Les changements climatiques et la poursuite d’une plus grande égalité des genres, notamment, sont devenus des préoccupations majeures de bien des gens, et visiblement d’un nombre grandissant d’investisseurs. À tel point que l’investissement responsable est en train de revenir au goût du jour et de s’imposer comme une alternative sérieuse de placement.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

C’est à la fin des années 80 que les premiers fonds éthiques ont été créés pour répondre à l’époque à un besoin naissant d’allier le potentiel de rendement financier à des convictions sociales et environnementales partagées par des investisseurs individuels.

Le Mouvement Desjardins a alors lancé son premier fonds commun éthique, dont le profil d’investissement était en partie calqué sur celui les fonds de placement de certaines communautés religieuses.

Les gestionnaires du fonds éthique s’engageaient à ne pas investir dans des entreprises polluantes, ni dans celles qui avaient recours à des travailleurs-enfants ou qui fabriquaient des armes.

Avec le temps, l’investissement socialement responsable s’est raffiné alors que les produits d’investissement se sont diversifiés pour exclure d’autres catégories d’entreprises comme celles qui fabriquent des produits qui menacent la santé humaine ou animale.

Depuis une dizaine d’années, l’émergence marquée de nouveaux enjeux sociaux, qu’ils soient climatiques, énergétiques, de genre ou de gouvernance, ont entraîné un nouveau positionnement des investisseurs qui réclament une plus grande conscientisation des gestionnaires de fonds à ces préoccupations qu’ils estiment fondamentales.

Certaines firmes d’investissement ont même décidé de prendre le virage des placements durables et responsables qui doivent absolument tenir compte de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans leur sélection de titres.

C’est le choix qu’a décidé de faire La Financière des professionnels, une firme de gestion de patrimoine qui a été fondée en 1978 pour gérer, au départ, l’argent des médecins spécialistes du Québec.

Rapidement, la société de gestion a intégré les chirurgiens-dentistes, les notaires, les architectes de pratique privée et les pharmaciens propriétaires parmi ses déposants. Aujourd’hui, La Financière des professionnels gère des actifs de 4,3 milliards de dollars pour ses plus de 10 000 clients-déposants.

Le virage ESG

André Sirard, PDG de La Financière des professionnels, explique que le conseil d’administration de la société a décidé l’an dernier de prendre le virage ESG (pour facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance) pour l’ensemble de la vingtaine de fonds communs qu’elle offre aux investisseurs.

« Les nombreux groupes de discussion que l’on a eus avec nos clients nous ont clairement démontré que c’était la voie que La Financière des professionnels devait suivre. » 

« Tous nos produits de placement doivent intégrer des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, c’est-à-dire qu’ils doivent investir dans des entreprises d’énergie propre qui ne génèrent pas de changements climatiques, qui favorisent la durabilité des ressources, qui ont des politiques de diversité et des normes éthiques », mentionne André Sirard.

S’il allait de soi que La Financière des professionnels bannisse les investissements dans les entreprises du secteur du tabac ou des armes, le conseil d’administration de la société de gestion est allé jusqu’à décréter l’interdiction d’investir dans les entreprises liées à la production et la vente du cannabis.

Une position audacieuse puisque l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires est l’une des cinq associations de professionnels qui composent le conseil d’administration de La Financière. Plusieurs pharmaciens souhaitent pouvoir vendre certains produits du cannabis dans leur établissement.

« C’est la décision que l’on a prise, et tout le monde s’est rallié », précise André Sirard.

« On a fait plusieurs groupes de discussion avec nos investisseurs, et il y a une volonté forte que l’on favorise les investissements socialement responsables, particulièrement chez nos jeunes professionnels et auprès des femmes. »

La Financière des professionnels gère certains de ses fonds à l’interne, mais confie plusieurs mandats de gestion à une quinzaine de firmes de placement. Le message a été lancé à tous les gestionnaires de fonds qu’il fallait suivre la volonté de l’institution.

Pour certains fonds, il y aura une période d’ajustement au cours de laquelle certains investissements qui ne remplissent pas les critères ESG seront tolérés, mais l’objectif à atteindre est de faire de La Financière des professionnels un investisseur socialement responsable à 100 %.

Pour bien marquer le pas, la semaine dernière, la firme de gestion a ajouté à sa gamme de produits financiers trois nouveaux fonds ESG, tous gérés par la firme Mackenzie.

Un fonds d’actions mondiales axé sur la transition énergétique, un fonds équilibré de durabilité mondiale pour appuyer les changements environnementaux et, enfin, un fonds mondial de leadership d’impact pour favoriser la parité et le leadership au féminin.

Exemple de l’engagement social de ces nouveaux produits, le fonds mondial de leadership d’impact n’investira que dans des titres d’entreprises où le chef de la direction ou le chef des finances est une femme, et où il y a une représentation proportionnelle des femmes dans les postes de direction ou au sein des conseils d’administration. Des critères de notre temps.