en passant.

Sérieux ?

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Hier, en lisant le dossier de ma collègue Nathaëlle Morissette sur la popularité grandissante des vins québécois, je me suis dit : « Tiens, je vais appeler la SAQ et je vais leur lancer une idée. »

Que pensez-vous de l’idée de proposer aux producteurs de vins québécois d’instaurer un système de consigne et de réutilisation des bouteilles de vin ?

La SAQ a toujours dit que la consigne et le remplissage multiple comme pour la bière étaient impensables vu les origines trop variées des bouteilles.

Mais parlons de vins embouteillés ici, par des gens d’ici. Les vins québécois, mais aussi ceux produits ailleurs mais mis en bouteille ici.

Qu’est-ce qui empêche qu’on fasse comme avec la bière ? Qu’on s’entende sur des formats ?

Vous vendez, vous récupérez.

Ce n’est pas compliqué.

Surtout que de plus en plus d’entreprises PRIVÉES, réellement visionnaires et engagées, ont choisi de le faire pour d’autres produits. On pense notamment à la laiterie La Pinte ou à la fromagerie Nouvelle-France et à la Ferme Vallée Verte 1912, qui reprennent et réutilisent leurs bouteilles de lait et bocaux de yaourt en verre, et repaient les consommateurs.

Donc j’ai lancé l’idée à la vice-présidente aux affaires publiques et aux communications de la société d’État, Marie-Hélène Lagacé.

Je lui ai demandé : « Est-ce farfelu comme idée ? »

Elle m’a répondu : « Non, ce n’est pas farfelu. Mais est-ce à la SAQ de mettre ça en place ? Non. On n’est plus dans l’embouteillage depuis des années. »

Et c’est là que je ne suis pas d’accord, mais pas d’accord du tout.

Embouteillage ou pas, donner l’exemple, prendre les devants, piloter ce dossier devrait faire partie du rôle d’une société publique.

Surtout que les Québécois sont pour la consigne du verre, nous a dit un récent sondage. Et personne ne s’étonne, on le fait depuis toujours avec la bière et le remplissage multiple des bouteilles.

Et Mme Lagacé dit que 87 % des bouteilles de vin de la SAQ vont dans nos bacs à recyclage.

Hier, elle a insisté sur la nouvelle ligne du monopole : « La SAQ veut faire partie de la solution. »

J’espère bien ! Avec toutes les bouteilles de vin vendues par… elle !

Je comprends que les producteurs québécois – qui cartonnent – profitent grandement du fait qu’ils n’ont plus à passer par la SAQ pour vendre leurs produits.

Mais ce n’est pas une raison pour que la SAQ, une société d’État – pardonnez-moi d’insister –, ne soit pas un moteur du processus de récupération.

Dans la présentation de sa mission, sur son site web, la SAQ parle de « passion » et parle aussi de « courage » et de « responsabilité ».

En 2019, courage et responsabilité, quand on a un tel monopole, ça ne veut pas dire « parler aux autres » et « faire partie de la solution ». Ça veut dire « trouver la solution », « piloter la solution ».

Sinon, qu’on laisse le privé faire preuve du leadership que les citoyens attendent.