(Washington) Moins de 24 heures après l’annonce de la naissance d’un nouveau géant américain de l’aéronautique et de la défense, Donald Trump s’est publiquement inquiété de l’effet de la fusion de Raytheon et d’United Technologies sur les prix que paiera le Pentagone.

Christophe VOGT
Agence France-Presse

«Je suis un peu inquiet», a affirmé le président Trump sur la chaîne CNBC, expliquant craindre que moins de concurrence ne provoque une hausse des prix demandés au Pentagone.

«Je veux voir de la concurrence […], je ne veux pas que l’on nuise à la concurrence», a dit le président dans un long entretien téléphonique.

Raytheon et United Technologies ont annoncé leur fusion dimanche et expliqué qu’ils ne s’attendaient pas à la voir bloquée par les autorités de la concurrence, leurs activités étant presque totalement complémentaires. Seul 1% de leurs chiffres d’affaires se chevauche sur 74 milliards de dollars de ventes combinées réalisées en 2018, selon les deux entreprises.

«Il n’y a rien d’anticoncurrentiel» dans cette fusion a martelé Gregory Hayes, le PDG de United Technologies (moteurs d’avions, avionique) lui aussi interrogé sur CNBC dans la foulée du président.

Tom Kennedy, le patron de Raytheon, a pour sa part insisté sur les créations «d’emplois nobles» aux États-Unis dans le secteur manufacturier, un thème cher au président. Chacune des entreprises prévoit de créer quelque 10 000 emplois cette année.

Ce sera aux autorités de régulation de trancher mais le fait que le président s’immisce personnellement dans le dossier pourrait compliquer les choses.

Pour l’heure, le Pentagone a réagi avec prudence. Ellen Lord, responsable des acquisitions au département de la Défense, «va se concerter avec les responsables des entreprises pour comprendre les implications qui découlent de cette acquisition», a expliqué le lieutenant-colonel Mike Andrews, un porte-parole du Pentagone.  

«Nous sommes impatients de travailler avec Raytheon Technologies pour fournir à nos guerriers le matériel qu’ils méritent, au meilleur prix pour le contribuable», a ajouté l’officier.

Donald Trump se vante souvent de sa maîtrise de «l’art du deal» et de sa capacité à obtenir un bon prix.

AP

Des F-35 de United Technologies survolent le Levi's Stadium opposant les 49ers aux Raiders, à Santa Clara, en Californie.

Il s’est ainsi targué d’avoir réussi à faire baisser le prix d’achat à l’unité du F-35, le chasseur multirôles dernier cri des forces américaines, motorisé par United Technologies. En fait une baisse des prix est incorporée à ce programme aux innombrables surcoûts.

Il a aussi forcé Boeing à revoir à la baisse le coût du futur avion présidentiel.

Pour illustrer son propos, M. Trump a cité l’exemple du chasseur F-22, un avion furtif de dernière génération construit par Lockheed Martin et Boeing.

«On a abandonné le chasseur F-22 qui était une société commune entre Lockheed et Boeing. C’est le meilleur jamais construit mais on l’a arrêté parce qu’il coûte trop cher», a dit le président. De fait le Pentagone n’a finalement acheté qu’un quart des appareils prévus.

Le département de la Défense avait lui-même prévenu en 2015 qu’une consolidation trop forte nuirait à sa capacité de négocier les prix.

Missiles hypersoniques et cybersécurité

Avant que M. Trump n’assombrisse un peu l’atmosphère, les deux PDG se sont efforcés de convaincre la communauté financière du bien-fondé du mariage, lors d’une téléconférence, en insistant tout particulièrement sur la complémentarité des activités et sur l’équilibre des marchés, qui doit protéger la future «Raytheon Technologies Corporation» des aléas. L’entreprise devrait réaliser 45% de son chiffre d’affaires à l’étranger et le civil comptera pour 46% des ventes du nouvel ensemble contre 54% à la défense.

La nouvelle entreprise sera organisée autour de quatre segments : Pratt and Whitney (moteurs d’avions avec 21 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2019), Collins Aerospace (22 mds de CA), la division renseignement, espace, radars embarqués (18 mds de dollars de CA) et enfin la division des missiles et systèmes de défense intégrés (16 mds USD de CA).

L’entreprise table sur 8 milliards de dollars en recherche et développement en 2019 soit sur fonds propres soit avec l’argent des clients.

Dans la défense, le groupe compte se concentrer sur le développement de missiles et autres armes hypersoniques, les armes à énergie dirigée comme des lasers par exemple et le développement de capacités de renseignement, de surveillance et de reconnaissance dans tous les domaines (espace, air, sol, mer).

Dans l’’aéronautique civile, le nouveau groupe entend se concentrer sur la sécurité des avions de plus en plus connectés, le contrôle aérien et l’utilisation de plus en plus poussée de l’intelligence artificielle pour assister dans la fabrication, la maintenance et la gestion des flottes de l’aviation commerciale.