Les économistes sont nombreux à prévoir un ralentissement de l’économie canadienne en 2019. D’où ma question : sur le plancher des vaches, les entrepreneurs sentent-ils ce relâchement ?

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

Réponse unanime : pas du tout, en tout cas, pas au Québec. Les projets sont encore nombreux et la préoccupation porte plutôt sur la capacité des organisations à recruter la main-d’œuvre en ces temps de pénurie.

Ce coup de sonde, je l’ai fait auprès des financiers des principales organisations du Québec, présents au gala Les As de la finance, mercredi dernier. Chez Capital régional et coopératif Desjardins, par exemple, le chef de la direction financière, Yves Calloc’h, se dit enchanté par les nombreuses demandes de financement de qualité qu’il reçoit.

Même son de cloche positif au Fonds de solidarité FTQ, notamment dans le secteur technologique. Ou encore chez des entreprises montréalaises comme le Cirque du Soleil ou Solotech, très présentes dans le divertissement à l’étranger.

Et hier, au téléphone, le président de Montréal International, Hubert Bolduc, me chantait le même refrain. Un ralentissement ? « Aucun. Nous, on roule encore tempête », m’explique-t-il.

Ainsi, depuis le début de l’année, l’organisme a accompagné 26 projets d’investissement venant de l’étranger. À ce rythme, Montréal International pourrait dépasser les 63 projets de 2018, qui était une année record.

Ce survol n’a pas de prétentions scientifiques, mais les réponses sont à contre-courant des principales prévisions économiques. Par exemple, il y a deux semaines, la très sérieuse Banque du Canada a prévu que le produit intérieur brut (PIB) canadien progresserait de seulement 1,2 % en 2019, soit bien moins que sa prévision de janvier (1,7 %) et bien moins, également, que la croissance de 2018 (1,8 %). Il s’agirait manifestement d’un ralentissement.

La Banque juge que l’économie canadienne subira certains contrecoups des litiges commerciaux mondiaux et qu’elle souffrira du recul immobilier dans certains marchés (Vancouver, Toronto), comme des mesures d’austérité du gouvernement de Doug Ford en Ontario.

Depuis deux ans, le Québec s’en tire aussi bien sinon mieux que la moyenne canadienne, ce qui devrait encore être le cas en 2019. Tout de même, rares sont les boules de cristal qui entrevoient une hausse du PIB réel du Québec aussi forte en 2019. Par exemple, au Mouvement Desjardins, on table sur une croissance de 1,7 % au Québec en 2019, contre 2,1 % en 2018 et 2,8 % en 2017.

L’emploi cause la surprise

Hier, les chiffres sur la création d’emplois du mois d’avril sont venus corroborer, en quelque sorte, les impressions des entrepreneurs et financiers.

« La forte création d’emplois en avril est bien au-delà des espérances, souligne l’économiste Hélène Bégin, du Mouvement Desjardins. Il est d’ailleurs étonnant que l’embauche de nouveaux travailleurs soit si importante étant donné le manque de disponibilité de main-d’œuvre. »

Ainsi, il s’est créé 37 900 emplois entre mars et avril au Québec, ce qui a fait descendre le taux de chômage à 4,9 %, un creux historique. Et si l’on compare avec le mois d’avril 2018, ce sont près de 75 000 emplois qui ont été créés au Québec, ce qui correspond à une hausse de 1,8 % de l’emploi.

L’Ontario n’est pas en reste. La province voisine a créé 205 000 emplois entre avril 2018 et avril 2019 (+ 2,8 %).

Ces chiffres de l’Enquête sur la population active (EPA) de Statistique Canada, faut-il préciser, sont sujets à fluctuations, mais tout de même, ils dénotent une tendance. De plus, il y a généralement un décalage entre la progression de l’économie et de l’emploi ; cette dernière composante suit généralement après coup les aléas de la première.

Bref, l’emploi continue de progresser à bon rythme dans le Canada central. Et bonne nouvelle, du moins pour le Québec, la croissance des salaires s’est accélérée depuis février, à près de 4 % en rythme annuel. L’Institut du Québec, un organisme de recherche économique de Montréal, estime qu’il s’agit de la croissance la plus rapide des trois dernières années.

Il ne reste plus qu’à trouver des solutions au principal frein à l’économie, soit la pénurie de main-d’œuvre.