Le temps des Fêtes, c’est le temps d’aller voir des films au cinéma, non ? Mais quand vous payez pour votre billet de cinéma et votre pop-corn, qui touche votre argent ?

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

10,46 $

Prix moyen payé par un client des cinémas Cineplex pour un billet de cinéma en 2018

Moins les taxes

0,46 $ pour la TPS et 0,92 $ pour la TVQ
Les revenus de box-office incluent les taxes.

9,10 $

Montant (revenus) avant les taxes du billet moyen de cinéma chez Cineplex

La salle de cinéma : 47,6 %

4,33 $

Part du billet qui va, en moyenne, à la salle de cinéma

Dans les faits, la part des films varie entre 40 % et 60 % des revenus du box-office.

Des films indépendants qui ont peu de pouvoir de négociation obtiendront entre 40 % et 45 % des recettes du box-office, alors que les blockbusters américains très courus obtiendront près de 60 % des revenus.

16 %

Marge de profit brut de Cineplex en 2018

Avec la moitié des revenus, la salle de cinéma doit faire des profits mirobolants ? Pas nécessairement. Elle doit payer son loyer (les salles au centre-ville ont un loyer élevé), ses employés, ses autres dépenses.

Dans certaines de ses salles, elle doit verser une partie des revenus de ses films au propriétaire de l’immeuble en vertu de son bail.

1,614 milliard

Revenus de Cineplex en 2018

Films : 45 %
Nourriture et boissons : 29 %
Médias : 10 %
Jeux/amusement : 13 %
Autres revenus : 3 %

256 millions

Profits bruts de Cineplex en 2018. La marge de profit brute est de 16 %.

77 millions

Profits nets de Cineplex en 2018. La marge de profit nette est de 5 %.

20

Nombre de cinémas de Cineplex au Québec, à la fin de l’année 2018. Ensemble, ils offrent 250 écrans.

6,36 $

Les salles de cinéma font aussi de l’argent avec la vente de nourriture et de boissons.

En moyenne, chaque client de Cineplex génère des revenus de 6,36 $ en nourriture et en boissons lors d’une sortie au cinéma en 2018.

5,02 $

Profits de Cineplex sur ses ventes de nourriture et de boissons. La marge de profit moyenne de Cineplex sur la nourriture et les boissons est de 79 %.

Pour l’année 2018, Cineplex a fait des profits de 375 millions sur des ventes de nourriture et de boissons de 475,5 millions de dollars.

Puisque, en comptant toutes ses activités, Cineplex a fait des profits bruts de 256 millions et des profits nets de 77 millions en 2018, elle serait largement déficitaire si ce n’était du pop-corn, des friandises et des boissons.

1,34 $

Coût de la nourriture et des boissons pour Cineplex

Le film : 52,4 %

4,77 $

Part/montant du billet moyen qui va au film

Le film Star Wars : The Rise of Skywalker a été conçu, financé et distribué par les studios de cinéma de Disney (qui a acheté à fort prix – 4 milliards US – en 2012 la société Lucasfilm, détenteur des droits de Star Wars). Disney est donc à la fois distributeur et producteur du film.

3,34 $

Dépenses totales du film. Ça inclut le coût de production du film, les dépenses de promotion, ainsi que la part des dépenses administratives de Disney.

Sur certains films, les acteurs vedettes d’Hollywood négocient parfois un petit pourcentage sur les revenus totaux du film.

1,43 $

Profit du film engendré par Disney. Il s’agit de la marge de profit générale de 30 % pour les films et séries télé de Disney en 2018. Comme les autres studios, Disney dévoile seulement ses chiffres pour le cinéma et la télé combinés. Les films et les séries télé de Disney ont généré des profits de 2,98 milliards sur des revenus de 9,99 milliards en 2018.

En pratique, certains films ont une marge de profit plus élevée – comme les films de la série Star Wars qui ont une marge de profit généralement beaucoup plus élevée.

