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Télécommunications: l'«urgence nationale» des États-Unis regardée de près par le Canada

Huawei cherche depuis des mois à convaincre Ottawa... (PHOTO TOBY MELVILLE, REUTERS)

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Huawei cherche depuis des mois à convaincre Ottawa d'autoriser le déploiement de son fameux réseau 5G au Canada.

PHOTO TOBY MELVILLE, REUTERS

(Ottawa) Alors que le président des États-Unis Donald Trump déclare une « urgence nationale » pour protéger les services américains de télécommunications des menaces étrangères - une manoeuvre à peine voilée pour écarter Huawei de son échiquier économique -, Ottawa refuse d'emboîter le pas à son principal partenaire commercial sans avoir au préalable conclu son propre examen.

En pleines tensions commerciales avec Pékin, le président Trump a signé un décret hier pour protéger les États-Unis des menaces qui pèsent sur les services de télécoms américains. M. Trump a d'ailleurs été très clair : son « administration fera tout en son pouvoir pour assurer la sécurité des Américains et contrer les adversaires étrangers qui exploitent de plus en plus les vulnérabilités des technologies de l'information ».

Le décret présidentiel interdit aux entreprises américaines de s'approvisionner en équipements auprès de sociétés étrangères jugées à risque et donne ainsi le pouvoir au secrétaire au Commerce de s'opposer à toute transaction. Sans nommer Huawei, l'avertissement ouvre la voie au bannissement du géant chinois sur le sol américain.

Alors que des médias américains rapportaient que Donald Trump s'apprêtait à durcir le ton sur l'enjeu de la sécurité des infrastructures technologiques de l'information et de la communication, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, n'a pas voulu se prononcer sur les gestes que fera Ottawa en ce qui concerne cette épineuse question.

Il faut dire que le gouvernement libéral de Justin Trudeau marche sur des oeufs depuis l'arrestation en décembre dernier de la directrice financière de l'entreprise chinoise Meng Wanzhou - à la demande des autorités américaines -, qui a plongé le Canada dans une profonde crise diplomatique avec l'empire du Milieu.

« Nous portons attention aux choix de nos alliés, ce qu'ils disent et ce qu'ils font. Certains ont exprimé leurs points de vue, d'autres pas. Nous allons prendre tout cela en considération, mais nous voulons prendre la meilleure décision pour le Canada », mentionne Ralph Goodale.

Huawei cherche depuis des mois à convaincre Ottawa d'autoriser le déploiement de son fameux réseau 5G au Canada. Ralph Goodale assure que l'évaluation est « complexe » et que la décision du gouvernement ne viendra qu'au terme d'un examen « méticuleux » qui conjuguera « les avantages de la technologie » et « les enjeux de sécurité nationale ».

Malgré la décision tranchante de Washington, Ralph Goodale a évité de s'avancer sur un échéancier quant à la décision d'Ottawa, martelant qu'il fallait « prendre le temps nécessaire de bien faire les choses ». Le 30 avril dernier, il avait néanmoins fait savoir que son objectif était d'en arriver à une décision avant les élections d'octobre prochain.

Urgence d'agir, dit l'opposition

Le chef conservateur Andrew Scheer n'a pas manqué de rappeler que Justin Trudeau aurait déjà dû avoir pris une décision quant à l'implantation du 5G offert par Huawei. « Je suis préoccupé par le manque de jugement de Justin Trudeau quand il est question de la Chine », a réagi M. Scheer, faisant allusion au fossé diplomatique entre les deux pays.

Un gouvernement conservateur aurait dit non au géant chinois des télécoms, a réaffirmé M. Scheer devant les journalistes. « La clé ici est la protection. Le but est de protéger les Canadiens qui voudront se servir du 5G [...] Nous ne permettrions pas à Huawei de participer au développement de ce nouveau réseau », a-t-il indiqué.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) est pour sa part d'avis qu'Ottawa doit accélérer la cadence pour trancher à propos du sort de Huawei rapidement, et ce, en dépit du froid avec la Chine. « Quand c'est une question de sécurité, on doit la régler indépendamment de ces considérations », a expliqué à La Presse le député Matthew Dubé.

« Quand un examen nous amène à une conclusion, on doit vivre avec. Qu'on réponde à la question demain ou dans six mois, si ça s'avère négatif pour la Chine, ça va être négatif pour eux dans six mois aussi, alors on n'y échappe pas », a ajouté le néo-démocrate, porte-parole de son parti en matière de sécurité publique et de protection civile.

Les États-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, trois partenaires canadiens membres du « Five Eyes », ont déjà interdit le développement du 5G par Huawei dans leur pays pour des raisons de sécurité nationale. Les États-Unis ont aussi mis en garde les pays qui voudraient collaborer avec Huawei qu'un tel partenariat pourrait compromettre leurs relations en matière d'échange de renseignements.

En janvier dernier, les autorités américaines ont déposé une kyrielle d'accusations de nature criminelle contre Huawei et sa directrice financière Meng Wanzhou, qui aurait notamment menti pour contourner les sanctions contre l'Iran, comploté pour frauder les institutions bancaires, en plus d'avoir fait entrave à la justice.

L'entreprise chinoise est aussi soupçonnée d'avoir espionné un concurrent américain et d'avoir volé des secrets technologiques. L'arrestation à Vancouver de la haute dirigeante de Huawei par les autorités canadiennes a provoqué l'ire du gouvernement chinois. La Chine a depuis multiplié les façons d'augmenter la pression sur le Canada. Deux Canadiens y sont notamment détenus arbitrairement, clame Ottawa.




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