Le Québec espère s’enrichir avec sa première mine de diamants, celle de Stornoway, au nord de Chibougamau. Il est peut-être trop tôt pour renoncer à cet espoir, mais on peut dire que c’est mal parti. Après seulement deux ans d’activités, l’entreprise doit être maintenue en vie à grand renfort de fonds publics.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

La découverte d’un gisement intéressant d’une ressource convoitée devrait être une bénédiction pour un pays. Souvent, ce n’est pas le cas. C’est ce qu’on a appelé la « malédiction des ressources », qui fait qu’au lieu de s’enrichir, un pays qui exploite ses ressources finit le plus souvent par s’appauvrir.

Les exemples sont nombreux dans le secteur du pétrole. Les populations du Venezuela et du Nigeria, pays riches en or noir, n’ont pas profité de la manne. Selon les économistes qui étudient le phénomène, la séquence est toujours la même : l’exploitation des richesses naturelles amène une richesse soudaine, qui pousse les États à dépenser sans songer au lendemain.

La plupart des États laissent aux investisseurs privés le soin de développer la ressource en échange d’une rente. Quand le prix de la ressource baisse, cette rente se tarit. Dans un pays qui n’a pas fait de provisions ou qui n’a pas utilisé sa rente pour diversifier son économie et préparer l’avenir, l’économie s’effondre en même temps que les prix.

Ce n’est pas le cas du Québec et de son modeste gisement de diamants. C’est plutôt un scénario fréquent dans les pays en voie de développement, mais même l’Alberta, qui a laissé les investisseurs étrangers développer son secteur pétrolier, est tombée dans ce piège.

Le pétrole est peut-être l’exemple le plus courant de la malédiction des ressources, mais il y en a beaucoup d’autres parmi les pays riches en or, en cuivre ou autres métaux précieux.

Dans le secteur du diamant, le contre-exemple du Botswana brille toujours comme une pierre précieuse bien polie. Voilà un petit pays de 2 millions d’habitants qui exploite avec succès sa richesse minière depuis le début des années 70, avec comme partenaire le géant parmi les géants du diamant, De Beers.

De Beers, avec des revenus annuels de plus de 6 milliards US et 20 000 employés partout dans le monde, règne sur le secteur du diamant depuis sa création en 1888. Sa domination n’est plus absolue comme elle l’a déjà été, mais l’entreprise reste le maître incontesté de ce marché dominé par un très petit nombre de grandes entreprises.

Si le Botswana a réussi là où tant d’autres ont échoué, c’est d’abord parce que son gouvernement est devenu actionnaire de De Beers, en plus de toucher une rente sur les diamants tirés de son sol. Il a aussi judicieusement investi cette rente, notamment dans l’éducation – qui est devenue le premier poste budgétaire –, la santé et les infrastructures.

Plutôt que d’enrichir un petit groupe proche du pouvoir, comme c’est trop souvent le cas, la richesse minière a profité à l’ensemble de la population.

Aujourd’hui, dans leur coin du continent africain, les Botswanais jouissent d’un niveau et d’une qualité de vie enviables. La croissance se maintient à un niveau élevé, avec une hausse de 3,9 % du produit intérieur brut prévue cette année.

Produit intérieur brut par habitant

(en dollars, parité de pouvoir d’achat)

Botswana : 18 583 $

Mozambique : 1327 $

Namibie : 11 134 $

Zimbabwe : 3024 $

Source : Banque mondiale

Le Botswana a réussi à éviter les principaux écueils qui viennent avec sa richesse minière, mais pas tous. Le taux de chômage est élevé, parce que les activités minières ne créent pas beaucoup d’emplois, et les inégalités sociales restent flagrantes.

Les diamants sont éternels, dit la publicité de De Beers. C’est peut-être vrai, mais les mines, elles, ne le sont pas. Un jour, les riches gisements du Botswana seront peut-être épuisés.

Le pays tente de réduire sa dépendance aux diamants, qui comptent pour près de 40 % de ses revenus et 80 % de ses exportations depuis plus de 30 ans.

Ces efforts ont connu peu de succès jusqu’à maintenant, selon le Fonds monétaire international, qui encourage le pays à développer ses autres forces, l’agriculture et le tourisme. Le « miracle » botswanais se poursuivra-t-il ?