En raison de leur pouvoir de négociation, les films de Star Wars obtiennent souvent près de 60 % des revenus du box-office. Sur un billet de cinéma chez Cineplex, 60 % des revenus, c’est environ 5,46 $ (au lieu de la moyenne de 4,77 $ par billet).

La marge de profit varie selon les studios. À titre d’exemple, en 2018, les studios cinéma/télé de Warner Brothers avaient une marge de profit de 17 %.

Une production québécoise

PHOTOMONTAGE LA PRESSE

Merci pour tout, un film à l’affiche à compter du 25 décembre

4,77 $

Part/montant du billet moyen qui va au film

En pratique, pour la quasi-totalité des films québécois, tous les revenus du box-office reviennent au distributeur du film.

Un film québécois avec un budget d’envergure (6 millions de dollars) est financé à 80 % avec des fonds publics (Téléfilm Canada, SODEC, crédits d’impôt provincial et fédéral), à 20 % avec des fonds privés (distributeur, fonds privés).

Le distributeur verse un montant pour financer le film afin d’acheter les droits d’exploitation du film au cinéma et sur toutes les autres plateformes (vidéo sur demande, DVD, diffusion à la télé).

Le distributeur paie aussi la campagne de marketing et de promotion du film (il est parfois aidé par la SODEC et Téléfilm Canada). Pour un film québécois d’envergure, une campagne de marketing peut coûter entre 500 000 $ et 750 000 $.

De façon générale, un distributeur obtient une commission de 35 % sur la part des revenus du box-office qui vont au film. Il se rembourse ensuite pour la campagne de marketing du film et le montant qu’il a investi dans le financement du film.

Juste pour rembourser une campagne de publicité de 750 000 $, il faut que le film québécois fasse environ 2,3 millions de dollars de recettes au box-office (avant les taxes). Et le distributeur doit ensuite se rembourser son investissement dans le film.

Une fois que le distributeur s’est complètement remboursé, les recettes restantes du box-office sont partagées à parts égales (50-50) entre les producteurs du film et les organismes publics subventionnaires (Téléfilm Canada au fédéral et la SODEC au Québec).

En pratique, il est très rare que les revenus au box-office parviennent à redistribuer de l’argent à Téléfilm Canada et à la SODEC. En moyenne, la SODEC se fait rembourser 5 % de ses investissements dans des films québécois, comparativement à 2,2 % pour Téléfilm Canada. La SODEC investit en moyenne 30 millions par an dans la production de films, Téléfilm Canada 22,5 millions par an.

Comment le distributeur fait-il de l’argent ? Parfois sur les revenus au box-office si le film est populaire au cinéma, mais aussi en vendant le film sur les autres plateformes comme iTunes, une chaîne de télé, un service de visionnement en continu (ex : Club illico, Netflix), un DVD, etc.

Les Films Séville, une filiale de eOne, est le plus important distributeur de films québécois. En 2019, les Films Séville ont distribué huit films québécois, dont trois des quatre plus populaires au box-office au Québec (Menteur, La femme de mon frère, Matthias et Maxime). eOne distribue des films dans une dizaine de pays. À l’échelle mondiale, la division de divertissement de eOne (films, télé, musique) a une marge de profit de 15 %.

Top 5 des films québécois au box-office en 2019

(revenus en dollars, au 20 novembre 2019)

1. Menteur : 6,3 millions

PHOTOMONTAGE LA PRESSE

Menteur

2. Il pleuvait des oiseaux : 1,8 million

3. La femme de mon frère : 713 769

4. Matthias et Maxime : 443 861

5. Jeune Juliette : 296 083

Source : Cinéac

Note : Les chiffres financiers contenus dans ce reportage sont des moyennes pour les films américains et les séries télé produits par un studio en particulier, et non pour un film précis comme Star Wars : The Rise of Skywalker. Idem pour les films québécois : il s’agit d’une estimation moyenne, et non des chiffres pour un film précis comme Merci pour tout.