L’an dernier, l’entreprise québécoise de transformation de pommes de terre Saint-Arneault a reçu des appels en provenance de Dubaï et de l’Asie. Tous cherchaient la même chose : des frites congelées, raconte Marc Dumas, directeur principal des ventes de l’entreprise.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

Il avoue avoir été grandement surpris par ces demandes, puisque plusieurs pays producteurs de pommes de terre européens comme les Pays-Bas et la Belgique sont beaucoup plus près géographiquement de ces marchés. « Quand c’est rendu que tu m’appelles, moi, à Saint-Hubert [là où est située l’entreprise] pour avoir des frites, ça veut peut-être dire qu’il n’y en a plus nulle part », a-t-il pensé.

Les frites congelées sont-elles devenues une denrée rare ? Chose certaine, l’an dernier, les mauvaises récoltes de pommes de terre, causées par la sécheresse en Europe, ont nui à la production de frites surgelées. « En Europe, ils ont connu une baisse de rendement d’au moins 30 %, souligne pour sa part Clément Lalancette, directeur général des Producteurs de pommes de terre du Québec. Ç’a été épouvantable. »

Au dire de M. Dumas, c’est ce qui pourrait expliquer en partie pourquoi les pommes de terre semblaient aussi convoitées. Il n’a toutefois pu satisfaire ces demandes étrangères, puisqu’il n’avait pas la capacité de les fournir, ayant des contrats à respecter.

L’appétit des Américains

Le climat n’explique toutefois pas à lui seul cet engouement pour la frite. La demande mondiale est forte. Les États-Unis, cinquième pays producteur de pommes de terre au monde — le premier rang est occupé par la Chine —, obtiennent le titre de plus grand importateur de pommes de terre surgelées, avec 12 % du volume mondial total, selon les chiffres fournis par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) dans un document intitulé Portrait-diagnostic sectoriel de l’industrie de la pomme de terre au Québec.

Cet appétit pour la frite est profitable pour les usines de transformation, notamment pour Saint-Arneault, dont 70 % de la production de pommes de terre surgelées est destinée à nos voisins du Sud. « Il y a une énorme demande », affirme sans détour Marc Dumas. L’entreprise de Saint-Hubert vend également ses sacs de frites aux Mexicains. Les ventes conclues avec le troisième pays d’Amérique du Nord représentent 7,8 % de la production totale de frites congelées de la société.

Entre-temps, Saint-Arneault reçoit d’autres appels d’outre-mer : du Koweït et de l’Afrique du Sud. Pour l’instant, l’entreprise ne vend pas à des marchés aussi éloignés. L’entreprise demeure néanmoins un petit acteur dans l’industrie de la production du surgelé au pays. Aliments McCain domine avec 79 % du marché, selon les données enregistrées en 2017.

Au Québec

Par ailleurs, si les ventes de frites congelées se portent bien, les Québécois ne semblent pas prêts à chasser la pomme de terre fraîche de leur assiette au profit de sa version surgelée. Selon les données du MAPAQ, cette dernière se retrouve plus souvent dans l’assiette des gens d’ici que les frites surgelées. 

En 2017, la consommation annuelle de patates fraîches était de 24,8 kg par personne, contre 9,4 pour le produit congelé, une bonne nouvelle pour les producteurs de pommes de terre d’ici. Plus de la moitié de la production québécoise est destinée au marché de la table (pommes de terre fraîches), contre 36 % pour la transformation, tient à rappeler Clément Lalancette, des Producteurs de pommes de terre du Québec. En comparaison, dans les autres provinces canadiennes, plus des deux tiers des pommes de terre sont destinés à la transformation.

Quelques données

35 % Proportion de production locale canadienne de pommes de terre destinée à l’exportation.

1,7 milliard Valeur des exportations canadiennes de pommes de terre en 2017, toutes catégories confondues. La part du Québec ne représente que 4 % de la valeur de l’ensemble de ces exportations.

22,9 kg Quantité de frites surgelées consommées en moyenne en 2017 par chaque Américain, contre 15,1 kg pour les pommes de terre fraîches.

Source : Portrait-diagnostic sectoriel de l’industrie de la pomme de terre au Québec, MAPAQ