(OTTAWA) À moins d’un revirement de taille, le gouvernement Trudeau donnera le feu vert aujourd’hui aux travaux d’agrandissement de l’oléoduc Trans Mountain, acquis l’an dernier par Ottawa des mains de la société américaine Kinder Morgan pour la somme de 4,5 milliards de dollars.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Cette décision, fort attendue par l’Alberta et les travailleurs de l’industrie pétrolière, mais redoutée par la Colombie-Britannique, les groupes environnementalistes ainsi que des Premières Nations, doit en principe constituer le dernier chapitre de la longue saga entourant l’avenir de cet oléoduc.

La question qui demeure en suspens est la suivante : quand commenceront les travaux d’agrandissement évalués à 9,3 milliards de dollars ? Le ministre des Finances, Bill Morneau, devrait donner quelques indices à ce sujet demain, alors qu’il sera de passage à Calgary pour commenter la décision du gouvernement libéral.

Les travaux d’agrandissement de cet oléoduc qui relie déjà la ville d’Edmonton, en Alberta, à Burnaby, en banlieue de Vancouver, en Colombie-Britannique, doivent permettre d’en tripler la capacité. À terme, l’objectif est d’augmenter les exportations canadiennes de pétrole vers les marchés asiatiques, notamment la Chine, afin de réduire la dépendance de l’industrie pétrolière canadienne envers le marché américain, où aboutissent 99 % de ses exportations, selon le ministre du Commerce international, Jim Carr.

La décision d’Ottawa sera annoncée alors que l’Alberta a entrepris il y a quelques semaines déjà un important battage publicitaire sur les médias sociaux, dans les médias traditionnels et même dans les rues d’Ottawa afin de s’assurer que la réponse du gouvernement Trudeau soit positive.

Avalanche de réactions

Chose certaine, la décision va déclencher une avalanche de réactions de part et d’autre. Depuis des semaines, d’ailleurs, les conservateurs d’Andrew Scheer accusent les libéraux de Justin Trudeau d’avoir tout fait pour saboter l’industrie pétrolière en Alberta et en Saskatchewan en resserrant les critères d’évaluation environnementale, en imposant une taxe sur le carbone dans certaines provinces et en tardant à approuver la construction de nouveaux pipelines.

Les libéraux ont riposté en affirmant que le gouvernement fédéral doit s’acquitter adéquatement de ses obligations en matière de protection de l’environnement et en matière de consultation des peuples autochtones.

Aux Communes, hier, le député conservateur Gérard Deltell a défendu bec et ongles le projet, à l’instar de ses collègues des autres provinces. 

« Le projet Trans Mountain est essentiel pour l’économie de tous les Canadiens et il est surtout bon pour tout le Canada. Malheureusement, depuis que les libéraux ont annoncé le projet il y a un an, ils n’ont strictement rien fait, aucun coup de pelle n’a été donné. »

Gérard Deltell, député conservateur

Le ministre des Ressources naturelles, Armajeet Sohi, a riposté en affirmant que le précédent gouvernement conservateur n’avait guère réussi à faire construire un nouveau pipeline qui permettrait d’augmenter les exportations vers d’autres marchés que les États-Unis.

Contestations

Avant de se porter acquéreur de ce pipeline, le gouvernement Trudeau avait déjà approuvé les travaux d’agrandissement en novembre 2016. Mais le projet a été contesté par des Premières Nations de la Colombie-Britannique et des groupes environnementaux devant les tribunaux.

En août dernier, la Cour d’appel fédérale a forcé le gouvernement fédéral à refaire ses devoirs en annulant le décret qui autorisait l’expansion de l’oléoduc. Le jugement unanime décrétait que le gouvernement Trudeau avait manqué à ses obligations de consulter adéquatement les communautés autochtones. En septembre dernier, Ottawa a entrepris de corriger le tir, accordant 22 semaines à l’Office national de l’énergie (ONE) pour refaire l’évaluation environnementale du projet.

Dans son nouveau rapport d’évaluation sur le projet controversé, rendu public en février, l’ONE a statué que l’agrandissement de l’oléoduc Trans Mountain comportait des « avantages considérables » sur le plan économique et que ce projet devait aller de l’avant même s’il entraînait des effets environnementaux « négatifs importants » sur la population d’épaulards et qu’il contribuerait à une hausse des émissions de gaz à effet de serre.