Une femme sur deux, qu’elle soit employée ou cadre dans une entreprise, souhaiterait devenir un jour actionnaire si son employeur le lui proposait. C’est ce que révèle un sondage Léger réalisé en collaboration avec Rouge Canari pour Femmessor, une organisation consacrée au développement de l’entrepreneuriat féminin.

Isabelle Dubé
Isabelle Dubé La Presse

L’enjeu est prioritaire pour cette organisation puisque seulement 13,6 % des entreprises du Québec sont détenues par une ou des femmes, contre 64,9 % qui appartiennent à des hommes.

« Le sondage visait à chercher de nouvelles données qui allaient nous aider à atteindre notre objectif, explique Sévrine Labelle, PDG de Femmessor. On a émis l’hypothèse que l’actionnariat pourrait permettre à plus de femmes d’accéder à la propriété d’entreprises et on a voulu la vérifier. »

Après que 2592 entrepreneurs-propriétaires, travailleurs à temps plein, cadres et travailleurs autonomes, femmes et hommes ont été sondés, les résultats sont concluants, estime la PDG.

Si 31 % des femmes sondées ont l’intention de devenir entrepreneure au cours de leur vie, 51 % auraient de l’intérêt à devenir actionnaire.

Le sondage nous révèle qu’il y a un intérêt beaucoup plus grand du côté des femmes à devenir actionnaire de l’entreprise versus en créer une à partir de zéro, soutient Sévrine Labelle. On parle d’un potentiel d’augmentation de 60 % de devenir entrepreneur par le moyen de l’actionnariat.

Sévrine Labelle, PDG de Femmessor

Autres résultats encourageants pour Femmessor : 55 % des propriétaires d’entreprises, femmes et hommes confondus, seraient ouverts à partager l’actionnariat de leur entreprise avec des employés, et 81 % d’entre eux sont ouverts à s’associer avec une femme œuvrant au sein de leur entreprise.

L’étude indique d’ailleurs que 33 % des entrepreneurs sont actuellement à la recherche de partenaires, actionnaires ou associés, pour stabiliser ou faire croître leur entreprise. Sévrine Labelle croit que l’actionnariat devient aussi une solution au transfert d’entreprise et à la rétention de talent.

L’incitatif pour devenir actionnaire

Actionnaire depuis un an, Linda Desrochers, directrice générale d’Absolu, une agence de communication, a gravi les échelons avant qu’on lui propose des parts dans l’entreprise.

La jeune femme de 34 ans et mère de deux enfants avait manifesté son intérêt auprès de son employeur. Lorsque des actionnaires ont décidé de vendre leur part, elle a sauté sur l’occasion. L’entreprise Absolu est détenue à 40 % par quatre nouveaux actionnaires et à 60 % par trois actionnaires de longue date.

« Pour moi, c’est un rêve que j’avais de pouvoir entrer dans le monde de l’actionnariat, raconte-t-elle en entrevue téléphonique. Mais j’ai choisi de devenir actionnaire parce que je crois vraiment en cette entreprise. »

Celle qui gère 70 employés, répartis dans cinq bureaux à travers le Québec, est d’avis que c’est cette attitude qui est la clé de l’actionnariat chez les femmes.

« Il y a énormément de femmes qui se donnent corps et âme dans des entreprises et qui travaillent comme si c’était la leur. »