Un gouvernement minoritaire plus dépensier qui augmentera les déficits jusqu’à 27 milliards par an ? Pas de problème pour les grandes agences de notation, qui estiment que la cote de crédit AAA du Canada n’est pas remise en question.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Les agences Standard & Poor’s et DBRS estiment que le plan économique d’un gouvernement minoritaire libéral, enclin à faire des déficits plus importants que prévu, n’aura pas d’impact pour l’instant sur la cote de crédit AAA du Canada.

« Les réalités d’un gouvernement minoritaire pourraient vouloir dire que le déficit et la dette augmenteraient plus vite que prévu, mais nous ne prévoyons pas que ça affectera la cote de crédit, a dit Paul Judson, directeur senior du financement public à l’agence de notation Standard & Poor’s. Tous les partis fédéraux majeurs ont fait campagne avec comme objectif de réduire le ratio dette/PIB, le niveau de dette du Canada est très faible comparativement à d’autres pays, il y a donc de la flexibilité. »

« Nous n’avons pas de préoccupation par rapport à la cote de crédit AAA [stable], dit Travis Shaw, vice-président du financement public à l’agence de notation DBRS. Le déficit resterait tout de même aux environs de 1 % du PIB, et le niveau de dette est très gérable. »

Le Canada est dans une bonne position, l’économie reste forte, la croissance économique est positive et le taux de chômage est à un niveau historiquement très faible. Le fait que le gouvernement soit minoritaire ? Quatre provinces ont un gouvernement minoritaire présentement, et ça n’a pas changé leur situation en matière de crédit.

Travis Shaw

Des trois grandes agences de notation consultées par La Presse, Fitch Ratings est la plus prudente sur la situation financière d’Ottawa. Selon une note aux investisseurs publiée mercredi, Fitch Ratings prévient qu’un « relâchement fiscal modeste » accompagné d’une hausse du niveau de dette et « d’une croissance économique modérée augmenteraient la vulnérabilité des finances publiques [canadiennes] à un ralentissement économique [downturn] », surtout concernant les pressions financières qui seront exercées sur les provinces par le vieillissement de la population (système de pensions et système de santé). L’agence de notation Moody’s n’a pas répondu à La Presse.

Réélus lundi dernier, les libéraux prévoient de hausser le déficit fédéral de 4 milliards par an (la première année) à environ 10 milliards de plus par an (la quatrième année). Comme ils forment maintenant un gouvernement minoritaire, les libéraux de Justin Trudeau pourraient bien devoir dépenser quelques milliards supplémentaires par an pour s’assurer de l’appui ponctuel du Nouveau Parti démocratique, un parti encore plus dépensier, selon son programme électoral.

Meilleure dette nette du G7

Ce qui rendra les agences de notation plus patientes envers Ottawa ? Deux choses.

D’abord, le gouvernement Trudeau envisage de réduire le poids de la dette fédérale (dette brute/PIB) durant son prochain mandat (de 30,9 % à 30,2 % en 2023-2024), même si cette réduction sera moins importante que prévu. Avant les promesses électorales, Ottawa prévoyait atteindre un ratio de dette de 29,0 % du PIB en 2023-2024.

Mais surtout, le Canada a un niveau de dette relativement peu élevé par rapport aux autres pays occidentaux.

Pour faire des comparaisons internationales, les agences de notation préfèrent calculer le taux d’endettement de toutes les administrations publiques d’un pays (au Canada, on additionne ainsi les dettes fédérale, provinciale et municipale).

Selon les chiffres du Fonds monétaire international, le Canada a la dette nette la plus faible des pays du G7, avec un ratio de 27,6 % de son PIB. Selon les calculs de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke, le Québec (dette fédérale, dette du Québec, dette municipale) se classerait au 2e rang du G7 avec un ratio de 53 %. Sur les 35 pays de l’OCDE, le Canada se classe au 14e rang et le Québec, au 23e rang.

En matière de dette brute, le Canada s’en tire un peu moins bien : avec son ratio de 90,1 % du PIB, il se classe au 28e rang sur 37 pays. Le Québec a un ratio de 107 % et arrive au 33e rang. La différence entre la dette nette et la dette brute : la dette nette est généralement moins élevée, car on soustrait de la dette brute les actifs financiers des gouvernements.

Ratio de dette nette/PIB des pays du G7 (toutes les administrations publiques, année 2017)

Canada : 27,6 %
Allemagne : 44,5 %
Québec : 53,0 %
Royaume-Uni : 77,5 %
États-Unis : 80,7 %
France : 87,5 %
Italie : 119,0 %
Japon : 151,1 %
Moyenne des pays de l’OCDE : 42,9 %

Sources : Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke et Fonds monétaire international