Les camions qui ramassent ordures ménagères, matières recyclables et organiques ne répandront plus dans leur sillage une pollution sonore et atmosphérique : deux entreprises québécoises s’associent pour produire le premier camion de collecte automatisé entièrement électrique du monde.

Marc Tison Marc Tison
La Presse

La benne de collecte électrique conçue par Boivin Évolution (BEV), de Lévis, sera installée sur le châssis du nouveau camion électrique de classe 8 dévoilé en mars dernier par la Compagnie électrique Lion, de Saint-Jérôme.

Avec une autonomie allant jusqu’à 400 km, le camion pourra faire une tournée quotidienne d’environ 1200 résidences avant de retourner recharger ses batteries durant sa pause nocturne.

Il permettra d’économiser 80 % des coûts d’énergie d’un véhicule diesel similaire, estiment ses concepteurs.

Le concept a été présenté hier matin au Centre des sciences de Montréal dans le cadre de la première édition d’Impulsion MTL, un forum international de deux jours sur la gestion des parcs de véhicules.

La vision

L’idée a germé dans l’esprit de l’homme d’affaires Claude Boivin, fort d’une quarantaine d’années d’expérience dans le domaine des véhicules de collecte. L’entrepreneur, qui avait vendu en 2012 son entreprise Groupe Labrie, a fondé Boivin Évolution en 2017.

« Il y a deux ans et demi, j’ai vu un autobus scolaire électrique, et ça m’a fait penser qu’une benne de collecte de déchets pourrait aussi fonctionner tout électrique, relate-t-il. C’est là que j’ai eu l’idée de revenir en affaires et de travailler au développement de cette benne. »

Aucun camion électrique n’étant encore offert, BEV a d’abord mis au point une benne électrique autonome, activée par sa propre batterie, qui peut être installée sur le châssis d’un camion diesel standard.

Entièrement mus par des moteurs électriques, son bras et sa vis de compactage n’ont besoin que d’un minimum d’entretien et ne sont pas sujets aux pertes de fluides polluants.

Des chiffres concrets

« Les tests qu’on a faits dans la région de Québec nous ont prouvé que même avec un camion à moteur diesel, on économisait de 30 à 40 % de carburant », indique Claude Boivin.

À raison de 150 à 160 litres de carburant par jour, « vous avez économisé près de 20 000 $ à la fin de l’année ».

À environ 200 000 $, une benne électrique coûte près de 70 000 $ de plus qu’une benne hydraulique, un écart qui se récupère en trois ans environ.

La benne de BEV est prête à entrer en production.

« Pour les prochaines années, je n’ai pas besoin d’usine parce que j’ai un sous-traitant qui a la capacité de fabriquer mes bennes pour aller jusqu’à 150 par année », précise Claude Boivin.

Solution tout électrique

L’arrivée sur le marché du camion Lion8 de la Compagnie électrique Lion procure l’autre moitié d’une solution tout électrique.

L’entreprise des Laurentides a commencé l’adaptation du système de BEV à son châssis, de telle manière que la benne tire son énergie de la batterie du camion.

« C’est sur la table à dessin », indique le président de Lion, Marc Bédard.

Il faudra notamment intégrer l’écran de contrôle du bras automatique au tableau de bord du camion et accroître la capacité de l’essieu avant. « Ce n’est pas un énorme défi, mais il faut s’en occuper. »

La chaîne de production des camions Lion8 devrait être lancée au courant de l’été, avec une capacité maximale de 1000 châssis par année, tous types confondus.

Le camion à benne tout électrique devrait s’insérer dans la production au courant de l’année 2020. « On se bat un peu contre la montre », reconnaît Marc Bédard.